Zone euro : appels à la raison.

Mercredi 30 mai 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceLe désastre monétaire est un fait. Pour éviter la catastrophe sociale et le chaos politique, des économistes lancent des appels que le nouveau gouvernement doit écouter.

Qu’en termes familiers ces choses-là sont dites ! Lisez plutôt : « Treize ans après le lancement de l’euro, il est patent que non seulement cette expérience n’a tenu aucune de ses promesses, mais même que sa poursuite risque de déboucher sur le chaos.

  • Au lieu de la prospérité, un ralentissement de la croissance dans tous les pays de la zone, avec un important volant de chômage.
  • Au lieu de la rigueur, dix années d’augmentation irresponsable des dépenses publiques et des dettes souveraines, qu’une génération de sacrifices ne suffirait pas à apurer.
  • Au lieu d’une meilleure intégration économique, des déséquilibres entre les pays qui s’aggravent chaque jour. Les pays d’Europe du Sud, Grèce, mais aussi Portugal, Espagne, Italie, et même France voient leur compétitivité se dégrader depuis dix ans de manière continue. Asséchant le pouvoir d’achat des uns, cette situation fait obstacle à la croissance des autres et donc au développement du marché unique.
  • Au lieu d’un rapprochement des peuples, une animosité croissante entre créanciers et débiteurs.
  • Au lieu d’un progrès de la démocratie, des décisions venues de haut imposées à des peuples qui les refusent. » (1)

Ces lignes ont été cosignées par treize économistes français et allemands qui soulignent que les politiques de déflation n’ont jamais réussi et que la zone euro est entrée dans une spirale de récession qui menace l’activité économique mondiale. Pour éviter l’enchaînement des catastrophes, les treize demandent aux gouvernements français et allemand de « mettre fin à l’expérience de la monnaie unique » et de récréer des monnaies nationales dans le cadre d’un nouveau système monétaire européen afin d’assurer le redressement économique de l’Europe. Les treize proposent de « convertir dans chaque pays l’ensemble des prix et salaires intérieurs ainsi que les avoirs bancaires sur la base de un euro pour chaque unité de monnaie nationale ; convertir, selon la même règle, les dettes publiques de tous les pays de l’euro en leur nouvelle monnaie nationale ; convertir les créances et dettes privées internationales dans l’unité de compte européenne. Le règlement des dettes publiques et privées pourra faire l’objet de négociations bilatérales, entre créanciers et débiteurs, à partir des deux règles de base énoncées dans les deux précédents alinéas. »

À peu près au même moment, plusieurs économistes français (dont Jacques Sapir, Bertrand Rothé et Jean-Claude Werrebrouck) se sont adressés à François Hollande afin de conforter son projet de renégociation avec l’Allemagne. Pour établir un rapport de force favorable à la France, ils proposaient que le candidat socialiste annonce avant le second tour la décision de soumettre le traité à référendum et prenne position en faveur du rejet : « Un non massif vous renforcerait et vous donnerait un pouvoir de négociation décisif. Il mettrait entre vos mains un mandat populaire nettement ciblé et sans aucune ambiguïté. Vous pourriez imposer alors des mesures à l’efficacité réelle ou alors faire la démonstration que certains de nos partenaires se refusent à sauver 1 ’euro. Il vous faudrait alors avoir le courage d’en tirer les conséquences ».

La proposition a été écoutée, elle n’a pas été suivie mais sa pertinence demeure. Le peuple français, abreuvé pendant la campagne présidentielle de promesses sympathiques et de messages subliminaux, doit se prononcer sur un traité présenté comme moyen de sauvetage d’une zone euro qui est soumise à un processus de destruction aussi accéléré que manifestement imparable. Les opérations de refinancement à long terme (LTRO) menées par la Banque centrale européenne ont échoué ; après la Grèce, ]’Espagne est étranglée par la hausse des taux d’intérêt et ses banques sont en état d’insolvabilité. L’intransigeance d’Angela Merkel est tellement insupportable que les Allemands commencent à se révolter.

Les dirigeants français doivent comprendre, immédiatement, que le temps des bricolages financiers est terminé et que la soumission à Berlin n’a que trop duré.

Sylvie FERNOY

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