Zimbabwe la honte.

Bienvenue dans notre Disneyland !

Mercredi 18 septembre 2013 // L’Afrique

Dans ce pays ruiné par dix ans de crise, le ministre du Tourisme veut investir 300 millions de dollars pour construire un Disneyland local. Un journaliste sud-africain en imagine, un rien moqueur, le discours d’inauguration.

Chers invités et camarades, bonjour et bienvenue à Disneyland Zimbabwe ! C’est pour moi un honneur et un privilège d’être avec vous en cette heureuse occasion.

Je souhaite en particulier la bienvenue à tous les dignitaires étrangers, et plus spécialement à nos invités des missions d’observation électorale de l’Union africaine et de la Communauté de développement de l’Afrique australe - nous nous sommes dit que nous vous montrerions cette fois un vrai cirque ! [Ces deux organisations panafricaines ont été les "observateurs" de la dernière élection présidentielle, controversée, du 31 juillet.]

Il nous a fallu beaucoup de temps pour achever ce projet ambitieux et nous avons dû lutter contre les actions régressives des saboteurs impérialistes, mais notre moral est demeuré inflexible et notre grand pays prend aujourd’hui la place qui lui revient au sein des destinations touristiques mondiales. Avec l’ouverture aujourd’hui de Disneyland Zimbabwe, nous pouvons vraiment dire que nous sommes un pays de Mickey.

Pendant des années, le Zimbabwe a négligé son potentiel touristique. Même avec notre abondance d’animaux sauvages et les magnifiques chutes de Victoria à nos portes, qui seront encore plus magnifiques quand nous les aurons enfin rebaptisées du nom d’un véritable héros de la libération, notre pays n’attirait pas les visiteurs autant qu’il le méritait. Après une étude exhaustive, moi-même, en tant que ministre du Tourisme, et mon équipe avons conclu que la seule chose qui manquait à notre pays était un parc à thème, avec des attractions, des casinos et des rencontres avec les personnages de dessin animé que tout le monde aime.

Bien entendu, nous n’avons pas oublié notre engagement profond vis-à-vis des principes de nationalisation et d’indigénisation, et ces personnages de dessin animé ne doivent pas s’imaginer qu’ils vont pouvoir importer leur culture blanche au Zimbabwe. Pour mieux refléter la volonté du peuple zimbabwéen et pour honorer notre grand président, sans la tutelle duquel rien de tout cela n’aurait pu être réalisé, nous avons pris la liberté de rebaptiser et de redessiner quelques-uns de ces personnages, qui deviendront sans aucun doute les icônes d’une nouvelle génération d’enfants au Zimbabwe et dans le monde.

Mickey Mouse sera donc désormais Mickey Mugabe, et ses traits et sa couleur seront modifiés pour refléter la constitution ethnique du Zimbabwe. Nous avons également remplacé entièrement la famille de canards, vous devrez donc dire au revoir à Donald, Daffy Duck et Picsou. Nous n’avons pas beaucoup de canards au Zimbabwe mais nous avons des poulets, alors attention, les voilà, ils sont tout nouveaux et purement zimbabwéens : Chenesai le poulet et Rangirirai le coq [prénoms shona courants] ! Comme vous le voyez, nous avons obtenu un beau terrain pour ce projet. Le site fait 1 200 hectares et se trouve juste à côté de l’aéroport international, une situation très pratique pour le voyageur pressé. Et nous n’avons du expulser que sept agriculteurs blancs pour l’avoir ! Ha, ha ! non, c’était de l’humour, en fait les agriculteurs étaient déjà partis.

Avant de conclure et avant que vous commenciez votre visite du parc, je souhaite simplement vous donner une idée de ce que vous y trouverez. Bien entendu, il y aura les attractions et les divertissements habituels, notamment des montagnes russes et du saut à l’élastique.[le site existe déjà, et des dizaines de touristes font le grand saut chaque jour, à plus de 100 mètres de hauteur au-dessus des chutes Victoria].

Nous avons aussi profité de cette occasion pour présenter notre pays grâce à quelques attractions spéciales qui sont véritablement propres à Disneyland Zimbabwe. Ma préférée est Murambatsvina Mania, où vous devrez démolir entièrement dix cabanes de tôle ondulée [l’opération Murambatsvina - littéralement, "nettoyer les ordures" - avait, en 2005, rasé un bidonville d’Harare ; plus de 300 000 foyers avaient été détruits]. Et le pompon : si vous y arrivez en moins de dix minutes, on vous offre un poste de policier à Harare.

Une autre de mes préférées : le château hanté Gukurahundi [nom d’un génocide conduit contre l’ethnie ndebele au début des années 1980]. Ames sensibles s’abstenir. Je ne gâcherai pas le plaisir en vous en disant plus, vivez l’expérience par vous-mêmes.

Amusez-vous bien !

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