Valeurs actuelles

Zéro pointé pour l’élève Hamon.

Par fabrice Maoudas.

Vendredi 22 août 2014 // La France

Stress, échec, pression, sanction... L’école est-elle si pénible qu’il faille maintenant supprimer les mauvaises notes après avoir réformé les rythmes scolaires ? Car ces deux réformes sont bel et bien liées. Elles résument les projets et la philosophie du ministère de l’Éducation nationale, passé depuis des lustres sous la coupe d’une petite coterie "pédagogiste" : le rôle de l’école n’est plus de transmettre des savoirs, une culture, encore moins un héritage - cela, c’était l’école de papa, celle de la démocratie, celle de Jules Ferry dont la gauche nous rabâche, depuis Christiane Taubira, qu’il fut un odieux colonisateur. Non, l’école, telle que la rêve la Rue de Grenelle, a pour mission d’assurer le « bien-être » des élèves français dont Vincent Peillon affirmait naguère qu’ils étaient « les plus malheureux au monde après les petite Japonais » ! Pour faire leur bonheur, il faudrait en bannir l’effort, le mérite, la compétition, bref renoncer à promouvoir une élite, car c’est de là que viendraient tous nos maux...

Benoît Hamon, qui n’a rien d’autre à faire (car il ne parvient même pas à recruter les 60 000 enseignants qu’a promis la gauche, faute de candidats de qualité), a donc décidé d’emboîter le pas à son prédécesseur : il veut réformer l’évaluation des élèves. Il s’en est expliqué plusieurs fois, notamment dans le Parisien, dans un entretien qui sonne parfois comme une confession : « Tout le monde a le souvenir d’un échec à l’école. En France, nous sommes définis par rapport à ces échecs », ne cesse-t-il de répéter. « Le petit Benoît a-t-il tant souffert de l’éducation qu’il a reçue des pères maristes au Sénégal ?, demande avec malice l’essayiste Jean-Paul Brighelli. J’ai un doute... »

Ce faisant, Benoît Hamon reprend un argumentaire cher à la gauche : « Les insuffisances de l’évaluation chiffrée sont facteurs de stress et de compétition. Nous devrons favoriser une évaluation permettant de valoriser les progrès, les efforts et les compétences acquises », affirmait déjà le PS en 2010. « Ce système de notation, et l’obsession du classement auquel il répond, crée dès l’école élémentaire une très forte pression scolaire et stigmatise les élèves qu’il enferme progressivement dans une spirale de l’échec », ajoutait l’Association de la fondation étudiante pour la ville (Afev), dont François Hollande avait signé le pacte contre l’échec scolaire en février 2012. Soyons justes cependant : la droite, elle aussi, a failli céder à ces sirènes et il a fallu l’intervention de Bruno Le Maire pour que l’UMP supprime un projet similaire de son programme, en 2012. Et c’est aussi la droite qui a mis en place, à l’école primaire, un incompréhensible "livret personnel de compétences"...

Le ministre de l’Éducation de moins en moins nationale s’est pourtant bien gardé de dire ce qu’il entendait, concrètement, par « évaluation bienveillante ». Car cette réforme - l’autre pilier de la ronflante "refondation de l’école" - mérite bien un grand débat national, ce qui permettra à Benoît Hamon d’occuper les médias pendant plusieurs mois et de distraire les Français des vrais problèmes - par exemple des difficultés croissantes de nombreux élèves (dont certains, c’est vrai, sont d’origine étrangère) à maîtriser le français ou à connaître les grandes dates de l’histoire nationale depuis Vercingétorix à Clovis, Charlemagne et la fantastique épopée de la MONARCHIE CAPTIENNE.

Le maire de Béziers, Robert Ménard, a lui entamé une réflexion sur la tenue vestimentaire des élèves il vient de proposer d’offrir une blouse portant l’écusson de la ville aux enfants des écoles maternelles et primaires. Le ministre brosse un tableau très noir de l’Éducation nationale pour tenter de justifier une réforme de l’évaluation des élèves. Une caricature désobligeante pour les enseignants, qui ignore aussi l’attachement des familles à la notation. En résumé, Benoît Hamon a choisi de nommer un comité d’organisation, qui formera des groupes de travail chargés de « produire une synthèse de la littérature scientifique » et nommera les membres d’un jury « représentatif de la communauté éducative et de la société civile » qui, lui, rendra ses recommandations à la mi-décembre, à l’issue d’une semaine sur l’évaluation des élèves : c’est le choc de simplification appliqué à l’Éducation nationale.

Ce qu’il sortira de ce machin ? On peut l’imaginer en se penchant sur les quelques expériences conduites en France - en rappelant d’abord qu’un premier essai fut tenté en 1969, Edgar Faure ayant décidé, dans la foulée de Mai 68, de remplacer les notes sur 20 par une évaluation par lettres, de A à E. Deux ans plus tard, l’Éducation nationale faisait machine arrière.

Plus près de nous, en 2009, un collège de Roubaix avait imaginé, dans une classe de sixième, un système d’évaluation inspiré des jeux vidéo : chaque élève devait construire un "mur de la réussite" à l’aide de briques correspondant aux compétences qu’il devait acquérir. Les enseignants, dont on devine pourtant la bienveillance envers des élèves issus de milieux défavorisés, y ont renoncé après un an : « Le bilan n’est pas à la hauteur de nos attentes [ ... ] Seuls trois élèves ont fait l’effort d’apprendre leurs conjugaisons, les autres ne s’en sont pas donné la peine et il semble que l’absence de note en est une cause aggravante [ ... J La conclusion est désolante, mais il semble que la contrainte, assortie sans nul doute de valorisation verbale, reste le meilleur moyen de faire travailler des élèves dont le contexte social pousse à la passivité. »

« Ce n’est pas en cassant le thermomètre de la notation que l’on va faire disparaître l’échec scolaire », prévient l’Uni dans sa pétition contre la suppression des notes (www.uni.asso.fr). Et de signaler qu’a au Danemark, par exemple, le système d’évaluation formatrice (sans note) a été abandonné à la suite des piètres résultats des élèves danois dans les enquêtes Pisa de 2000 et 2003 ». Selon un sondage Ifop pour L’Édition du soir, 74% des Français ne sont pas favorables à la suppression des notes à l’école. Benoît Hamon en conclura-t-il qu’ils ne sont pas bienveillants à l’égard de leurs enfants ?

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