Wauquiez, confessions d’un homme pressé.

Samedi 16 février 2013 // La France


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Ses ennemis, ses amis, ses ambitions, l’UMP, Sarkozy... Les confidences du nouveau vice-président de l’UMP à « Valeurs actuelles ».

Sur la photo, un vacancier à la barbe nourrie arbore un sourire radieux en serrant deux enfants dans ses bras. Devant la fenêtre, trône un livre sur son « beau pays de Haute-Loire ». Son bureau de l’Assemblée, jadis occupé par François Fillon, est l’antre d’un homme pressé. Sur le fauteuil, repose sa parka rouge. En grignotant une salade, Laurent Wauquiez tombe la veste et fend l’armure. La veille, il a posé pour la photo de famille aux côtés de la nouvelle équipe dirigeante de l’UMP, dont il est devenu vice-président. L’occasion pour lui, qui avait soutenu François Fillon, de clore une séquence « dure, très violente », durant laquelle, plusieurs fois, il s’est interrogé : « Fais-tu de la politique pour ça ? Pour éplucher des bureaux de vote, vérifier des procurations, retrouver des mecs qui ont disparu ? » Aujourd’hui, il le confie : « J’ai été gagné par un sentiment de honte.

Nous n’étions pas au niveau, rabaissés à de la basse tactique politicienne... »

Il pianote nonchalamment sur son iPad, fuyant un souvenir qu’on devine douloureux. Préfère détourner le regard vers la sculpture d’une main en bronze aux doigts dépliés. En la lui offrant, sa grand-mère prenait date pour ce mois de janvier 2013 : « Elle est tournée vers l’avenir, mais surtout vers les autres. » Wauquiez l’a échappé belle. I1 veut désormais s"extraire du marigot". Quelques jours avant le vote du 18 novembre, son ami Brice Hortefeux nous confiait : « Laurent sortira abîmé de cette campagne. » On lui reproche ses petites phrases assassines, murmurées au creux de l’oreille des journalistes, et quelques admonestations, comme ce SMS adressé à son amie l’euro députée Françoise Grossetête, soutien de Copé, qu’il mettait en garde contre les « balles perdues » qu’elle pourrait recevoir...

« La défaite de Fillon est une blessure, avec coutures et cicatrices, analyse-t-il aujourd’hui. Mais elle m’aura appris plusieurs choses : on m’a promis monts et merveilles, avant et après la campagne, pour trahir Fillon. Ce que je me suis refusé à faire. Et je sais aujourd’hui que la seule force en politique, c’est d’incarner des idées. » S’il reconnaît s’être attiré des « inimitiés certaines », le député de Haute-Loire compte aussi quelques amis : teic Ciotti, MAM, Christine Lagarde, Henri Guaino, qui voit en lui « tous les défauts et toutes les vertus de la jeunesse impatiente »...

Pour rebondir, il a, là encore, écouté sa grand-mère : « Mon petit, si tu veux réussir, il va rapidement falloir t’inventer d’autres qualités que la jeunesse ! » Le normalien passé par Science Po et l’Ena (promotion Nelson-Mandela), agrégé d’histoire et titulaire d’un DEA de droit public — et qui parle arabe ! —, misera désormais sur ses idées. À la tête de son courant, la Droite sociale (arrivé deuxième du vote des motions), il entend désormais faire émerger, à droite, une « vraie pensée pour rompre avec le monopole de la gauche en martèle la table en rythmant son propos : « Sarkozy n’a décomplexé notre famille politique que sur les questions de sécurité et d’immigration » Des idées, il en revendique à la pelle, presque toujours adressées à la France "urbaine", oubliée de la mondialisation. Notamment celle-ci, qui signe la fin d’un tabou à droite : l’abolition du CDD et du CDI, qui seraient remplacés par un contrat unique à droits progressifs. La seule réponse adaptée, selon lui, « à la demande de flexibilité des entreprises et de sécurité des salariés ». Il se dit aussi favorable à un écart minimal entre les revenus du travail et ceux de l’assistanat et à la mise en place d’un protectionnisme européen, pour que « notre argent alimente nos emplois ». Sans oublier la défense des racines chrétiennes de la France. Et de citer Frédéric Mistral : « Les arbres aux racines profondes sont ceux qui montent haut. »

Les démonstrations sont faites, feuille blanche et crayon noir à l’appui, en griffonnant des schémas dont il noircit méticuleusement certaines zones. Wauquiez se défend d’avoir« une pensée molle, à l’eau tiède ». Certains ont déjà fait les frais de sa détermination. En 2011, alors ministre des Affaires européennes, il est invité à la table de l’ambassadeur du Japon, accompagné par des entrepreneurs qui, pour la plupart, sont plus habitués aux joies des dividendes qu’à celles des chaînes de montage... Un témoin se souvient d’un patron prenant à partie le jeune ministre, en l’invitant à « taper davantage suries assistés ».

"Vous êtes des profiteurs d’en haut !", lance-t-il à des patrons médusés lors d’un dîner
chez l’ambassadeur du japon. L’oeil se figé et la repartie fuse : « Votre comportement tue l’image de l’entreprise et de l’économie. Je ne veux pas être la planche de salut d’un capitalisme fou. Il y a certes dés profiteurs, des assistés. Mais ils ne doivent pas empêcher qu’on s’attaque aux profiteurs d’en haut... ».
Son irrévérence jouera des tours au député de Haute-Loire. Comme pendant l’affaire Lejaby, du nom de cette célébrer usine située à Yssingeaux, menacée de fermeture. Pour la première fois depuis ce mois de mars 2012, Wauquiez raconte : « Je contacte un ami dans l’industrie du luxe et nous faisons le pari d’expliquer aux filles [les ouvrières de l’usine, NDLR] qu’elles vont changer totalement de job. »

Le dossier reçoit l’aval du groupe LVMH et Wauquiez propose à Nicolas Sarkozy d’annoncer la reprise du site avant on entrée en campagne. Le processus d’annonce est validé par les équipes élyséennes, mais Sarkozy refuse de prendre le risque d’une annonce à l’emporte-pièce. « Aucun des courtisans n’a le courage de lui dire que tout est prêt. je suis en route, à une heure de voiture de l’usine, et Sarkozy m’appelle pour me demander de "débrancher". Et là, je prends sur moi d’y aller quand même. » Et d’annoncer, seul, le « plan de reprise »... Un acte d’émancipation qui lui coûtera la place de porte-parole de la campagne présidentielle et lui a valu, au passage, une mémorable colère présidentielle.

Un silence, et Wauquiez, l’homme pressé, est sur le départ. Sa parka rouge enfilée, une pile de dossiers sous un bras l’oblige à tendre la main gauche pour dire au revoir. Le temps, cependant, en quelques mots, d’évoquer son ambition. La présidence de l’UMP, la primaire de 2016... Évidemment, il a, comme tous, « une horloge dans la tête ». Mais assure qu’il a appris à prendre du temps. Avec l’aide de soeur Emmanuelle : « Un jour, elle m’a demandé : Depuis que je te connais, qu’est-ce que tu as fait de bien pour les autres ? »La question le hante. « C’est redoutable. Très désagréable. Si la réponse ne vient pas, c’est l’angoisse immédiate.

Un important dossier, reçoit l’aval du groupe LVMH et Wauquiez propose à Nicolas Sarkozy d’annoncer la reprisé du site avant son entrée en campagne. Le processus d’annonce est validé par les équipes élyséennes, mais Sarkozy refuse de prendre le risque d’une annonce à l’emporte-pièce. « Aucun des courtisans n’a le courage de lui dire que tout est prêt. Je suis en route, à une heure de voiture de l’usine, et Sarkozy m’appelle pour me demander de "débrancher". Et là, je prends sur moi d’y aller quand même. » Et d’annoncer, seul, le « plan de reprise »... Un acte d’émancipation qui lui coûtera la place de porte-parole de la campagne présidentielle et lui a valu, au passage, une mémorable colère présidentielle.

Un silence, et Wauquiez, l’homme pressé, est sur le départ. Sa parka rouge enfilée, une pile de dossiers sous un bras l’oblige à tendre la main gauche pour dire au revoir. Le temps, cependant, en quelques mots, d’évoquer son ambition. La présidence de l’UMP, la primaire de 2016... Évidemment, il a, comme tous, « une horloge dans la tête ». Mais assure qu’il a appris à prendre du temps.

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