Vite, changer de mode de scrutin...

Résultats : la majorité, les perdants et les gagnants

Lundi 25 juin 2012 // La France

Drapeau de France

Vite, changer de mode de scrutin, changer de République, Choisissons la Monarchie Parlementaire en renouant avec notre glorieux passé.

Résultats : la majorité, les perdants et les gagnants

Au moins la situation est-elle claire. Dix-huit mois après l’annonce de sa candidature à la présidence de la République, en janvier 2011, François Hollande dispose aujourd’hui d’à peu près tous les pouvoirs. Des pouvoirs qu’aucun autre chef d’État ou de gouvernement n’a aujourd’hui en Europe, tant le présidentialisme de nos institutions est puissant. L’ancien premier secrétaire du PS, oublié ou simplement méprisé de 2007 à l’automne 2011, aura ainsi réussi un parcours sans faute. Un long parcours qui le met désormais dans une position similaire à celle de François Mitterrand en 1981, lorsque la gauche accédait enfin au pouvoir pour la première fois sous la Ve République.

Il n’y a pas que de l’habileté dans le long chemin parcouru par François Hollande. La vague rose, qui marque ce second tour des élections législatives, est le résultat final d’une stratégie faite de convictions et d’une analyse pointue des évolutions de notre société, mais surtout des pesanteurs de notre système politique et des redoutables mécaniques institutionnelles. Car c’est bien d’une vague rose qu’il s’agit avec un PS, seul, qui emporte une majorité absolue à l’Assemblée. Situation inédite depuis 1981 ; situation extravagante au vu des réalités politiques de ce pays.

François Hollande, président et chef des armées: l'hommage aux soldats morts en Afghanistan.
François Hollande, président et chef des armées : l’hommage aux soldats morts en Afghanistan.

Fin connaisseur de la carte électorale, de nos institutions et de notre système électoral, François Hollande a su jouer à plein de trois leviers qui organisent aujourd’hui notre représentation politique : le présidentialisme, le localisme et le mode de scrutin majoritaire à deux tours.

1 - Depuis l’annonce de sa candidature, ce présidentialisme est assumé.

Passant du « nous » au « je », Hollande a donné tous les signes nécessaires pour rejouer le grand film « la rencontre d’un homme et d’un peuple ». En s’éloignant du PS ; en s’émancipant du programme socialiste ; en ne respectant pas l’accord politique passé entre les Verts et le parti socialiste à l’automne 2001 ; en revêtant sans distance les habits du président. Jusqu’au couac de cette semaine passée : le fameux tweet de Valérie Trierweiler venant souligner la fusion du public et du privé comme l’invraisemblable rôle d’une « première dame » présente et pourtant non prévu par la Constitution.

2 - Le localisme a été le moteur de la reconquête progressive du parti socialiste.

Il contrôle aujourd’hui la majorité des grandes villes, une large majorité des départements et la quasi-totalité des régions. L’apologie des « territoires », la défense, contre toute évidence, d’une décentralisation engloutie dans l’enchevêtrement des compétences, donc trop souvent dans l’irresponsabilité politique, l’organisation ahurissante d’un pays avec cinq ou six niveaux d’administration (mairie, syndicats intercommunaux ou d’agglomération, département, région, national, Europe) ont certes été critiquées par les socialistes. Ils s’en sont accommodés avec plaisir, y voyant autant de refuges face à un pouvoir de droite.

Cela n’a pas été sans impact sur le profil de la nouvelle Assemblée nationale : un député est-il un élu de la nation ou le représentant d’un territoire ? Le PS n’a jamais vraiment répondu à cette question, laissant ainsi quelques barons locaux – tel Gérard Collomb à Lyon – organiser la dissidence contre l’accord national PS/EELV, et ne parvenant pas à empêcher la candidature d’Olivier Falorni contre Ségolène Royal à La Rochelle.

3 - Le troisième tient au cœur même de notre système de représentation.

Le mode de scrutin et le choix fait sous Lionel Jospin d’une inversion du calendrier électoral. En rendant automatique la tenue d’élections législatives un mois après le scrutin présidentiel, cette réforme les a vidées de tout enjeu politique pour en faire un vote de confirmation et de cohérence par rapport au choix présidentiel (lire notre précédent article). Dès lors, le rouleau compresseur ne peut être arrêté. Ce fut le cas en 2007, avec une chambre bleu horizon pour Nicolas Sarkozy. Ça l’est à nouveau avec cette élection, qui amplifie encore le choix fait avec la présidentielle, comme en témoigne par exemple l’élection de tous les ministres, dont plusieurs étaient pourtant dans des configurations très difficiles.

17 juin 2012 | Par François Bonnet

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