Virages : Changer l’Amérique.

Dimanche 12 août 2012 // L’Histoire

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Drapeau de FranceNous sommes toujours quelque part les fils de la révolution américaine : C’est grâce au roi de France Louis XVI que les futurs U S A purent obtenir leur indépendance. Maintenant, il faut sauver le soldat Obama.

Sauf que nous ne pouvons rien pour lui. L’Europe est aujourd’hui devenue le re- poussoir absolu pour l’électorat américain. En revanche, l’échec d’Obama le 6 novembre prochain serait une catastrophe pour l’Europe, et en premier lieu pour la présidence française. Hollande n’est pas tout à fait le Obama Français que d’aucuns appelaient de leurs voeux en novembre 2008. Mais il s’en rapproche et trouverait en tout cas matière à s’y appuyer, ne serait-ce que pour équilibrer l’Allemagne de Mme Merkel. Un second mandat d’Obama distancierait la Maison Blanche des politiques de Cameron et de Merkel et fournirait une alternative inattendue à Hollande.

Tourner Londres et Berlin par Washington, voilà ce que tous les présidents de la Ve ont toujours (secrètement) rêvé sans jamais y parvenir. Soient parce que les élections à les dates différentes n’ont pas permis de faire coïncider deux Présidences amicales. Exemple : de Gaulle n’aura cohabité que quelques mois avec son ami Eisenhower et ne retrouvera une occasion identique que quelque mois avec Nixon en fin de mandat. Ce sont des situations très rares. La plupart du temps, les relations sont détestables (Mitterrand-Reagan, (Chirac-G. W. Bush) ou stériles comme entre Obama et Sarkozy. La rencontre d’Obama et d’une présidence socialiste en France sur quatre années serait une sorte de première.

Le rêve américain est en partie une rêverie de gauche. Obama a accentué ce côté avec son projet d’assurance santé généralisée, l’intervention de l’État dans le sauvetage des secteurs industriels (comme l’automobile), son soutien aux homosexuels et aux femmes, le retour à une forme de laïcité (le poids des évangéliques est toujours important, mais beaucoup moins public, surtout face à un candidat mormon). Obama a également su résister au groupe de pression militariste (comme on l’a vu sur l’Afghanistan) et au groupe de pression juif (ses dialogues tendus avec le Premier ministre israélien).

Plus qu’une expression du multiculturalisme, le mandat d’Obama a marqué le retour de l’intégration (le melting pot). Le dernier tour de force de ce président de père kenyan, né à Hawaï, d’une mère blanche originaire du Kansas, bientôt remariée à un indonésien, est d’avoir suspendu, par décret, pendant deux ans les poursuites contre les sans papiers de moins de trente ans, arrivés aux États-Unis avant l’âge de seize ans, et y ayant effectué des études universitaires ou ayant servi dans les forces armées. 800 000 personnes seraient concernées sur 11,5 millions de clandestins. Le rêve américain, pour elles, est devenu réalité (ce qui n’empêche pas l’administration Obama d’avoir presque doublé le rythme de reconductions à la frontière).

Le problème n’est pas que les Blancs deviennent minoritaires aux États-Unis (comme sur le reste de la planète), comme son adversaire Romney va s’efforcer de le promouvoir, mais que les Etats-Unis se replient sur eux-mêmes. D’abord, ce mythe de la minorité blanche ou de la sud africanisation des Etats-Unis, ne correspond pas à la réalité démographique telle que nous l’entendons communément en Europe.

Est blanc américain celui qui vient d’Europe ou d’Afrique du Nord ou du Moyen Orient : nos braves arabes ou turcs, en Amérique, sont catégorisés blancs. En revanche on y est noir à la première goutte de sang noir, ce qui fait que la majorité des Noirs sont très métissés et plusieurs sont pratiquement blancs. La majorité montante, celle des Latinos, se divise en parties égales, une moitié se disant blanche (white latinos). La minorité la plus dynamique est celle des Asiatiques que l’on assimile la plupart du temps aux blancs (comme hier les Japonais en Afrique du Sud). Même les Indiens se partagent en blancs (aryens/hindi) et noirs (dravidiens).

C’est parce qu’il l’a bien compris et qu’il en est lui-même la vivante incarnation qu’Obama a entrepris de faire pivoter le massif porte-avions Amérique de 1800, opération longue et compliquée mais révolutionnaire quoique pacifique, dans tous les sens du terme.

Les Blancs n’ont pas à s’en faire. L’Amérique restera blanche bien au-delà de 2050 lorsque les blancs dits caucasiens, au sens du recensement américain, tomberont sous la barre des 50 % de la population totale (sauf accélération subite de l’immigration européenne), tout en restant la minorité la plus nombreuse. Parce que blanc ou d’ascendance européenne sont des données beaucoup plus internationales que la plupart de ceux qui s’en réclament n’en ont conscience ou ne veulent l’admettre. On a perdu le sens de ce que cela voulait dire à Buenos Aires et à Sydney et surtout de ce que cela veut dire à nouveau à Shanghai ou au Cap. Obama est en train de nous le faire redécouvrir. Cela devrait nous sortir du sempiternel tête-à-tête avec Berlin ou des réunions à 27.

Cela devrait surtout nous donner un autre regard sur notre propre immigration. Certains la souhaiteraient plus latino ou asiatique qu’albanaise, kurde ou algérienne, plus chrétienne que musulmane, plus éduquée que sous qualifiée. Mais ce ne sont là que de faux-semblants. Sachons nous aussi pivoter sur notre base comme nous y entraîne Obama, quitter la ligne bleue des Vosges pour le grand large. Il n’est pas trop tard pour passer à l’international.

La faiblesse présente d’Obama est qu’il n’a pas de successeur. C’est un homme seul, distant, cérébral, qui agit en solo. S’il est réélu en novembre, il ne disposera plus que de quatre ans devant lui, avec un Congrès hostile, et devra faire vite. Hollande, s’il ne commet pas de grosse bourde, a dix ans devant lui. En 2017, il peut être l’Obama français opposé au bleu marine.

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