Vie privée, faute publique.

Mardi 25 février 2014 // La France


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La vie privée du président de la République est une fiction. Toutes ses déclarations, tous ses engagements se heurtent au mur du doute et de la défiance.

Le président de la République est un citoyen comme les autres. En prononçant cette phrase le matin de la publication des escapades de François Hollande, le premier ministre a révélé qu’il n’avait pas la moindre notion de ce que peut, de ce que doit être le chef de l’État. De ce que lui confère l’élection au suffrage universel de la nation. De la signification de la cérémonie d’investiture à l’Élysée. Sans doute l’ancien maire de Nantes continue-t-il de voir le président de la République comme un premier secrétaire amusant et blagueur présider un Conseil des ministres comme un bureau national de son parti. Mais M. Hollande, le camarade de M. Ayrault, est-il lui aussi convaincu d’être « un citoyen comme les autres », d’avoir un « droit » à la vie privée et de pouvoir se conduire comme un collégien s’il en a envie ?

La question même de la fonction présidentielle est publiquement posée. Le septième président de la Ve République ne devrait pas ignorer ce qu’en disait son fondateur. Le général de Gaulle le fit au cours d’une conférence de presse identique à celle qui s’est tenue mardi, dans la même salle des fêtes de l’Élysée, en ce même mois de janvier, il y a très exactement cinquante ans. Par son mode d’élection et les pouvoirs qu’il tient de la Constitution, « il doit être évidemment entendu que l’autorité indivisible de l’État, disait le Général, est confiée tout entière au président par le peuple qui l’a élu, qu’il n’en existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire, qui ne soit conférée et maintenue par lui ». Ainsi, tout procède de lui.

Hollande peut toujours prétendre qu’il n’en demande pas tant ; avec sa majorité parlementaire, et nous l’avons vu, il a tous les pouvoirs pour la durée de son mandat. La contrepartie est qu’il ne peut pas être "un citoyen comme les autres". Le statut judiciaire qui est le sien, la protection dont il jouit vingt-quatre heures sur vingt-quatre, le chef des armées qu’il est font de lui autre chose qu’un élu corrézien. François Mitterrand, dont il se dit l’élève, proclamait : « La dissuasion, c’est moi », et personne ne l’aurait discuté. L’actuel chef de l’État peut-il en même temps déclencher deux opérations de guerre en moins d’un an (au Mali et en Centrafrique) et même trois s’il avait pu (en Syrie) et se livrer à des échappées nocturnes, coiffé d’un casque de scooter ? Peut-il envoyer des soldats au combat, être l’ultime autorité de la chaîne du commandement nucléaire en portant sur lui le téléphone sécurisé permettant de le joindre à tout moment et prétendre en même temps disposer de sa liberté ? La vie privée du président de la République est une fiction.

Lui-même le savait. Car c’est bien lui qui lança, à la fin de son duel télévisé avec Nicolas Sarkozy, à la veille du second tour de la présidentielle, ce : « Moi, président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire. » Simple propos de campagne ? Mais c’est encore lui qui déclare, l’été dernier, après plus d’un an d’exercice du pouvoir, dans un entretien donné à Denis Pingaud (pour son livre l’Homme sans com’, Seuil), qu’avec les médias actuels, les chaînes d’information, les réseaux sociaux, « maintenant, la moindre anomalie, le moindre incident sont immédiatement détectés ». Il est même plus précis encore : « Cette pression [des médias] impose un contrôle permanent de soi-même ; aucun relâchement n’est possible... »

Pensait-il y échapper ? Il s’est par avance accablé, se livrant, pathétique, à une opinion qui en fait ses gorges chaudes, humiliant la compagne qu’il a installée, sans titre, dans une aile du palais, s’offrant aux manchettes sans indulgence d’une presse étrangère trop heureuse de ramener la France aux frasques clandestines de son président.

Les dégâts sont là. Quoi qu’il en soit du « tournant » qu’il a pris, du « pacte de responsabilité » qu’il propose aux chefs d’entreprise, des engagements qu’il annonce, il se heurte au mur du doute et de la défiance. Si 84 % des Français (enquête Ifop-le Journal du dimanche) répondent que 1"affaire Gayet" ne change rien à leur jugement sur le chef de l’État, c’est qu’il est déjà si négatif ! 87 % d’entre eux indiquent qu’ils n’ont plus confiance (baromètre Cevipof publié par le Monde du 14 janvier). « Dépression collective », « méfiance générale », « inquiétude vertigineuse à l’égard de l’homme », commente Pascal Perrineau, responsable de l’étude. La conséquence, Jean-Louis Borloo, le président de l’UDI, l’a tirée : pour avoir une chance d’être pris au sérieux, le président de la République devrait adresser par écrit ses nouveaux engagements aux Français. C’est dire ce qu’il reste de crédit à la parole présidentielle.

 

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