Vers un adieu à Mandela

Lundi 15 juillet 2013 // Homme d’honneur

Drapeau de France

www.innovation-démocratique.org

À presque 95 ans, l’ancien président sud-africain, restera pour une catégorie d’Africains à laquelle j’appartiens, l’expression de la fierté retrouvée. Je n’ai pas eu l’occasion de le rencontrer quand il était en activité. J’ai pu juste l’effleurer, en 1994 ou 1995, quand l’ancien maire de Paris, Jean Tiberi, m’avait convié à une cérémonie en son honneur, à l’Hôtel de Ville. C’était la première fois, aussi, que j’entendais parler de Graça Machel qui deviendra, plus tard, son épouse, après le divorce d’avec la Mère de la Nation, Winnie Madikizela-Mandela.

Nelson Mandela peut rester en vie mille ans. Ce ne sera que du bonheur. Il peut tout aussi mourir à tout moment. On dira simplement : « Grâce à Dieu » et que sa volonté soit faite ! Heureusement que l’Afrique malgré sa situation actuelle (où tout va mal), a donné des fils de sa trempe au monde et qui font que, tout compte fait, nous aussi, pouvons lever la tête et regarder les autres droit dans les yeux.

Merci Monsieur Mandela pour ce que, même parti définitivement, tu représenteras pour nous autres Africains qui sommes, à la recherche des repères pour donner un peu d’espoir à ceux qui nous lisent et nous écoutent tous les jours. Avec toi, j’ai appris qu’il ne fallait point désespérer, qu’il fallait toujours lutter, qu’il fallait savoir pardonner, qu’il fallait savoir rester humble et modeste, surtout, pendant les périodes euphoriques. Malgré que tu en avais la possibilité, tu n’as pas puisé dans les caisses publiques de ton pays pour garnir tes comptes offshore. Tu as choisi de créer une fondation, pour rendre service, après ton retrait de la vie publique et choisi de vivre tranquillement une vie simple, comme un Sud-Africain ordinaire. Ceci est extraordinaire et n’est pas à la portée de nous autres avec nos egos surdimensionnés.

Tu resteras gravé dans nos mémoires comme un Grand Homme parce que tu as enduré pendant 27 ans, le calvaire des prisons sud-africaines, sous l’apartheid. Il fallait vraiment être un boxeur de ton niveau pour braver cette dure et longue épreuve. Sorti vainqueur de cet enfer, rien ne pouvait plus t’abattre, sinon la mort.

Tu resteras un exemple pour nous parce que sorti de prison, tu ne t’es pas vengé. Tu as tout de suite pardonné à tes geôliers et a favorisé la réconciliation nationale. C’est bien dans ton pays, sous ton impulsion, que la Commission de la Vérité et de la Réconciliation (CVR) fut créée en 1995, un an après ton arrivée au pouvoir, pour te permettre de solder le passif sud-africain, sans pour autant que tes semblables oublient ce qu’on leur avait fait.

Le Prix Nobel de la Paix que tu as reçu, conjointement, avec ton compatriote Frederik De Klerk, en 1993, est une distinction notable que tu mérites amplement. Le choix du Jury d’Oslo est d’autant plus avisé qu’il fallait absolument gagner la bataille de la réconciliation nationale entre les Sud-Africains de toutes les couleurs. C’est la période où certains prédisaient la guerre civile en Afrique du Sud. Tu as accepté, par devoir, de présider aux destinées de l’Afrique du Sud post-apartheid comme le tout premier président noir de l’histoire du pays.

 Mais contre toute attente, tu as refusé un deuxième mandat de 5 ans qui te tendait les bras, et même un troisième et pourquoi pas un quatrième ? Tu les aurais eus sans problème si tu l’avais voulu. En Grand Homme que tu es, tu as choisi de laisser la succession à ton vice-président Thabo Mbeki dont tu as toujours apprécié l’intelligence. Ce n’est pas tous les jours qu’un président de la République, de son propre chef, décide de mettre fin à ses fonctions. Tu as abandonné le pouvoir sans contrainte. C’est plutôt rarissime. Pour preuve, le pape Benoît XVI qui fait partie de ton école (où on ne compte que très peu d’adeptes de l’abandon du pouvoir), a suivi ton exemple.

Mais quinze ans après

Ce que je garde de toi, remonte au 24 juin 1995, il y a dix-huit ans, quand l’équipe de rugby des Springboks, longtemps symbole du pouvoir blanc, avait remporté la coupe du monde, à Johannesburg. Vêtu du maillot de l’équipe ; tu avais remis, toi-même, le trophée au capitaine blanc de l’équipe arc-en-ciel. Cet épisode a tellement marqué le monde entier qu’un grand réalisateur américain, Clint Eastwood, l’a immortalisé dans le film, « lnvictus ».

Pendant ta présidence, tu as su gagner le coeur de la minorité blanche dont tu avais combattu le pouvoir et la brutalité. Ta direction du pays est de loin la plus plébiscitée par rapport aux 10 ans de présidence de Thabo Mbeki et aux 4 ans de celle de Jacob Zuma. Entre eux et toi, il n’y a pas match comme on dit. Ce que je garde de toi, c’est ton détachement de la chose matérielle. Tu te fichais de l’argent. Un peu comme tes amis (partis avant toi) François Mitterrand. Je pense aussi à Krasucki qui s’embrouillait littéralement dès lors qu’il devait compter, sur le papier, les millions de francs que le patronat gagne sur la classe ouvrière. Tu pars dans la simplicité, et tout le monde te regrette.

Ce que je garde de toi, c’est qu’après avoir tourné le dos à la politique, tu ne t’en es plus mêlé. Pendant la gestion du pays par tes successeurs, tu n’as jamais dit quoi que ce soit qui puisse être mal interprété. Tu t’es gardé de les embêter avec des avis qui seraient mal venus pour certains ou très bien acceptés et appréciés par d’autres. Tu as gardé tes sentiments pour toi-même, ce qui t’a grandi encore plus au sein de l’ANC. Il parait que tu vas chercher la branche locale de l’ANC pour t’y inscrire dès que tu auras posé tes bagages dans l’au-delà. Sache que nous t’aimons et te remercions pour ce que tu as fait pour nous réhabiliter.

Bon Vent Grand Mandela !

 www.afriqueeducation.com

Répondre à cet article