Parlons vrai - GOUVERNEMENT Où va François Hollande ?

Vers l’euromark ?

Par STÉPHANE DENIS journaliste, écrivain.

Samedi 21 juillet 2012 // La France

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Drapeau de FranceUn incident technique m’a empêché, la semaine dernière, de parler du sommet européen et de la politique du gouvernement français telle qu’on la cherche dans le flou de ses déclarations. La politique de François Hollande : cette année, on fait payer les riches ; l’an prochain, on fera payer les pauvres. Cela ne suffira pas. L’augmentation des prélèvements va ruiner le faible espoir de croissance. Les mesures sur les entreprises dissuaderont l’investissement.

Le recrutement de fonctionnaires et le retour à la retraite à 60 ans plomberont les comptes publics, en même temps qu’ils sont un très mauvais signal envoyé aux marchés.

Les socialistes, qui ne sont pas plus bêtes que leurs prédécesseurs, n’en font pas moins à leur tête, au motif qu’il s’agit de promesses électorales. -Le rapport de la Cour des comptes a beau leur tendre les bras, ils persistent à penser que les réalités doivent plier devant les impératifs politiques. C’est d’autant plus curieux qu’ils n’ont qu’à regarder autour d’eux pour voir qu’ils sont les seuls en Europe à recourir aux vieux trucs des années 1970. On se pince. Il ne s’agit pas de mettre en garde l’équipe Hollande en lui disant qu’elle va dans le mur ; dans le mur, nous y sommes. La grande différence entre François Hollande et François Mitterrand est que le seconda pris deux ans avant de mettre la clef sous la porte ; le premier n’a pas deux mois.

Est-ce de l’incompétence ou de l’idéologie ?

C’est la première fois que dans un gouvernement français 38 ministres, contre 21 en Grande-Bretagne, 16 en Allemagne, 13 en Espagne il n’y a personne qui soit un peu familier du secteur privé, de l’entreprise, de la vie économique. C’est aussi la première fois depuis 1981 que l’équipe au pouvoir est aussi novice en matière de gestion moderne, de connaissance des flux mondiaux, des rouages intergouvernementaux. Sans parler de l’Europe. Sans leadership européen sans intégration politique, sans structures de décision et de gestion communes, les marchés ne croiront pas à la survie de l’euro.

Laurent Fabius est un opportuniste qui a fait campagne contre le traité constitutionnel européen, son ministre délégué aux Affaires européennes, Bernard Cazeneuve, est un souverainiste à peine dissimulé ; Hollande n’a pas d’opinion, il veut la paix chez lui. Est-ce pour cette raison qu’ils ne semblent pas s’être émus de ce que la dernière réunion de Bruxelles se soit jouée entre l’Italie et l’Allemagne, sans qu’il y ait un accord franco-allemand préalable, une première depuis cinquante ans ?

Les marchés, pour le moment, ne s’intéressent pas à la France. Que faisons-nous de ce répit ? Au lieu de bloquer la succession de Jean-Claude Juncker à la présidence de l’Eurogroupe parce que M. Moscovici la veut pour lui-même, le gouvernement français devrait savoir qu’un peu partout, on achète des titres allemands à rentabilité nulle. Pourquoi ? Parce qu’un peu partout, on se prépare à un euromark. Il y ale refus de l’euro par les Anglo-Saxons, qui ne date pas d’hier, ensuite la certitude qu’il n’y aura pas, à court terme, de gestion commune de la zone euro, mais que chacun continuera d’agir de son côté. Il n’y a aucune raison d’être optimiste : les marchés vont là où ils croient qu’on leur rendra l’argent qu’ils prêtent.

Le gouvernement français lit-il aussi la presse allemande ? Il y a tout un débat en ce moment en Allemagne pour savoir si les retraités du Nord doivent payer les dettes du Sud. Il est heureux pour nous que la classe politique allemande soit encore convaincue que l’Allemagne est le premier pays bénéficiaire de l’euro. Ce qui nous pend au nez, c’est qu’elle le garde pour elle si nous descendons du train. Durant la campagne présidentielle, la classe politique française a caché la situation aux Français : nous sommes sur le marchepied. Pendant trente ans, elle a mal géré le pays. François Hollande veut "revenir au contact des Français’ : Revenir au contact des réalités ne serait pas mal non plus. À moins, bien sûr, qu’il ne souhaite absolument rejoindre Mitterrand et Chirac dans la liste des présidents irresponsables une perspective éminemment consensuelle.

l2 juillet 2012
Valeurs actuelles

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