SYRIE : CONTESTATION ET REPRESSION

Vers des frappes militaires sur la Syrie.

Par Thomas Cantaloube

Samedi 31 août 2013 // Le Monde

Il semble désormais acquis que des frappes militaires vont s’abattre sur la Syrie dans les prochains jours ou, au plus tard, dans les semaines qui viennent. Après les déclarations concordantes des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne estimant que les bombardements de mercredi 21 août dans la banlieue de Damas, qui ont causé plusieurs centaines de morts, sont bien des attaques chimiques, le trio occidental ne peut désormais regarder ailleurs.

Peu importe le résultat de la mission de l’ONU qui tente ces jours-ci d’aller enquêter sur place – un véhicule des Nations unies a essuyé le feu de tireurs embusqués lundi 26 août. La conviction des gouvernementaux occidentaux et de leurs alliés (Turquie, Jordanie, Arabie Saoudite, Qatar) est faite : oui, le régime de Bachar el-Assad emploie bien des gaz neurotoxiques contre ses populations civiles, en dépit des mises en garde qui lui avaient été adressées selon lesquelles leur utilisation s’apparenterait au franchissement d’une « ligne rouge » (lire également notre précédent article sur l’attaque du 21 août).

Paris et Londres reconnaissaient déjà depuis plusieurs semaines, à mots plus ou moins couverts, l’usage d’armes chimiques par Damas. Mais, comme toujours dans ces cas de figure, c’est la réaction de Washington qui était attendue. Or, après quelques déclarations timides les trois premiers jours après le massacre de la Ghouta, l’administration Obama a finalement admis l’évidence de l’emploi de gaz – confirmée aussi par les services secrets israéliens et Médecins sans frontières, qui gère des hôpitaux en Syrie.

Banlieue de Damas, 21 août 2013. Des cadavres rassemblés
Banlieue de Damas, 21 août 2013. Des cadavres rassemblés© REUTERS/Bassam Khabieh

Une fois cette admission rendue publique, les Américains et leurs partenaires n’ont d’autres choix que de réagir. Ceci pour deux raisons : tout d’abord parce que l’emploi d’armes chimiques est clairement une provocation syrienne et que les occidentaux ne peuvent constamment se déjuger en cautionnant l’escalade dans l’horreur ; deuxièmement parce que l’usage de gaz est un tabou issu du carnage européen de la Première Guerre mondiale et qu’aucun dirigeant américain, français ou britannique n’entend passer à la postérité en étant celui qui a toléré leur retour (un tabou que Bachar el-Assad a peut être mal évalué, sachant que la seule utilisation de gaz de combat depuis 1914-1918 a justement eu lieu aux mains de son ex-confrère baasiste Saddam Hussein, à la fin des années 1980).

Dès lors que, comme l’a résumé Laurent Fabius, « la seule chose inenvisageable est de ne rien faire  », il n’y a pas des dizaines de scénarii possibles, sachant que tous les pays ont, depuis deux ans et demi, rejeté l’idée d’envoyer des soldats au sol.

La première possibilité est de renforcer ce qui se fait déjà timidement, c’est-à-dire l’armement, la formation et l’appui logistique des rebelles syriens. Mais, depuis que les djihadistes sont de plus en plus nombreux dans les rangs des combattants, la livraison d’armes est devenu périlleuse (c’est, en langage militaire, le « syndrome afghan  » : la fourniture de missiles aux moudjahidines, qui se retrouvent des années plus tard entre les mains des Talibans et d’Al Qaïda). Le chef d’État-major américain, le général Dempsey, l’a explicité dans une lettre de début juillet au Congrès des États-Unis : « En Syrie aujourd’hui, il ne s’agit plus de choisir entre deux camps, mais de choisir l’un des nombreux camps. Dans mon esprit, le camp que nous choisirons (d’appuyer) doit être prêt à promouvoir ses propres intérêts, mais aussi les nôtres, une fois que la balance penchera en sa faveur. Aujourd’hui, aucun camp n’est disposé à cela.  »

La deuxième possibilité est celle de frappes aériennes ciblées, de plus ou moins grande ampleur, et d’une durée plus ou moins longue. Les ordres donnés le week-end dernier à des navires américains porteurs de missile longue portée basés en Méditerranée de se tenir prêts, ainsi que l’envoi de bâtiments similaires par la Royal Navy britannique, renforcent cette hypothèse.

Un certain nombre de conseillers de la Maison-Blanche ont récemment ressorti de leurs cartons les plans de bataille du bombardement de la Serbie en 1999 afin de faire plier Slobodan Milosevic qui avait annexé le Kosovo. Comme aujourd’hui, la Russie bloquait toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU et Bill Clinton, après de longs mois d’hésitation, avait fini par se reposer sur une coalition de presque tous les pays de l’OTAN afin d’intervenir au cœur de l’Europe. Aujourd’hui, ce pourrait être la Turquie, la deuxième plus grosse armée de l’OTAN après les États-Unis, qui prendrait l’initiative de demander (et de mener) l’intervention de l’organisation contre son voisin. 

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