Vent de Révolte.

Dimanche 29 décembre 2013 // La France


www.innovation-democratique.org
https://twitter.com/PVaurs

Un vent de révolte s’est levé dans tout le pays. Agriculteurs, professeurs, artisans, commerçants et même policiers, il emporte, de proche en proche, toutes les catégories socioprofessionnelles. Le fossé qui sépare le pays réel de ses prétendues élites dirigeantes est plus profond que jamais. Malek Boutih, député PS de l’Essonne, l’a lui-même reconnu dans un entretien au Parisien : « Chaque événement nourrit la crise du lendemain. Le gouvernement semble à la fois être devenu sourd et ne plus être entendu : le dialogue avec le pays est rompu » Constat sévère émanant d’un membre de la majorité, mais terriblement pertinent à l’heure où les actions violentes deviennent parfois le seul moyen d’expression d’un peuple excédé.

Tout s’enchaîne en même temps : les barrages routiers, les grèves de parents et de professeurs, la mobilisation des artisans... Autant de traductions d’un « ras-le-bol » fiscal, sujet du dossier de ce numéro de Politique magazine, qui cristallise, dans un rejet radical de la politique économique du gouvernement, des malaises encore plus profonds, aux causes multiples : appauvrissement économique, affaiblissement de l’État-providence, taxations exagérées, discrédit de la parole publique, sentiment de dépossession face à une mondialisation débridée. Que cette révolte ait éclaté en Bretagne, une terre où la gauche est pourtant majoritaire, en dit long sur la nouvelle donne en train de se dessiner. Plus qu’une révolte contre l’impôt et contre l’écotaxe, qui n’est pas spécifique à cette région, la « jacquerie » bretonne est l’expression du réveil identitaire d’un peuple qui se sent méprisé par un État qui ne le respecte plus. Elle rejoint en cela la frustration des salariés, les angoisses des chômeurs, la colère des paysans, la rage des patrons, l’exaspération des contribuables, l’indignation des familles qui pourrait s’agréger en une révolte populaire massive. C’est le scénario redouté par le gouvernement : une « coagulation des mécontents » qui verrait les différents mouvements nés d’une protestation ponctuelle, déborder vers une contestation généralisée.

Cet environnement explosif sur le plan social pourrait en effet devenir incontrôlable. Car le plus remarquable dans tous ces mouvements de protestation ou de révolte, c’est qu’ils naissent en marge ou à l’écart des partis et des syndicats. Ces mêmes syndicats ont d’ailleurs démontré leur perte d’influence dans les luttes en cours. La contre-manifestation qu’ils ont organisée en Bretagne n’a réuni tique peu de monde par rapport à ceux qui avaient spontanément défilé à Quimper, le 2 novembre. De fait, les Bonnets rouges réinventent le dialogue social. Patrons et salariés ne défilent pas seulement sous la même bannière, mais, pour la plus grande consternation de toutes les voix autorisées à parler au nom du peuple, ils luttent de concert pour sauver leurs emplois et leurs métiers. Il serait donc possible que des soulèvements populaires n’appartiennent plus spécialement à la gauche ? « Populistes ! », éructe Jean-Luc Mélenchon qui a compris le danger. Trop tard. Le jeu qui a trop longtemps consisté à attiser les conflits sociaux pour recréer une artificielle lutte des classes n’est plus de mise. Ainsi, s’il y a un lien entre La Manif pour tous, les Bonnets rouges ou les Pigeons, c’est que derrière ces mouvements disparates, la France silencieuse, qui n’est pas représentée, s’impose, de force, comme nouvel acteur politique.

Politique magazine l’écrit depuis cinq ans. De financière, la crise deviendra économique, puis sociale. Nous y sommes. Va-t-elle désormais se transformer en crise institutionnelle ?

Répondre à cet article