Union Africaine.

Mercredi 18 avril 2012, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

Élection du président de la commission : Yayi Boni poursuit la concertation.

L’infatigable président en exercice de l’Union africaine, le Béninois Yayi Boni, va changer de fusil d’épaule, après le Sommet informel convoqué, samedi 17 mars, à Cotonou, pour trouver une solution consensuelle, avant la désignation du président de la Commission de l’UA, au Sommet de Lilongwe, au Malawi, en juillet prochain. La réunion entre huit n’ayant pas produit les résultats escomptés, on va devoir changer de formule : le Sud-Africain, Jacob Zuma, et le Gabonais, Ali Bongo Ondimba, vont se retrouver, à deux, dans les prochains jours, dans un lieu de leur choix, pour parier, ensemble, avant de communiquer le résultat de leur concertation, à l’organisation panafricaine.

Yayi Boni reçoit les 7 chefs de délégation chargés de favoriser une élection consensuelle du président de la Commission de l’U.A. l’organisation continentale, après celles, déjà, constatées et dénoncées pendant la crise libyenne en 2011. te nouveau président en exercice de l’UA, n’a, donc, rien ménagé, pour sortir le continent de cette nouvelle passe difficile qui plombe littéralement tout le fonctionnement de l’organisation. Pour ménager les susceptibilités, il a commencé par convoquer un Sommet extraordinaire à Cotonou, le 18 février, afin de poursuivre l’ordre du jour d’Addis Abeba. Douze chefs d’Etat et de gouvernement s’y sont retrouvés de façon très fraternelle pour faire avancer les dossiers soumis à leur appréciation par le nouveau président en exercice de l’UA. D’habitude, quand un chef d’Etat est désigné pour conduire l’organisation panafricaine pendant une année, il a les mains libres pour en faire ce qu’il veut. Ses pairs lui font confiance, et le suivent, sans rarement le contredire, sans le critiquer ouvertement, sans le sanctionner. Il a les coudées franches pour travailler.

 Cette liberté de manoeuvre n’a pas toujours rendu service. Yayi Boni, lui, a présenté une autre approche, beaucoup plus démocratique. Officiellement, les chefs d’Etat et de gouvernement, n’ayant vraiment pas trouvé le temps de parler de ce que l’organisation se devait de faire en 2012, à cause de l’élection ratée du président de la Commission et de son gouvernement de commissaires, se sont réunis trois semaines, après, à Cotonou, pour une séance de rattrapage. Objectif :-élaborer une feuille de route consensuelle, devant éviter une navigation à vue de son nouveau président en exercice. Mission accomplie au niveau de la feuille de route. Mais comme on pouvait s’y attendre, le sujet qui fâche, à savoir, la définition des critères en vue de l’élection du nouveau président de la Commission, ainsi que son vice-président et ses collaborateurs, a été éludée. Pourtant, le 18 février, à Cotonou, on avait bien noté la présence, au Sommet, du président gabonais, Ah i Bongo Ondimba, principal soutien de Jean Ping, et celle de son homologue sud-africain, Jacob Zuma, qui appuie la candidature de son ministre de l’Intérieur et ancien chef de la diplomatie, Xhosazana Diamini-Zuma.

Si l’un des deux avait mis de l’eau dans son vin, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Chacun est resté campé sur ses positions, au grand désespoir de Yayi Boni. Le consensus recherché étant, visiblement, encore loin, le président béninois a convoqué, samedi 17 mars, toujours à Cotonou, un autre Mini-Sommet informel qui a regroupé 8 chefs d’Etat et de gouvernement ou leur représentant : Idriss Déby, président du Tchad a représenté l’Afrique centrale, Alassane Ouattara, président de Côte d’Ivoire était présent pour le compte de l’Afrique de l’Ouest, Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud et Ali Bongo Ondimba, président du Gabon, défendaient, respectivement, Xhosazana DIaminiZuma et Jean Ping, tandis que Méles Zenawi, premier ministre éthiopien, représentait l’Afrique de l’Est ; l’Afrique du Nord était défendue par Ahmed Ouyahia, premier ministre algérien, le ministre des Relations extérieures de l’Angola, Georges Rebelo Pinto Chikoti, représentant l’Afrique australe.

Président-sortant de la Commission, Jean Ping a, logiquement, pris part aux travaux, d’où rien d’important, n’est sorti du huis clos de plus de 5 heures de temps, les positions des deux parties s’étant cristallisées. Le président de l’UA a, par conséquent, invité, à nouveau, les deux chefs d’Etat sud-africain et gabonais, principaux leaders concernés par ce blocage, de bien vouloir se retrouver, en tête à tête, dans une capitale africaine de leur choix, en avril ou mai, au plus tard, afin de trouver une solution qui permettrait au Sommet prévu, à Lilongwe, au Malawi, en juillet, de désigner, de façon consensuelle, une direction de la Commission.

« La raison d’être de notre présence, ici, aujourd’hui, je voudrais le rappeler, est de réfléchir sur certaines préoccupations découlant de nos difficultés à élire les membres de la Commission lors du Sommet d’Addis Abeba, et qui bloquent le fonctionnement harmonieux de notre institution commune. Une telle situation ne saurait perdurer sans compromettre le fonctionnement de la Commission et nuire à la crédibilité de l’Union et de ses Etats membres. C’est pourquoi, pour réussir notre mission, nous devons, au-delà des intérêts de nos Etats, aussi légitimes qu’ils soient, garder à l’esprit que notre très cher continent, l’Afrique, ne saurait se construire sans la recherche permanente du consensus au nom de l’unité et de la cohésion africaines ». Telle a été la substance du discours prononcé par le président de l’organisation à l’attention de ses distingués invités. Au regard des difficultés auxquelles les pays africains ont été confrontés lors de l’élection manquée du président de la Commission, le 29 janvier 2012, à Addis Abeba, il faut, à présent, trouver les voies et moyens pour prévenir et anticiper sur les éventuels blocages qui pourraient se dresser sur la voie qui mène au Sommet de Lilongwe. C’est la raison pour laquelle, du processus électoral qui a abouti à la suspension du scrutin après un quatrième tour infructueux et des vifs débats que les Etats ont eus à cette triste occasion, Yayi Boni s’est permis de poser deux questions à ses frères représentant les sept pays et régions d’Afrique, réunis, à Cotonou, autour de lui : « 1°) Devons-nous nous orienter vers des solutions juridiques ? 2°) Allons-nous opter pour une solution politique ? ». Avant de se montrer optimiste : « Je souhaite que Dieu Tout Puissant inspire nos débats pour que dans un esprit de fraternité, de convivialité et de solidarité panafricaine, nous puissions poursuivre, résolument, notre marche inexorable vers la construction d’une Afrique véritablement unie et intégrée ».

Le président en exercice de l’UA a poursuivi : « Il y va de la crédibilité de notre organisation commune, et de notre propre responsabilité en tant que leaders du continent soucieux de son développement et du bien-être de ses populations. Face aux multiples défis auxquels notre chère Afrique est aujourd’hui confrontée, il nous faut renforcer notre unité comme l’ont voulu les pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine. Au moment d’entamer nos réflexions, je voudrais, a noté Yayi Boni, partager avec vous, ma ferme conviction que nos travaux aboutiront à des propositions concrètes pour sortir de l’impasse actuelle et regagner la confiance de nos peuples et de la communauté internationale ». Avant de conclure : « Je voudrais savoir pouvoir compter sur votre compréhension et votre détermination à faire de nos assises une véritable réussite (et) terminerai mes propos en vous renouvelant mes souhaits de bon et agréable séjour chez vous, à Cotonou, au Bénin ».

Tout le monde connaît, malheureusement, la suite. Jacob Zuma dont on attendait l’infléchissement de sa position, est resté de marbre, décidé plus que jamais à aller jusqu’au bout. Le consensus n’étant pas encore prêt, les présidents du Gabon et d’Afrique du Sud devront se retrouver, tous les deux, quelque part en Afrique, afin de proposer une solution responsable qui débloque la situation, et qui ferait que le Sommet de Lilongwe puisse se tenir avec succès. Face à cette incertitude qui continue de planer sur la désignation du président de la commission, plusieurs hypothèses se font jour. Pour certains observateurs, de deux choses l’une, ou bien les deux pays continuent à ne pas s’entendre comme c’est le cas depuis plusieurs mois, et le Gabon, fort de son avance, repart à la pêche des voix pour trouver les 4 ou 5 (si on inclut le Mali désormais exclu de l’UA) pays qui lui ont fait défaut au 4e tour pour gagner la compétition. Ou alors, c’est la diplomatie sud-africaine qui reprend l’offensive sur le continent, pour arracher un nombre de soutiens supérieurs à ceux drainés en janvier. Pretoria (qui a réussi à créer la division au sein de l’UA) en est capable. Dans les deux cas, la déchirure serait consommée, avec comme principal perdant, l’organisation elle-même. Le président Yayi Boni ne souhaiterait pas qu’on en arrive là.

L’autre solution tendrait à privilégier l’émergence d’un troisième candidat, pour permettre à l’UA de reprendre un fonctionnement normal. Personne, à Cotonou, ne voulait y penser, le plus gros perdant, dans cette hypothèse, étant, incontestablement, le candidat sortant, Jean Ping, qui se verrait privé d’un deuxième et légitime mandat. On n’en est pas là non plus. Aucun troisième homme ne s’est fait connaître, pour le moment. Certains observateurs émettent le souhait que l’Afrique du Sud retire, purement et simplement, la candidate Xhosazana de la compétition et ce, sous les acclamations de tout le continent, afin de lui permettre d’avancer. Après avoir, clairement, montré de quel bois il se chauffe, Jacob Zuma n’a, vraiment, pas besoin de la présidence de la Commission de l’UA pour montrer la puissance de son pays dans le concert des nations africaines. Son hégémonie est bien visible dans bien des domaines en Afrique.

Par ailleurs, un deuxième mandat de 4 ans pour Jean Ping, serait loin d’être un chèque en blanc. Après les événements survenus en Libye, l’UA a fait son autocritique et ne se fera, plus, jamais, prendre, une deuxième fois, à un tel piège. Jean Ping, président-sortant, n’a pas démérité. C’est un mauvais procès qu’on lui fait quand on le considère comme l’homme des Occidentaux, qui serait resté inerte devant la mise à mort du régime de Kadhafi. On serait bien curieux de savoir ce qu’aurait fait quelqu’un d’autre à sa place, dans les mêmes conditions.

D’autre part, on a tendance à oubli que le président de la Commission c l’UA, n’est qu’un chef de secrétariat dont les pouvoirs sont moins étende que ceux d’un Manuel Barroso, président de la Commission européens ou d’un Ban Ki-Moon, secrétaire général des Nations-Unies.

Il faudrait donc vite trouver une issu à ce problème délicat et permettre Yayi Boni de déployer sa feuille c route définie, le 18 février, à Cotonou. Déjà trois mois sont passés sans qu’il n’ait été en mesure de mettre en chantier les initiatives qu’il ambitionne pour l’Afrique. Laissons-le travailler.

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