Une semaine interminable.

Vendredi 27 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceEn cette fin de campagne, la France s’ennuie mais pas comme elle s’ennuyait peu avant Mai 1968. Les Français des « Trente Glorieuses » rêvaient d’un avenir encore meilleur dans une effervescence confuse où les désirs de réformes ou de révolution s’appuyaient sur des « acquis » économiques et sociaux qui semblaient indestructibles. En 2012, hors les militants et sympathisants des formations politiques en compétition, toute une France s’ennuie d’une autre manière. Dans les milieux dirigeants de l’UMP et du Parti socialiste, certains le reconnaissent sans difficulté. Les discours ne parviennent pas à retenir l’attention, quelles que soient les promesses faites (dont des enquêtes d’opinion prouvent d’ailleurs qu’elles ne sont guère mémorisées).  

Il ne s’agit pas d’une montée de l’indifférence politique beaucoup de Français estiment que les véritables problèmes ne sont pas abordés par les candidats et que le vainqueur sera obligé d’adapter sa politique aux événements. Exemple : le dimanche 15 avril, pendant que Nicolas Sarkozy parlait sur la place de la Concorde, pendant que François Hollande parlait à Vincennes, on se battait dans Kaboul. Pourtant, les deux principaux candidats ont évité pendant la campagne de faire le bilan de la guerre en Afghanistan et ils ont annoncé le départ de nos troupes sans dire qu’il sera long et difficile. Autre exemple : le retour de violentes tensions financières et boursières au sein de la zone euro, qui viennent dissiper l’illusion d’une sortie de crise. Là encore, Nicolas Sarkozy et François Hollande s’en sont tenus à des généralités rassurantes agrémentées de quelques effets d’annonce : le président sortant a repris la critique du rôle de la Banque centrale européenne qu’il avait exprimée en 2007 et François Hollande évoque une renégociation du nouveau traité européen. Mais l’un et l’autre savent que la France sera secouée par les turbulences espagnoles et italiennes et qu il faudra réagir dans l’urgence. Prisonniers de leurs rôles, ils se chamaillent cependant sur la réforme du permis de conduire alors que le sujet n’est manifestement pas à la hauteur des enjeux nationaux et européens.

C’est à se demander si les deux principaux candidats n’ont pas la tête ailleurs. En 2007, Nicolas Sarkozy avait fait une campagne très cohérente sur le thème de la « rupture » avec Jacques Chirac, sur la délinquance et sur le pouvoir d’achat : ses slogans (« gagner plus » : le « nettoyage » des banlieues) sont encore dans les mémoires. Cette année, il s’est présenté en président protecteur, riche de l’expérience accumulée pendant cinq ans mais il a fait une campagne tournée en partie vers l’électorat du Front national et ses attaques contre François Hollande l’empêchent de se présenter en rassembleur.

Face à un candidat sur la défensive, le candidat socialiste pense moins à ses propositions de réforme qu’à l’exploitation du sentiment de rejet du président sortant. Tous deux sont dans la négation et laissent l’offensive à Marine Le Pen, qui va plus ou moins perturber les résultats de la droite classique et à Jean-Luc Mélenchon qui va mettre François Hollande d’ans l’embarras car la « gauche de la gauche » sera plus coriace que les Verts.

Au soir du 22 avril, il faudra déjà penser aux élections législatives.

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