Une presse sous dépendance.

Mercredi 27 juin 2012 // La France

La presse s’est « vendue », écrit Benjamin Dormann dans un livre au style grinçant qui remet en cause bien des idées reçues sur la profession. Parsemé de-portraits impitoyables, parfois proche du pamphlet, mais fort bien documenté, Ils ont acheté la presse est un véritable pavé dans la mare de la « bien-pensance » médiatique.

Nicolas Sarkozy restera sans doute comme le président de la République le plus vilipendé par une presse... qu’il aura contribué à sauver du naufrage. En octobre 2008, quelques mois après un premier coup de pouce décisif sur les frais postaux, l’ancien président organisait des « états-généraux de la presse », conformément aux voeux de plusieurs professionnels comme Laurent Joffrin (alors à Libération) et Patrick Le Hyarick, de L’humanité.

L’objectif ? Éviter à certains journaux français la faillite pure et simple, grâce à diverses assistances étatiques s’ajoutant aux multiples subventions déjà acquises. Ce qui se traduira par une série de cadeaux fiscaux et budgétaires permettant à plus d’un titre dé survivre sans lecteurs, au nom de la sacro-sainte liberté de la presse. Cela, sans compter les subventions allouées aux « pure-players » - ces médias d’information uniquement présents sur le web. En bénéficieront à hauteur de plusieurs centaines de milliers d’euros : Rue 89, fondé par Pierre Haski, ancien de Libération, Mediapart.fr, fondé par Edwy Plenel, Slate.fr, de Jean-Marie Colombani... Contrairement à ce qu’elle voudrait faire croire, la « gauche morale » n’a aucun problème avec l’argent, surtout s’il est public et que la chose reste discrète. Merci Nicolas Sarkozy !

Chiffres à l’appui, Benjamin Dormann étudie ainsi la déchéance de trois organes emblématiques du paysage intellectuel français : Le Monde, Le Nouvel Observateur et Libération. Trois « fleurons », ou supposés tels, maisqui n’existent encore aujourd’hui que grâce à l’aide constante et considérable prodiguée par les gouvernements successifs, y compris et surtout ceux auxquels ils étaient le plus hostiles.

DE RICHES FINANCIERS EN RÉSEAUX MONDIALISÉS

Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Pour l’auteur, qui fut un temps journaliste, c’est d’abord parce qu’elle méprise son lectorat dont elle ne relaie jamais - ou très peu, ou très mal - les véritables aspirations, que la presse « de gauche » (en existe-t-il encore une autre ?) connaît une telle hémorragie de lecteurs. Mais en a-t-elle encore besoin quand elle peut compter sur l’apport de riches actionnaires pour éponger ses pertes récurrentes ? Que ces riches actionnaires s’appellent la banque Lazard (Le Monde) ou la banque Rothschild (Libération) offre en effet certaines garanties. Comme celle de prétendre s’ériger en contre-pouvoir au gouvernement en place et au capitalisme mondialisé grâce aux subsides étatiques et à l’argent de financiers politisés ! Féroces, les chapitres consacrés à la reprise du Monde par Mathieu Pigasse ou à la gestion du Nouvel Observateur par Denis Olivennes emmènent le lecteur dans les coulisses d’une presse embourbée dans ses contradictions et ses mensonges...

Car si les modes de gestion opaques et les connivences en tout genre sont désormais le quotidien de la presse, dite « d’opposition » sous Sarkozy, c’est qu’elle aurait renoncé à son rôle de contre-pouvoir pour frayer avec ce que l’auteur appelle le « Se pouvoir » : celui des réseaux d’influence, « moins transparents les uns que les autres », et dans lesquels « dirigeants de médias et politiques produisent aujourd’hui l’essentiel des réflexions et décisions de la sphère publique ». Une véritable nébuleuse où se croise les membres du Siècle, le plus grand groupe d’influence français, le Young leader Arnaud Montebourg ou le Bilderberger Manuel Valls... 

Est-ce la raison pour laquelle le pouvoir politique a toujours tenu à bout de bras une presse qui se donne des allures and-conformistes pour mieux dissimuler sa servilité ?

JEAN-BAPTISTE D’ALBARET
ILS ONT ACHETÉ LA PRESSE, de Benjamin Dormann, Jean Picollec, 341 p., 23 euros

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