Politique Magazine

Une précieuse loi ridicule.

Par Jacques Trémolet de Villiers.

Lundi 20 mai 2013 // La France

Ils ont eu beau jurer leurs grands dieux, se frapper la poitrine et couvrir de cendres ce qui leur reste de cheveux, ils font comme leurs prédécesseurs. Un scandale. Un événement. Un crime. Un délit. Une émotion - pardon ! Comme on dit aujourd’hui, un ressenti et on fait une loi.

Cette loi s’appellera une loi de moralisation. Comme s’il pouvait exister des lois de démoralisation. Comme s’il était nécessaire de moraliser la vie politique. Mais a-t-on envie de demander à notre Président normal où est la morale ? Qu’est-ce que la morale ?

Pour vous, Président, les commandements relatifs à Dieu n’existent pas, puisque Dieu, avez-vous dit, est une hypothèse, non seulement sans intérêt, mais nuisible parce qu’elle empêche d’agir tout de suite, ici et maintenant.

La morale du mariage, à l’évidence, vous est totalement étrangère, comme elle est étrangère à la quasi-totalité de ceux qui nous gouvernent.

Le « Tu ne tueras pas » ne s’impose à vous que dans certaines conditions puisqu’il est légalement admis qu’on peut tuer l’enfant à naître, dans le ventre de sa mère. Resterait donc, seulement, le « Tu ne voleras pas », mais qui, lui aussi, se décline différemment selon la nature du voleur et du volé. En réalité, comme Benoît XVI l’avait déclaré au Bundestag, sans la référence à une transcendance qui définit le Vrai, le Beau et le Bien, les États ne sont pas autre chose qu’une bande de brigands qui a, momentanément, réussi. On prétend lutter contre les mafias, mais les mafias sont des embryons d’État, comme l’étaient les féodalités, comme le sont les États modernes, le nôtre en particulier.

Dans son testament, pour présenter sa défense, Villon raconte l’histoire de ce pirate qui fut arrêté par les marins d’Alexandre et comparut devant l’empereur pour être jugé.

Pourquoi es-tu brigand en mer ? lui demande le roi.

Pourquoi m’appelles-tu ainsi ? répond le flibustier.

C’est parce que je n’ai qu’une petite flotte ! Si j’eusse commandé une grand flotte, je n’aurais jamais été poursuivi...

Alexandre le pourvut de biens et lui demanda de ne jamais plus piller les navires. Heureux temps, où le roi, pour se faire pardonner ses brigandages « légaux », faisait miséricorde aux humbles corsaires. Par cet acte, Alexandre montre qu’il est digne de gouverner. Il rend la justice, en pardonnant.

Le dernier mot de la morale sociale est la justice. Tout le reste est hypocrisie, pharisaïsme, tartufferie et vain propos. Seul le roi-juste fait la juste loi, et, par elle, l’ordre et la paix. En France, aujourd’hui, demeure, comme lambeau d’État, la partie majoritaire et noble de l’autorité judiciaire qui fait son métier de juge, qui dit où est le droit, dans les matières où l’idéologie n’a pas, encore, faussé le jugement. Rude labeur, qui veut le concours loyal et laborieux de tous les acteurs, juges, avocats, experts... Combien de temps peut durer cet effort qui est, sans même le voir, complètement à contre-courant ?

Le législateur ridiculise la loi’. Les princes du mensonge s’excommunient réciproquement pour donner l’illusion qu’ils croient encore à la vérité. Leur hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu. Eux qui, au sens strict, sont des hommes sans foi et donc sans loi, sont contraints, pour continuer d’exister, de se draper dans le pli de la morale. Vient le temps où les masques ne cachent plus rien, où, devant le peuple en colère, le Président est nu.

Que pèsent, alors, les lois dites de moralisation ? Plus rien ne vaut rien.

Cicéron le disait déjà « Non mores, non jus. » Plus de moeurs, plus de droit !

C’était, alors, la fin de la République.

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