Une nouvelle thérapie à base d’artémisinine

Jeudi 23 juillet 2015 // Santé

Une plante chinoise, suscite l’espoir dans la lutte contre la malaria. En Éthiopie, pays test pour ce traitement, l’hôpital de Tulu Bob l’utilise, depuis octobre, plutôt, que la traditionnelle quinine. Avec des résultats spectaculaires.

« Nous avons constaté une baisse de la mortalité de 35% avec l’artésunate injectable », un dérivé de l’artémisinine, se réjouit Zerihun Kassa, l’un des médecins de l’hôpital de Tulu Bob, à 80 km au Sud d’Addis Abeba, la capitale éthiopienne. « Les patients se rétablissent mieux et beaucoup plus vite », dit-il. Ce nouveau traitement pourrait permettre d’éviter 195.000 décès, par an, selon Unitaid, l’organisation internationale chargée d’améliorer l’accès aux traitements contre la malaria, le sida et la tuberculose. Plusieurs pays tests, dont l’Éthiopie, sont, déjà, parvenus à, considérablement, réduire la mortalité liée à cette maladie infectieuse grave, appelée, aussi, paludisme, qui touche près de 200 millions de personnes, et, fait jusqu’à 755.000 morts, par an, principalement, en Afrique, selon les chiffres de l’organisation mondiale de la santé (OMS). Selon Médecins sans frontières (MSF), l’artésunate réduit la mortalité de cas de malaria sévère de 39%, chez les adultes, et, 24% chez les enfants.

L’Éthiopie l’a introduite, en 2013, comme traitement prioritaire des cas de malaria sévère, conformément, aux recommandations de l’OMS. Mais l’hôpital local de Tulu Bob, le seul dans un rayon de 35 km, n’a pu appliquer cette décision qu’à partir de la fin 2014, faute d’avoir eu, plus tôt, les médicaments et la formation nécessaires. Cet hôpital traite une vingtaine de cas de malaria sévère, par an, les patients arrivent le plus, souvent, dans un état comateux, incapables de s’alimenter. Chala Daba, 25 ans, a été l’un des premiers à bénéficier du nouveau traitement. « J’avais beaucoup de fièvre et j’avais très mal. Dès qu’ils m’ont donné le médicament, je me suis senti mieux tout de suite », témoigne le jeune homme. L’artésunate lui a, probablement, sauvé la vie, estiment les médecins. « Avec la quinine, l’état des patients continuait souvent à se détériorer. Avec l’artésunate, ils sortent de la phase léthargique, très rapidement, peuvent s’asseoir sur le lit et recommencer à manger « , ajoute le docteur, Zerihun Kassa.

L’Éthiopie fait partie, avec le Nigeria, le Cameroun, le Kenya, le Malawi et l’Ouganda, d’un groupe de six pays, particulièrement, touchés par la malaria, où la quinine est, encore, largement, utilisée et pour lesquels l’organisation, Unitaid, tente de généraliser l’usage du nouveau traitement. Plus de 60% de la population éthiopienne est menacée par cette maladie, provoquée par un parasite, qui pénètre dans l’organisme à la suite d’une piqûre de moustique. La menace est, particulièrement, forte après la saison des pluies, entre septembre et décembre. La maladie se manifeste, souvent, d’abord, par des symptômes de type grippal. Les parasites migrent vers le foie, s’y multiplient, infectent les globules rouges et peuvent provoquer dans les cas les plus extrêmes une défaillance des organes, le coma et le décès. Une seule piqûre d’un moustique infecté peut entraîner, dans la journée, la mort d’un jeune enfant, dont l’organisme n’est pas en mesure de se défendre, efficacement. Pour soigner la malaria, « la quinine est beaucoup plus compliquée à utiliser « que l’artésunate, explique Ambachew Yohannes d’Unitaid. « Il faut un dosage précis et une surveillance constante du taux de sucre dans le sang. Il arrive que les patients meurent d’un mauvais dosage de quinine « , souligne-t-il.

Malgré la généralisation progressive de l’artésunate dans les hôpitaux, le traitement est, encore, hors de portée pour une grande partie de la population, qui vit dans des zones reculées et, difficilement, accessibles. « Le défi est de faire parvenir ce traitement au niveau des centres de santé dans les villages », ajoute Ambachew Yohannes. A Dembeli Dildila, un village auquel on accède après 30 minutes de marche depuis la route principale au Sud de Tulu Bob, un petit centre de santé a, déjà, reçu des tests pour détecter, rapidement, les crises de malaria. Un dérivé de l’artésunate sous forme de suppositoire, en cours d’élaboration, doit permettre à l’avenir un traitement immédiat. L’infirmière du centre, Hatest, constate, cependant, déjà, une baisse significative du nombre de cas de malaria dans ce village de huttes de paille et de terre séchée, notamment, grâce aux politiques de prévention. « J’apprends aux gens à utiliser les moustiquaires et à combler les poches d’eau près des habitations », explique la jeune femme. Pour Philippe Douste Blazy, le président d’Unitaid, cette maladie pandémique peut être vaincue. « Des progrès remarquables ont été faits dans la lutte contre la malaria ces dernières années », souligne-t-il dans un communiqué, en rappelant que « la mortalité a déjà baissé de moitié en Afrique subsaharienne entre 2000 et 2013, notamment, grâce aux moustiquaires imprégnées et aux nouveaux traitements. »

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