Une nouvelle loi de programmation militaire.

Mardi 24 décembre 2013 // La France


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Un événement aura marqué cet été 2013 : la publication du projet de loi de programmation militaire (LPM). Une loi de programmation militaire fixe à six ans les priorités opérationnelles et les choix en matière d’équipements ou d’effectifs. Suite logique au Livre blanc 2013, le projet en a donc été rendu public pour la période 2014-2019. Nous avions déjà observé une relative continuité entre les Livres blancs « Sarkozy » de 2008 et « Hollande » de 2013 ; les présidents passent, les compétences demeurent. Il n’y a pas non plus de ruptures entre leurs lois de programmations. La LPM 2014-2019 s’inscrit dans la ligne de la précédente à deux nuances près : le gouffre de la dette s’est approfondi et le texte précise qu’il faut maintenant « conjuguer souveraineté stratégique et souveraineté budgétaire ». L’Afrique que Sarkozy n’avait pas comprise, préférant les mirages d’Orient, s’est imposée par les faits à Hollande qui n’en voulait pas.

Les deux présidents ont d’ailleurs toujours montré strictement le même aveuglement sur nos engagements militaires en Afghanistan et en Libye, sur notre réintégration de l’OTAN comme sur notre positionnement dans l’affaire syrienne. La nouvelle loi de programmation militaire reprend donc la précédente en y prolongeant les mesures de rigueur sur les effectifs comme sur l’équipement.

Une réduction de 23 000 hommes (sur 6 ans) s’ajoute à celle de 54 000 hommes décidée par Sarkozy. La propension qu’ont certains à critiquer systématiquement ces mesures risque de nuire à leur crédibilité. Ne nous trompons pas de cible : la nouvelle loi de programmation militaire, sans augmenter les ressources, les maintient tant bien que mal dans un contexte financier très dégradé ; en ce sens, elle n’est pas pire que la précédente. Aux partisans d’une « armée de masse salariale » qui s’inquiètent de la réduction de nos effectifs, rappelons que ce ne sont plus les troupes pléthoriques qui remportent la victoire, mais les capacités de renseignement, d’anticipation, de mobilité, de précision dans l’attaque. La question politique n’est donc pas de congeler les effectifs de la défense, dont le niveau reste encore acceptable, mais de réduire ceux de la fonction publique dans un pays qui entretient 348 sénateurs là où les Américains n’en mettraient que 19.

En contrepartie, la LPM préserve des capacités stratégiques essentielles, nucléaires et spatiales, tout en poursuivant la modernisation des forces conventionnelles de l’armée de terre. Les programmes majeurs de la marine - frégates et sous-marins - sont maintenus au prix de quelques glissements de calendrier. Les dernières crispations féodales d’armées tombent : les 15 hélicoptères « opérations spéciales » dispersés entre l’armée de terre et de l’air seront enfin réunis dans une seule unité. La mutualisation progressive des aviations de chasse et de guet aérien de l’armée et de la marine se poursuit.

Comme nous l’avions prédit, les premiers Airbus de ravitaillement en vol n’arriveront qu’en fin de période (nos vieux Boeing tiennent encore) et la coûteuse rénovation des Mirage 2000 D est abandonnée : on ne parle plus que « d’opérations de prolongement », pour une centaine de Mirage. Car les Rafales ne seront pas au rendez-vous : au lieu des 66 prévus sur la période, on n’en aura que 26. Ce n’est pas en soi un drame, mais le texte explique ingénument que les 40 autres sont destinés à l’exportation, une précision qui n’aura pas échappé aux Indiens, clients pressentis, gratifiés ici d’un levier de négociation supplémentaire ! On aurait pu être plus évasif dans un document public.

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