Une marinière et après ?

Vendredi 1er février 2013 // La France

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Il nous a fait rire, le ministre du Redressement productif, Arnaud de Montebourg, avec sa bouille d’enfant tout fier de sa marinière bretonne. On a envie de lui dire : "Et ton filet à crevettes ?" En même temps, comment ne pas être fiers de cette entreprise française Armor-Lux, 550 salariés qui a même ouvert une boutique à New York ? Je me souviens de ma première rencontre avec son patron, Jean-Guy Le Floch, silhouette râblée de marin, front têtu sous le cheveu gris coupé court. Je préparais le second tome d’un ouvrage intitulé le Bonheur d’être français et je cherchais des raisons d’espérer. En parcourant la Bretagne et ses usines de découpe de poulet menacées parla concurrence mondiale, j’avais appris comment ce fils d’instituteurs du Finistère, passé par l’École centrale, avait renoncé à une brillante carrière de manager de multinationale auprès d’un autre Breton, Vincent Bolloré, pour sauver la fabrique quimpéroise de pulls marins.

Visant résolument le haut de gamme ; il avait engagé une styliste, lancé des articles insolites comme les chaussons enfant rayés rouge et blanc, prospecté les grands magasins parisiens. En cinq ans, il était devenu le premier employeur de Quimper avec l’hôpital et la mairie, et surtout son plus gros contribuable ce qui n’empêchait pas les administrations, pestait-il, de le tracasser, « comme si elles avaient pour seule mission de vous empêcher de vous développer ».

C’était en 1999, sous la cohabitation Chirac-Jospin. Un an plus tard, une effroyable inondation causait des dommages irréparables à l’usine en bordure de l’Odet. I1 fallait la reconstruire sur les hauteurs, et pour cela emprunter 6 millions d’euros. Comble de malheur, la consommation chutait. Je me souviens des ateliers aux murs marqués par l’eau sale, des grands bacs de teinturerie rehaussés sur des vérins, et, malgré tout, du joli ballet des bobines de laine multicolores... A la cantine, entre carottes râpées et escalope de dinde, Le Floch me disait : « Toutes les filatures françaises ont disparu. Notre dernier fournisseur vient d’être racheté par un groupe italien. Pourvu qu’il maintienne les mêmes critères ! Car si l’on entre dans le cycle de la non-qualité, c’est fichu : on ne pourra jamais rivaliser avec la Chine... »Il a réussi, cependant, en lançant des produits de haute technologie (micro-fibre), à serrer les prix : si la marinière arborée par de Montebourg est confectionnée sur place, un ensemble tee-shirt-pantalon est fabriqué en Tunisie et une veste d’enfant en Roumanie le tout revenant à Quimper avant d’être réexpédié dans le monde entier.

J’interroge Le Floch sur le "choc de compétitivité" prôné par le rapport Gallois.

En prenant ses distances à l’égard de l’ex-président-directeur général du groupe EADS, le président Hollande n’a-t-il pas nié le problème du coût salarial ? Réponse : « l’innovation est une question de survie, mais les charges salariales ne pèsent pas moins lourd : un salarié nous coûte près de 2 300 euros par mois en France, contre 300 au Maghreb et en Roumanie et 80 en Inde ! » Tout cela, le président-directeur général d’Armor-Lux l’a fait savoir au château : Mais voilà : en bon élève de Mitterrand, Hollande ne veut pas se lier les mains. Au lendemain de la reculade du gouvernement face au mouvement des "pigeons" et à la veille du congrès de Toulouse, l’ancien premier secrétaire du PS ménage les sensibilités de gauche. C’est habile. Mais avons-nous besoin d’hommes habiles ou d’hommes décidés ?

Au congrès fondateur de l’UDI, le parti de Jean-Louis Borloo. On peut ironiser sur les retrouvailles d’une "famille centriste" qui se voyait déjà, l’an dernier au lancement de la campagne présidentielle de François Bayrou, partie pour une nouvelle jeunesse. On peut aussi, oubliant la façon prodigieuse dont il a réussi à arracher Valenciennes à son sinistre destin d’ancienne cité minière et sidérurgique aux maisons noires et aux canaux pleins de déchets industriels, railler le style désordonné de Borloo.

N’empêche : un souffle est passé dimanche à la Mutualité. Certes, le constat de la dégringolade française n’était pas drôle : « La lucidité m’oblige à dire, déclarait Thierry Breton, qui fut ministre de l’Économie de Jacques Chirac, que notre pays a énormément perdu en compétitivité ces cinq dernières années. » En cause : l’instabilité fiscale et le poids des charges, plus élevées qu’en Allemagne où, pourtant, souligne l’ancien ministre socialiste Jean-Marie Bockel, « le modèle social est comparable » . « Pensez-vous que ça peut continuer ? lançait le commissaire européen gaulliste Michel Barnier, très applaudi. Non ! Nous devrons soutenir, malgré le PS, le plan Louis Gallois de compétitivité ! » Et l’on voulait y croire, comme on voulait croire au fédéralisme européen, célébré sous le regard de l’icône Simone Veil. Le seul fait de parler de l’essentiel nous remontait le moral.

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