Valeurs Actuelles

Une loi contre le mensonge.

Notre Opinion : Par François d’Orcival.

Dimanche 21 avril 2013 // La France

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François Hollande est en train de vouloir faire payer par tout le monde une "trahison" dont la gauche et lui sont les seules victimes. Maurice Thorez, qui fut le plus autoritaire des secrétaires généraux du Parti communiste, disait : « La seule vérité, c’est la vérité du Parti. » Chez les socialistes, la discipline et les convictions en moins, le réflexe est le même : s’ils piétinent Cahuzac, c’est parce qu’il a trahi la vérité du parti en avouant qu’il avait de l’argent. Voilà, bien plus que le comportement indigne de l’homme, ce qui n’est pas pardonnable. Et voilà les raisons pour lesquelles le président de la République ne peut imaginer d’autre sortie à la crise qu’en répandant la suspicion sur l’ensemble des élus, à travers leur patrimoine.

La loi de "moralisation" qui va nous être imposée par le chantage à la transparence prévoira que chaque élu devra déclarer son patrimoine lors de son élection. Plus tard, cela sera exigé à la déclaration de candidature. Celle qui déclarera une Renault 4L de trente ans d’âge sera proclamée digne de se présenter au suffrage ; celui qui sera chef d’entreprise sera dénoncé en place publique comment le "riche" pourrait-il voter l’impôt, les allocations, les charges sociales ? Conflit d’intérêts ! La transparence du patrimoine ne suffira pas : on voudra reconstituer ses origines - on dénoncera l’héritage, les plus-values, on n’admettra jamais le fruit du travail. La détention d’un portefeuille d’actions est impossible quand on devient ministre. On le généralisera.

Fantasmes ? Mais voyez déjà le bal du plus blanc que blanc auquel s’entraînent celui-ci et celui-là. Tout y passe : la valeur de l’appartement et de la villa, les livrets de Caisse d’épargne, le nombre de voitures et leur ancienneté ! Laurent Fabius vient d’en faire la triste expérience : il est d’une famille fortunée, et par conséquent suspect il devrait donc détenir lui aussi un compte en Suisse ; il le dément, mais s’il le dément, c’est que cela a pu être et ainsi de suite au temps d’Internes et des réseaux sociaux. « Où cela peut-il s’arrêter ? », demande à Jean-Pierre Elkabbach le président du groupe UMP à l’Assemblée, Christian Jacob, avec bon sens. Pourquoi s’en tenir là et ne pas publier aussi le patrimoine de tous ceux qui concourent à la vie publique, membres des cabinets, hauts fonctionnaires, magistrats, et autres ?

Et puis, il va falloir contrôler. Dire qui respecte la loi et l’esprit de la loi et qui doit être montré du doigt, voire expulsé. Il y aura donc une haute autorité. Une de plus ! Une haute autorité administrative indépendante, bien sûr, n’ayant d’autre légitimité que celle qu’elle tiendra de ceux qui auront nommé ses membres. Quand on aura fait tout cela, que l’on aura écarté de la représentation nationale la société civile, c’est-à-dire tous ceux qui ne plairont pas au parti, il restera les candidats de l’appareil, jeunes technos, syndicalistes enseignants et fonctionnaires, tous un également "transparents" et porte-parole de la cause. Et comme le député, le sénateur, ne pourra pas avoir d’autre revenu que celui de son mandat, on plaidera pour un statut de l’élu... Voilà comment, en rallumant partout la jalousie et la haine de classe, seule vérité du socialisme, on finit par détruire une société.

La gauche devrait faire voter une loi pour interdire le mensonge. Au moins, elle resterait dans son registre. Aucune loi sur la "moralisation" et la "transparence" ne calmera celle que nous avons appelée la "grande armée en colère". Si la gauche cherche ainsi à nous punir tous pour la faute commise par l’un des siens, c’est qu’elle est incapable de remonter aux causes. Elle traite de la morale parce qu’elle ne veut pas voir où sont ses responsabilités. S’il y a une grande leçon à retenir de Margaret Thatcher, disparue lundi, c’est bien celle de la responsabilité personnelle. Quand elle avait pris sa décision, elle l’assumait. En cas d’échec, elle n’accusait ni l’héritage ni les autres, c’était le sien. Mais quand elle réussissait, alors c’était son triomphe.

Ce n’est pas à cause du mensonge de Cahuzac que François Hollande a perdu la confiance des Français (il est tombé à 26 % d’opinions favorables dans le dernier baromètre Ipsos-le Point) ; c’est sa politique et ses propres trahisons de la vérité qui sont sanctionnées. Ce n’est pas une haute autorité qui peut lui restituer le crédit perdu. C’est son autorité à lui. S’il veut remettre de l’ordre dans le fonctionnement de l’exécutif, qu’il fasse instituer des commissions d’enquête parlementaires permanentes dans les deux Assemblées. S’il veut retrouver de la légitimité, qu’il retourne devant le peuple. Mais il ne fera rien de tout cela.

À la radio, le mercredi à 8h50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes à la télévision,

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