Une histoire Belge.

Vendredi 1er février 2013 // La France


www.innovation-democratique.org

Je ne sais si vous l’avez remarqué, mais les socialistes se sont montrés beaucoup plus polis avec Bernard Arnault qu’avec Gérard Depardieu. -C’est que le premier, parti pour Bruxelles économiser une douzaine de milliards d’euros sur sa succesion est un vrai milliardaire qui impressionne, tandis que le second est un pauvre qui a gagné de l’argent, catégorie qui devrait être heureuse de payer 85 % d’impôts.

Aussi le premier ministre, touché dans ses sentiments de classe, a-t-il jugé « minable » cette installation en Belgique. On a parlé de désertion. L’acteur, blessé dans sa fierté, n’a pas apprécié et s’est fendu d’une lettre qui m’a rappelé celle de Guy de Rothschild à François Mitterrand en 1982 ; on venait de nationaliser sa banque ; il partait pour les États-Unis : « juif sous le Maréchal Pétain, paria sous Mitterrand », rappelait le fugitif pour enfoncer le clou. Depardieu n’a pas grand-chose du baron Guy, mais les deux ont voulu protester d’un amour de la France qui n’exclut pas la défense de leurs intérêts.

 Pauvre M. Ayrault ! Il a été très bien dans le genre du père de famille qui voit son gendre filer avec la bonne en emportant l’argenterie, mais dans l’ensemble la sympathie du public est allée au partant. Il faut dire que Depardieu a été excellent dans le rôle ; il y a longtemps qu’on ne le lui en avait proposé de pareil. Oubliant toutes les protections dont il a bénéficié et le nombre de fois où Nicolas Sarkozy l’a sorti du pétrin, il nous a jeté son passeport à la figure avec d’autant plus de facilité qu’il n’en aura pas besoin pour venir à Paris, et rendu sa carte Vitale en précisant qu’il ne s’en est jamais servi.

Et c’était encore plus beau que le reste, ce bout de plastique sans remboursement, ce droit sans usage et ce mépris d’une gratte nationale qui est la mère de tous nos déficits... Je crois que depuis le Dernier Métro, je ne l’avais pas vu aussi bon dans un de ces numéros qu’on dirait taillés pour lui dans la fleur bleue. Car la sincérité est indispensable à sa forme de talent, et c’est ce que les socialistes n’ont pas compris : ceux qui s’en vont ont des raisons de le faire.

Depuis dix ans, dans ce pays on ne partait pas pour partir, par snobisme ou par idéologie ; on partait pour garder ce qu’on a comme on émigrait pour sauver sa tête... Tandis qu’à présent on partira pour garder ce qu’on aura. La preuve, le gouvernement refuse de rendre public le nombre des départs et la situation de ceux qui se font domicilier en Angleterre, en Belgique, en Suisse, au Luxembourg. On y verrait qu’elles sont diverses et intéressent aussi bien les revenus du travail que de la fortune. Les futurs riches fichent le camp. Mais nos socialistes ne veulent pas l’avouer, préférant déclamer que la France n’a pas besoin de gens comme eux, comme la République, guillotinant Lavoisier, n’avait pas besoin de savants.

C’est pour ajouter qu’ils pourchasseront les renégats et renégocieront les conventions qui nous lient à 143 pays.

On tremble, mais pour eux. Ont-ils songé qu’il faut être deux pour négocier ? Quand le président français promet l’harmonisation fiscale en Europe, aucun de nos voisins ne sera d’accord pour adopter notre fiscalité délirante ! François Hollande pense-t-il vraiment que les Allemands, les Anglais et les Belges vont rétablir l’impôt sur la fortune, quintupler les droits de succession et ratisser les plus-values ? Tous les dirigeants occidentaux luttent contre la fraude fiscale de leurs ressortissants, parce qu’ils font face à des déficits colossaux et qu’il leur faut trouver des ressources. Mais aucun n’acceptera de s’appauvrir en considérant la richesse comme contre-productive.

Confondre la fraude et la richesse, serait-ce une manifestation hémiplégique de la pensée ?

C’est Depardieu qui titube, mais ce sont nos finances qui ne marchent pas droit.

Répondre à cet article