Valeurs Actuelles

Une grande armée en colère.

Par François d’Orcival

Jeudi 11 avril 2013 // La France

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Ils n’attendaient plus rien de François Hollande. Ils voulaient se compter. Être vus du ciel et de l’Arc de triomphe, être vus des caméras, des policiers et des gendarmes. Se compter pour créer un rapport de force indiscutable à l’égard d’un pouvoir qui les a tenus pour négligeables et de tant de médias qui les ont traités par le mépris. Puisque le pouvoir n’entend et ne redoute que la rue, ils sont donc, et une nouvelle fois massivement, descendus sur les plus vastes avenues de Paris.

Le 17 novembre dernier, la manifestation avait été un tour de chauffe, quasi improvisée, sans soutien médiatique : du téléphone et Internet. Mais ils furent déjà 150 000. Un défilé patient et sympathique. Quasi passé sous silence. Alors, des organisateurs jusque-là inconnus donnèrent un vrai rendez-vous préparé pour le 13janvier. Ce ne fut pas un défilé, mais trois, et, au bout, une marée humaine sur le Champ-de-Mars. Lorsqu’un Johnny Hallyday remplit cet espace, on lui attribue 1 million de spectateurs, mais pour eux, ce fut 340 000. Ce mensonge de la Préfecture de police, aux ordres du ministre de l’Intérieur, sera vécu comme une imposture par ceux, de toutes générations, qui étaient là.

On se moquait d’eux. Et depuis le début. On leur avait fait croire que l’affaire du mariage homosexuel ne serait qu’une réforme a minima. Ils avaient découvert que l’on préparait un bouleversement profond de la société, sans consultation du peuple, avant que l’aile extrémiste du Parti socialiste se lance dans une campagne pour la procréation médicale assistée, porte ouverte à la gestation pour autrui. La ministre déléguée à la Famille, Mme Bertinotti, multipliait les réceptions d’associations homoparentales, écartant les points de vue divergents. Les autorités religieuses, catholiques, protestantes, juives, musulmanes, et même bouddhistes, toutes hostiles, furent tout de même entendues, mais avec un mépris souverain, par une quinzaine de députés de la commission chargée d’examiner le projet. « Vous avez dix minutes pour exposer votre point de vue. » Les fidèles furent autant blessés que leurs pasteurs.

Devant le congrès de l’Association des maires de France, François Hollande se laissa aller à accorder aux élus « la liberté de conscience » dans l’application de la loi sur le mariage. La garde des Sceaux, Mme Taubira, auteur du projet de loi, sursauta. Dès le lendemain, le président de la République ravala sa formule et reçut dans son bureau, sur les fauteuils Louis XV du salon Doré, les porte-parole en tee-shirt des gays, bi et autres trans, avec photographe. Quand les organisateurs de la "manif pour tous" demanderont à être reçus, eux aussi, après les défilés du 13 janvier, ils attendirent douze jours avant d’être discrètement dirigés vers un salon de travail, sans photographe : ils n’étaient pas dignes d’être vus avec le président de la République. Un million de manifestants s’estimèrent méprisés avec eux.

A l’issue du débat en première lecture à l’Assemblée nationale, où la droite s’était brillamment défendue, la gauche se lança dans une "taubiramania" indécente, sans doute parce qu’elle pensait que la ministre de la Justice allait sauver le crédit de l’exécutif ; celle-ci expliqua (aux Inrockuptibles) qu’elle aimait la « pédagogie » : elle répond d’abord, ensuite « elle cogne ». Le texte fut voté. Les organisateurs de la "manif pour tous" refusèrent de considérer la bataille comme terminée ; ils se portèrent vers le Conseil économique, social et environnemental, réformé en 2008 pour pouvoir être saisi par des pétitions citoyennes : 700 000 signatures furent déposées, comptées et recomptées le préfet de police n’avait pas pu les diviser par deux. Il y en avait 200 000 de plus que le seuil nécessaire. Mais le 23 février, cela fut rejeté en bloc.

« Circulez ! » Hors d’eux, les pétitionnaires réclamèrent les Champs-Élysées. La Préfecture de police tergiversa et finit par les leur interdire, sur ordre de M. Valls, le ministre de l’Intérieur, jusque-là si apprécié à droite. Le préfet de police l’avait convaincu que le mouvement s’essoufflait. Ils ouvrirent l’avenue de la Grande-Armée ; alors les manifestants s’y engouffrèrent comme un torrent à travers des digues.

Pris à contre-pied, le préfet dénombra à nouveau 300 000 personnes. En poursuivant ainsi dans la provocation et le déni, le gouvernement n’obtient qu’un effet : il met cette grande armée en colère. Ce mouvement est en train de changer de nature. Il
se nourrit de tous les mensonges et de tous les maquillages. Un pouvoir aussi discrédité, jusque dans la profondeur du pays, ne devrait pas souffler sur le feu.

Monsieur François d’Orcival, à la radio, le mercredi à 8 h 50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes.

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