Un tueur contre l’innocence.

Dimanche 8 avril 2012 // La France

Valeurs actuelles.

Innommable. Ignoble. À chaque fait divers tragique qui voit disparaître des victimes qui se trouvaient là par hasard, ce sont oujours les mêmes adjectifs qui aillissent. Le 11 mars à Toulouse, puis le 15 à Montauban pour ces trois jeunes parachutistes abattus (à ce jour, le quatrième soldat est mort). Le 19 mars, pour Jonathan Sandler et ses deux fils ainsi qu’une fillette de 7 ans, eux aussi assassinés un adolescent est grièvement blessé-, un peu après 8 heures du matin, devant le collège juif Ozar-Hatorah de Toulouse qu’ils fréquentaient. Une tragédie qui tue l’innocence. L’horreur, qui, à quelques jours d’intervalle, a enlevé la vie à sept personnes. Mort. Scandaleuse. Qui a ému le pays, mais aussi le monde entier. De l’Allemagne aux États-Unis en passant par la Grande-Bretagne, l’Italie, le Vatican, la Pologne et Israël. (Jonathan Sandler, ses deux enfants ainsi que la fillette avaient la double nationalité franco-israélienne.)

Qui est donc le tueur de Toulouse et de Montauban ? Oui, le tueur. A priori, il a agi seul, comme semblent témoigner les balles de 11.43 retrouvées sur les lieux des crimes. Un tueur solitaire donc. Mais froid et déterminé. Un psychopathe qui en veut à la terre entière ? un obsédé de l’ordre devenu soudain un pâtre du désordre ? qui s’est peut-être mis à détester l’ordre militaire représenté par les parachutistes ? qui se serait mis à détester les juifs, les Arabes deux des trois militaires d’origine maghrébine coupables à ses yeux, de tous les maux ? Aucune hypothèsene peut être écartée. Serait-il lui-même un ancien para ? ou quelqu’un qui s’était fait exclure de ce corps d’élite ? Peut-être, une sorte d’Anders Breivik, le tueur norvégien (77 morts), ou de Richard Durn, l’auteur de la tuerie de Nanterre. Ce mardi 20 mars, il n’avait toujours pas été identifié. Tout au plus sait-on, selon un témoin, qu’il portait une cicatrice sur le visage et qu’il a utilisé un scooter de forte puissance blanc puis noir - aurait-il été repeint entre ces crimes ?

Le 11 mars, jour du premier assassinat, Toulouse a eu peur. Depuis le 19, jour de la tuerie devant le collège OzarHatorah, c’est la Fiance qui a peur. Peur pour se.enfants qui chaque matin partent à l’école. Peur surtout que l’homme le plus recherché de France, qui semble avoir filmé ses forfaits avec une caméra, ne récidive. C’est en tout cas l’hypothèse du criminologue Laurent Montet, car, dit-il, « les médias alimententson narcissisme et donc l’envie de repasser à l’acte » .

La mise à bas de nos valeurs les plus sacrées ; C’est aussi l’avis des différents services de police qui ont engagé une course contre la montre pour retrouver le tueur. Aussi, la commune de Moissac (Tarn-et-Garonne), qui compte une importante communauté maghrébine, fait-elle l’objet d’une protection accrue, tout comme les 300 écoles juives de France. Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, s’est installé à demeure à Toulouse pour coordonner l’enquête. Le plan Vigirate a été élevé au niveau écarlate. Ce qui permet à la police d’effectuer des contrôles sur le territoire national. Sur le réseau routier. Dans les gares. Dans les aéroports. Du jamais-vu.

Des moyens sans précédent ont été mis en oeuvre : la sous-direction antiterroriste de la PJ, les policiers de la PI toulousaine et bordelaise, des hommes du renseignement sont mobilisés dans cette traque exceptionnelle. En tout, plus de 200 enquêteurs scrutaient le moindre indice qui pourrait les conduire au tueur. Les blogs de membres de cellules identitaires ou de la mouvance islamiste étaient surveilléar les policiers de la DCRI.

Mais le fait est là : en moins d’une semaine, la France consternée a assisté, impuissante, à la mise à bas de ses valeurs les plus sacrées : on a tué des hommes dont la raison d’être est de donner leur sang pour la France ; on a assassiné des enfants parce qu’ils étaient juifs.

Le 19 mars au soir, à Paris, la classe politique de gauche comme de droite (François Fillon, Luc Chatel, Jean-François Copé, Bertrand Delanoë, Martine Aubry, François Hollande) s’était rendue à la synagogue de Nazareth à Paris pour assister à une lecture des psaumes en mémoire des victimes. Nicolas Sarkozy, lui, a gagné Toulouse sitôt connue la nouvelle du drame. Marine Le Pen a dit son écœurement. François Hollande et François Bayrou se sont eux aussi déplacés dans la Ville rose, devenue soudain la ville du malheur. Déjà durement éprouvée par le drame qui avait causé la mort de 31 personnes le 21 septembre 2001 lors de l’explosion de l’usineAZF, dix jours après l’attentat contre le World Tracle Center de NewYork.
Jusqu’à mercredi, la campagne pour la présidentielle était suspendue. Quelques heures sans invective, sans violence verbale, sans insulte, sans petite phrase assassine, et nous voilà subitement plongés dans une France apaisée. Consensuelle. Elle devait l’être encore ce mercredi 21 mars, jour des obsèques militaires des trois parachutistes à Montauban, en présence du président de la République. Ultime hommage à trois victimes de la folie meurtrière d’un homme sans visage.

Une chose est sûre : ces sept morts de Montauban et de Toulouse rameront de longues années encore gravés dans notre mémoire collective. Lorsqu’il s’agit de la mort d’un enfant, quelles qu’en soient les conditions, on entre dans l’insoutenable. Et quand, l’enfant est pris par les cheveux par un tueur qui l’abat à bout portant, là, on est dans l’innommable.

Ce drame porte en lui l’irrationnel, l’inexplicable. Mais conment ne pas penser à Richard Durn, celui-là même qui, en pleine séance du conseil municipal à Nanterre présidée par Jacqueline Fraysse (PC), avait abattu, dans la nuit du 26 au 27 mars 2002,8 élus et en avait blessé 19 plus ou moins grièvement, un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle ? Même tuerie aveugle qu’à Montauban et Toulouse. Même mal-être sans doute de l’assassin. Même profil pathologique peut-être.

A partir de ce jeudi 22 mars, la campagne présidentielle reprend ses droits. Quel impact ce drame peut-il avoir sur celle-ci ? Difficile à dire, à moins d’une phrase maladroite d’un des candidats. A moins aussi que le tueuone sait rapidement arrêté. La France, alors, se sentira soulagée. Et le crédit de Nicolas Sarkozy en sortira naturellement renforcé...

Valeurs actueles 22 mars 2012

Répondre à cet article