Un printemps Russe ?

Samedi 24 mars 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceL’élection de Poutine à la présidence de la Russie dès le premier tour le 4 mars ne devrait ralentir le mouvement de protestation amorce cet hiver. L’événement n’est pas l’élection de Poutine qui ni même un son pourcentage ( autour de 60%) mais le 5 et les jours suivants. Ce n’est pas le 4 mars qui marque un nouveau commencement mais le mais le 5 et les jours suivants. Plus rien ne sera plus comme avant dans la relation attendre à nation et ses institutions. La Russe connaît un problème de légitimité. Peut- on s’attendre à une déstabilisation de la Russie. Une place Tahrir (Le Caire) ou une place à 22 degrés, pourquoi n’y en aurait il pas le double ou le quintuple lorsque le thermomètre aura refranchi la barre du zéro ?

Que faut-il en penser ? Le choix offert aux électeurs n’était pas très ouvert. Depuis vingt ans, on retrouvait les éternels faire-valoir : le communiste Zouganov et le populiste xénophobe Jirinovski, avec rigoureusement les mêmes pourcentages. Où est l’alternative ? Chez quelque milliardaire « libéral » à l’américaine, tel l’ancien patron d’un conglomérat gazier, Mikhail Khodorkovski, emprisonné, chouchou des médias occidentaux, une sorte de Mitt Romney russe (un milliardaire dans la course à l’investiture républicaine aux Etats-Unis) ? Pour la façade, on a laissé l’un d’entre eux entrer en lice, Mikhail Prokhorov, crédité de 8%. La plupart des Russes semblent préférer se réfugier dans l’indifférence, le chacun chez soi et le chacun pour soi. Poutine serait ici la première victime de son propre succès. La période faste à laquelle il a présidé avec le boom des hydrocarbures a permis le développement rapide d’une classe moyenne plus aisée, plus éduquée, ouverte sur le monde, largement occidentalisée, qui constituerait aujourd’hui, un quart au moins de la population (contre 15% en 2000). La moitié des Russes ont l’internet. Il est exclu dans ces conditions de revenir en arrière, à l’an 2000 lorsque Poutine fut élu pour la première fois et où il incarnait l’espoir. Comment aujourd’hui peut-il se renouveler ?

C’est parmi ces catégories sociales qui lui doivent le plus qu’il a perdu le plus d’audience. Elles se sont émancipées de lui. Or elles se recrutent majoritairement dans les grandes villes où Poutine fait ses scores lei plus faibles. Comment une nouvelle melon pourrait-elle naître- des couches les plus conservatrices de la population les retraités, de plus en plus nombreux avec le vieillissement accéléré et la faible natalité, les paysans riches, dans des régions soumises à des « gouverneurs » à la botte, les assistés du système dans les parties les plus_ déshéritées -, de la peur et du bourrage des urnes dans les périphéries non-russes (99% en Tchétchénie) ? « Russie unie », le parti de Poutine, ne parvient plus à cacher la Russie désunie, presque « l’Empire éclaté » pour reprendre le titre de l’ouvrage fameux d’Hélène Carrère d’Encausse d’avant la fin du communisme.

Poutine n’est pas Eltsine. Il ne perdra pas son temps à négocier avec la Douma (où depuis les élections de décembre 2011, en dépit des fraudes, son parti a perdu le tiers de ses sièges, tout en gardant une légère majorité) ou les puissantes régions de la Fédération. Il cherchera à combiner autoritarisme et réforme, comptant pour cette dernière sur son Premier ministre, en inversant les rôles qui furent ceux entre lui-même et Medvedev. A moins qu’il ne crée la surprise en faisant émerger après un délai de décence un autre homme, un nouveau venu, en signe de changement, comme lui-même Poutine était « né » sous Eltsine (devenu son Premier ministre en 1999, il était un illustre inconnu venu de nulle part, c’est à-dire du KGB).

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