Un prince prêt à servir.

Vers un retour de la monarchie en Libye.

Mardi 3 juin 2014 // Le Monde

L’Assemblée constituante, élue dans des conditions difficiles le 20 février dernier pour rédiger la Constitution de la Libye, vient de lancer ses travaux. Elle devra trancher des questions aussi essentielles que la langue du pays, l’organisation du territoire ou encore la forme du régime politique.

Cette Constitution avait institué une monarchie fédérale en la personne du roi Idriss 1er , lequel avait été un acteur majeur de l’émancipation du pays colonisé. La forme fédérale de l’État a certes été abandonnée au début des années 1960, et la monarchie abolie à la suite du coup d’État conduit par le colonel Kadhafi le le’ septembre 1969.

Mais la chute du régime Kadhafi en 2011 referme finalement une parenthèse et fait naturellement resurgir ce passé - cela a commencé avec le drapeau en vigueur du temps de la dynastie des Sanussi, symbole de la révolte contre le dictateur, et nombreux sont les Libyens qui envisagent ou aspirent aujourd’hui à une reprise des données politiques qui avaient accompagné la naissance, somme toute paisible, du pays.

Le moment historique y invite : la chute du régime de Kadhafi, eut-elle été « accompagnée » de l’extérieur, est le fruit des révoltes qui se sont fortement exprimées en Cyrénaïque, laquelle comprend de nombreux partisans du fédéralisme, et le pays éprouve quotidiennement et douloureusement ce qu’il en coûte d’une autorité de l’absence d’une véritable autorité politique, la paix civile étant très loin d’être acquise.

Et puis il existe un prince Mohamed al-Sanussi ; le petit-neveu de l’ancien roi, né à Tripoli en 1962, apparaît comme un homme quelque peu timide, mais sans autre ambition que d’être au service, selon la volonté du peuple libyen. Le 4 mars dernier, le gouvernement a décidé de réhabiliter la dynastie des Sanussi en restituant la nationalité libyenne au roi qui avait trouvé refuge au Caire où il est mort en 1983 à l’âge de 94 ans et en procédant au recensement de ses biens confisqués pour les restituer à ses héritiers qui ont obtenu l’exil politique en Grande-Bretagne en 1988.

Et le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Abdela-ziz, a fait savoir, en marge du 25e sommet de la Ligue des États arabes, que le retour du régime monarchique en Libye est à l’étude dans les milieux politiques du pays », précisant que « des contacts ont réellement eu lieu et se poursuivent actuellement entre les chefs et dignitaires des tribus libyennes entre eux et avec l’héritier du trône de la dynastie al-Sanussi. »

Selon lui, « le retour au système de la monarchie constitutionnelle constitue la seule solution au regard du chaos et du désordre résultant de la destruction des institutions par le défunt régime », signalant que lui-même préfère ce système, ainsi que de nombreux sages et leaders tribaux qui ont vécu l’ère de la monarchie et en connaissent le crédit dont elle jouit. »

Le gouvernement a immédiatement fait savoir que son ministre n’avait exprimé là qu’une opinion personnelle qui ne reflétait pas la position du gouvernement libyen, précisant que le système du pouvoir en Libye serait le fruit d’un choix libre du peuple libyen sur la base des propositions de l’Autorité constituante, ce qui ne disqualifie pas en tant que telle la solution royale ».

Selon certains spécialistes du monde arabe, la Libye a besoin aujourd’hui d’un homme de consensus national qui accepterait de régner sans gouverner. Et l’exilé londonien, qui a déclaré devant le Parlement européen qu’il était « prêt à jouer son rôle si la monarchie est restaurée », pourrait être cet homme.

La Libye est à la croisée des chemins, qui pourrait avantageusement méditer sur les leçons politiques des contre- exemples irakien et afghan, au bénéfice d’une stabilité accrue du pourtour méditerranéen.

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