La France Catholique.

Un pavé pour détruire le Linceul.

Par Dominique Daguet

Jeudi 9 mai 2013 // La Religion

J’ai commencé il y a plusieurs jours la lecture de ce pavé au titre qui m’a d’abord intéressé, Le Signe : Le suaire de Turin et le secret de la Résurrection, parce que justement le Linceul, que l’auteur continue on ne sait pourquoi à nommer suaire, est un « signe », très humble en même temps que grandiose, et un indice direct, non de ce qu’il est permis de penser de l’événement si complexe que fut et continue d’être la Résurrection, mais de ses premières secondes…

La bibliographie, hyper abondante, ne mentionne que très peu d’ouvrages en français… ce qui est dommageable, parce que l’école des sindonologues français a été très productive. Mais la liste des références est d’une telle longueur que l’on ne peut douter du travail qui a été fourni, à mon avis en pure perte car parti d’une hypothèse qu’il fallait absolument prouver. Le grand défaut en science est de partir d’une idée préconçue ou d’une image qu’il faudrait prouver absolument quitte à tordre le cou à la vérité. C’est ce qui s’est accompli dans le « Secret de la Résurrection ». Triste aventure qui a pris huit années de la vie de l’auteur…

Le titre aurait dû, d’emblée, m’alerter : à partir du moment où l’on parle du « secret » de la Résurrection, surtout quand il s’agit d’un anglo-saxon, je commence par m’inquiéter. Ce que je n’ai pas tardé à faire d’ailleurs dès que j’ai pu saisir quelle hypothèse à priori Thomas de Wesselow avait forgée pour entrer dans cette longue recherche : puisque c’était lui, cet objet inerte, et non la Résurrection du Christ, événement vécu, qui avait permis à l’Église chrétienne de naître et de prospérer. Le signe, oui, mais instrumentalisé pour détruire ce que nous savons de la Résurrection et la remplacer par une résurrection purement théorique.

Quelle hypothèse ? Si l’on s’en tient, dit-il, aux « affirmations » explicatives traditionnelles relatives à cette naissance et à ce développement rapide de la chrétienté d’origine, on ne peut rien comprendre parce que ces explications sont invraisemblables – dixit des historiens et ne permettent pas aux chercheurs de saisir le pourquoi d’un tel succès. Quels historiens ? Quels chercheurs ? Si nombreux que j’en ai perdu le Nord…

L’Église en ses débuts est témoin de la résurrection du Christ, un Christ présent dans la réalité totale de son être, et elle affirme que les apôtres l’ont vu, ont mangé et bu avec Lui : aujourd’hui, il paraît, selon Thomas de Wesselow, que cette Résurrection doit être mise en doute : ce n’est que lentement que les apôtres auraient par exemple, et selon Wesselow, admis la résurrection… grâce en somme au Linceul.

Je passe les pages, d’ailleurs intéressantes et parfois bien documentées, sur les sujets historiques et scientifiques : elles n’apportent, malgré leur précision (souvent de façade), aucun détail nouveau : quoique… Je prends pour exemple son développement sur la position des pieds, qui ne souffre aucune hésitation : l’auteur veut que les pieds sur le linceul soient dressés et non à plat alors que l’on voit précisément qu’ils le sont tandis que les jambes sont pliées aux genoux, image qu’il faut savoir lire, interpréter : elles forment ici manifestement un angle important, ce qui ne facilite pas la mesure de la taille de la Victime. C’était d’ailleurs prévisible étant donné que les crucifiés étaient cloués à la croix les pieds à la verticale contre la paroi du stipes. Avoir de l’imagination est une chose, croire en elle plutôt que dans ce que l’on voit en est une autre. Le cadavre de Jésus ne fut pas enseveli selon les règles juives, qui exigeaient que le mort soit totalement allongé comme au garde-à-vous, cela du fait de la rigidité cadavérique extrême causée à la fois par la mort et par la position du corps sur la croix.

L’image du Linceul montre la tête penchée en avant, menton contre la poitrine : la hauteur du dos est de 40 centimètres, celle de la poitrine « visible » de 20… ce qui fait remonter le haut des épaules à la hauteur du nez, partie sans image parce que la toile du Linceul tombait du visage comme debout par rapport au linge, au milieu de cette poitrine… ce qui aide à comprendre le verset de Saint Jean où il dit avoir vu et avoir cru : il voit la mentonnière restée – « par exception » – à sa place, c’est-à-dire là même où avait été la tête disparue, alors qu’elle aurait dû être affaissée comme le reste du tissu ! Sujet abordé il y a déjà deux ans ( ?) dans France catholique…

Ce qui m’importe ici c’est de voir comment l’on passe de la foi en la résurrection à une construction intellectuelle où le Linceul tient la place du Ressuscité comme explication à ce qui paraît incompréhensible, paraît-il, dans les débuts du christianisme. Ce qui touche à cette histoire est truffée de détails dont la plupart m’ont paru insensés ! Par exemple : les récits des apparitions du Christ sont, selon l’auteur, pures légendes. Jean aurait écrit comme contraint, peut-être par Pierre, qui se serait servi du Linceul pour convertir et non du fait de la résurrection... L’imagination, si souvent la folle du logis !

Mon Dieu, la lecture de cet ouvrage a été proche d’un cauchemar : pourquoi inventer à ce point ? Nier si sottement, quand le texte de Jean est admirable, vivant, profond, éloigné de tout sentimentalisme, ce qui d’ailleurs lui est reproché.

L’auteur ne nie pas la résurrection spirituelle, mais bien la résurrection charnelle dont pourtant le Linceul est signe : le concept de dématérialisation comme condition de ce qui s’est passé à l’intérieur de la toile ne soufre aucune ambiguïté, et l’on est obligé de penser cela uniquement du fait des quatre impossibilités de l’image, dont le sang intact quoique le linge ait été posé sur le corps supplicié.

Le chapitre des conclusions m’a paru simplement ahurissant. Avoir tant travaillé pour en arriver à aligner une série prodigieuse d’invraisemblances, quelle misère. Un exemple : saint Paul se serait converti au Christ, non en Le voyant, mais grâce à l’apparition lumineuse du Linceul sur le chemin de Damas…

Sans intérêt d’acheter cet ouvrage, beaucoup trop gros pour n’aboutir qu’à une sorte d’affirmation purement gratuite car infondée : « Sans le Suaire, pas de chrétienté ». Et puis quoi encore ? Les chrétiens seraient-ils des fous, incapables de discernement, sujets de prédilection pour des expériences de spiritisme ? Le Linceul a certes joué son rôle de témoin de la résurrection : mais sans la résurrection du Christ en sa chair il n’y a pas de Linceul à Turin. La foi ne comporte pas d’exclusion : tout ce qui appartient à l’ordre de la création divine en Jésus est sauvegardé. La dématérialisation n’est que le signe d’une telle prise en compte : ce cadavre a été saisi vivant par le Christ mais n’obéissant plus aux lois de l’espace-temps. Néanmoins, le Seigneur demeure en sa liberté comme en sa puissance capable de reprendre l’ancienne obligation afin de convaincre les apôtres qu’Il n’était pas un fantôme.

Cet historien d’art a perdu son temps de spécialiste dans l’étude de problèmes insolubles !

Répondre à cet article