Parti Socialiste - Un pantin nommé Désir.

Un pas en avant, trois pas en arrière, ils sont devant vous les pieds nickelés.

Lundi 26 novembre 2012, par Jean de La Faverie // La France

Après l’Élysée, encore une tête par défaut, cette fois rue de Solférino ? Harlem Désir au sommet du PS, c’est « le plus petit dénominateur commun » des familles socialistes, ironisent déjà certains camarades. Jusqu’au bout, cette nomination a fait l’objet d’intenses tractations. Une semaine avant de devenir n°1, Harlem Désir ne paraissait pas en mesure de l’emporter. Mais il est revenu en grâce à la faveur de quelques soutiens de poids : Manuel Valls, Pierre Moscovici, Vincent Peillon, Stéphane Le Foll, Michel Rocard, Bertrand Delanoë...

En fait, tout s’est réglé à l’Elysée contrairement aux affirmations d’un François Hollande promettant, main sur le coeur, en mars dernier, « n’être jamais le chef du PS » s’il était élu président de la République ! Jugeant Harlem Désir « docile » et son concurrent direct, Jean-Christophe Cambadélis « incontrôlable » l’élyséen a sommé Martine Aubry et le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, de désigner Harlem Désir, eux qui avaient pris fait et cause pour Cambadélis. Ce faisant, le chef de l’État (et de parti) désavoue Martine Aubry qui devait choisir son successeur. En contrepartie, cette dernière a cependant obtenu pour ses proches le tiers des postes au parlement du PS, le Conseil national, soit environ 70 sièges sur 204. Tout comme elle a obtenu le poste de n°2 du PS, pour un de ses protégés, le jeune député Guillaume a Bachelay (Seine-Maritime), 38 bans, ancienne plume de Laurent Fabius.

Mais l’équilibre du PS est fragile et complexe. Il a également fallu ménager la susceptibilité de l’aile gauche du Parti, incarnée par Benoit Hamon. Le prix ? 30 sièges au Conseil national. Au moins le dépôt d’une motion et le risque de voir concourir un candidat « hamoniste » au prochain congrès du PS est-il - provisoirement ? - écarté. De son côté, le Premier ministre est parvenu, avec peine, à décrocher le poste de n°3 du PS pour son conseiller politique, le député Olivier Faure (Seine-et-Marne).

TENIR LE PS

La vraie question à poser n’est pas tellement : « comment Harlem Désir a-t-il été porté au poste de Premier secrétaire du PS ? », mais plutôt : « pourquoi ? », Car la désignation de l’ancien président de SOS Racisme ne doit rien au hasard. Non pas que l’homme soit doté, comme certains de ses prédécesseurs (Mitterrand par exemple), de dispositions particulières. Non. Celui que ses camarades jugent tout à la fois « psychorigide », « consensuel », « spécialiste de la langue de bois » est un apparatchik pur jus, membre de la direction du PS depuis 1997. Partant, il maîtrise au mieux les rouages de la rue de Solférino. « Il a travaillé pour être pris au sérieux et ne pas rester avec l’image d’un ado et de son groupe de potes », expliquait Delphine Batho dans le journal Libération. C’est avec un certain succès (au moins médiatique) qu’il a organisé les primaires du PS en octobre 2011... A cette occasion, il s’est fait quelques bons ennemis dont Martine Aubry.

Il n’en reste pas moins qu’Harlem Désir va devoir faire preuve de diplomatie pour respecter les équilibres internes tout en « tenant le PS ». En clair : veiller à ce que la rue de Solférino soit au diapason du gouvernement. Une tâte malaisée puisqu’il ser. l’un des relais des promesses du candidat Hollande sur des dossiers aussi sensibles que le non-cumul des mandats, la politique de sécurité, le pacte de stabilité européen, l’immigration, le droit de vote des étrangers... Les divergences, et c’est peu de le dire, se révèlent très grandes sur tous ces sujets entre « aile gauche » et « aile droite » du PS.

GRAND BANDMSME, MALVERSATIONS, ENQUÊTES PRÉLIMINAIRES.

Autre tâche titanesque qui l’attend : faire le ménage dans les fédérations départementales et, en premier lieu, dans celle des Bouches-du-Rhône. Ancien candidat à la primaire socialiste, Arnaud Montebourg avait affirmé, en juillet 2011, être « inquiet que le parti socialiste soit solidaire d’élus dont les liens avec le grand banditisme apparaissent », dénonçant « un système de pression féodal reposant sur l’intimidation et la peur ». Le rapport au vitriol qu’il avait remis à Martine Aubry, rapport qui recommandait de nettoyer les écuries d’Augias, semble être resté lettre morte. Harlem Désir va-t-il prendre le problème à bras le corps ?

Le nouveau patron du PS devra aussi se saisir de la Fédération de l’Hérault où planent des soupçons de malversations. En effet, Dominique Navarro, femme de l’ancien député européen et ex-premier secrétaire de la fédération socialiste de l’Hérault (Robert Navarro), est soupçonnée d’avoir bénéficié de billets d’avion doublement réglés par la fédération socialiste de l’Hérault et par le Parlement européen, alors qu’elle se déplaçait à titre privé. La Fédération est aujourd’hui sous tutelle du siège national, sans Premier fédéral, ce qui lui interdit de participer au prochain congrès de Toulouse.

Et que dire des affres de la Fédération du Pas-de-Calais, elle aussi sous tutelle partielle dé la rue de Solférino depuis juillet dernier, après le rapport de l’ancien ministre de la Défense, Alain Richard. De manière, certes, très pudique, ce rapport établit que la plus importante fédération PS de France « n’a pas respecté les règles de finance- ment des partis politiques ». Plus concrètement, ce ne sont pas moins de cinq enquêtes préliminaires qui sont en cours depuis le mois d’avril au TGI de Lille et de Douai. Elles concernent les liens entre les élus du bassin minier, le Parti socialiste local et plusieurs établissements publics de la région. Le « vertueux » Harlem Désir - condamné en décembre 1998, à i8 mois de prison avec sursis et 30 000 francs d’amende pour recel d’abus de bien sociaux - saura-t-il faire preuve de fermeté face à ses dérives ?

Enfin, la nomination d’Harlem Désir prépare déjà l’après 2014. Car les socialistes ont les yeux rivés sur des échéances. Ils savent déjà que les scrutins intermédiaires (municipales, sénatoriales et peut-être les élections territoriales) leur seront défavorables. Jean-Marc Ayrault devrait, en toute logique, remettre sa démission. Qui pour lui succéder à Matignon ? Sans doute Martine Aubry y songe qui, avec Guillaume Bachelay, aura toujours un oeil sur Désir... Affaire à suivre.

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