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Un maire UMP du Var aimerait voir brûler les Roms.

Par Hélène Constanty

Samedi 14 décembre 2013 // La France

Le 12 novembre 2013, lors d’un conseil de quartier, le maire UMP de Roquebrune-sur-Argens (Var), Luc Jousse, a dit regretter que les pompiers aient été appelés « trop tôt » pour éteindre un incendie qui s’était déclaré dans un camp rom. Un habitant avait enregistré la réunion publique.

Dans la série des déclarations anti-roms, les mots de Luc Jousse, maire UMP de Roquebrune-sur-Argens (Var), une commune de 13 000 habitants du golfe de Saint-Tropez, feront date. Le 12 novembre 2013, le maire préside la réunion publique du conseil de quartier des Issambres, en bord de mer. Une centaine de personnes se presse dans une salle communale. Luc Jousse félicite les habitants d’avoir participé au débroussaillement, qui participe à la prévention contre les feux de forêts, lorsqu’à 18 h 20, le téléphone portable d’un membre du public, branché sur l’application micro, enregistre ceci : « Je vous rappelle quand même que les gens du voyage, que dis-je, les Roms, m’ont mis neuf fois le feu. Neuf fois des départs de feux éteints par le SDIS, dont le dernier, ils se le sont mis eux-mêmes. Vous savez ce qu’ils font : ils piquent des câbles électriques et après ils le brûlent pour récupérer le cuivre et ils se sont mis à eux-mêmes le feu dans leurs propres caravanes ! Un gag ! Ce qui est presque dommage c’est qu’on ait appelé trop tôt les secours ! » lance alors l’édile

Luc Jousse, le maire de Roquebrune.
Luc Jousse, le maire de Roquebrune. © dr

Les rires de l’auditoire, après la saillie du maire, sont aussi glaçants que ses mots. Pourquoi Luc Jousse a-t-il tenu ces propos ? Sollicité, l’élu n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

Après la publication de cet article, l’UMP a « condamn(é) avec la plus grande fermeté les propos inacceptables » de Luc Jousse dans un communiqué, mercredi soir, et expliqué qu’« il appartiendra au bureau politique » du parti, qui se réunira le 11 décembre, « de prendre les sanctions appropriées ».

Le maire, qui brigue un troisième mandat, a été confortablement réélu en 2008 avec 64,2 % des voix dès le premier tour. Pour 2014, l’UMP lui a renouvelé son investiture sans hésitation. Mais le climat est aujourd’hui beaucoup plus tendu qu’il y a six ans à Roquebrune-sur-Argens. Le maire fait face à une opposition citoyenne virulente, bien relayée sur les réseaux sociaux. L’association pour la préservation des espaces naturels entre Maures et Esterel (Apenme) veille au respect du droit de l’urbanisme ; l’association citoyenne des contribuables roquebrunois (ACCR) épluche les comptes ; l’antenne varoise d’Anticor contribue, avec son blog, à la diffusion de l’information, de même que le collectif des Indignés de Roquebrune avec sa page facebook...

Fin 2012, la tension est montée d’un cran avec la diffusion de deux reportages télévisés pointant des irrégularités dans l’attribution de permis de construire : “Envoyé spécial”, sur France 2, le 15 novembre, avec un sujet sur les propriétaires hors la loi, puis “Enquête d’actualité”, sur D8, dans un reportage intitulé “La France des privilèges et des passe-droits”.

Dans “Envoyé spécial”, la journaliste Jennifer Deschamps mettait en doute la légalité d’un permis de construire accordé par le maire à son premier adjoint dans une zone inondable. Luc Jousse a aussitôt contre-attaqué, en portant plainte contre elle pour diffamation. Lors du conseil municipal du 26 novembre, il s’est félicité publiquement de la mise en examen (qui est automatique en droit de la presse…) de la journaliste : « Pardonnez-moi, ça me réjouit ! Comme quoi, vous voyez, même Envoyé spécial, c’est du pipeau (...) C’est pas fini, vous allez voir l’actualité judiciaire, on va s’amuser dans les temps à venir. Pour une fois qu’on prend un peu de plaisir. Dans la série chacun son tour... »

Sur le terrain pénal, Luc Jousse a pourtant du souci à se faire. Il est visé par une enquête préliminaire, ouverte en mai 2013 par la procureure de la République de Draguignan, Danielle Drouy-Ayral, sur d’éventuels détournements de fonds publics et prise illégale d’intérêts. Cette enquête fait suite à un rapport au vitriol publié par la Chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d’Azur (CRC), en mai 2013, et transmis au parquet au titre de l’article 40, qui oblige les fonctionnaires à signaler au procureur les manquements au devoir de probité.

Outre le niveau très élevé de l’endettement de la commune, multiplié par quatre entre 2006 et 2010 pour atteindre 3 126 € par habitant, ce rapport de 35 pages pointe de graves irrégularités dans trois domaines : l’usage des véhicules et les achats de carburant, la commande publique et les concessions de plage. « Sur les seize marchés examinés par la chambre, quinze présentent des irrégularités », notent les magistrats de la CRC. Le dossier est si touffu que l’enquête préliminaire promet d’être longue.

Il est peu probable que Luc Jousse soit convoqué au TGI de Draguignan avant l’échéance électorale de mars 2014. Mais l’impact des affaires sur le scrutin municipal promet d’être lourd. Roquebrune-sur-Argens est en effet l’une des principales cibles du Front national dans le Var. Dopé par sa victoire aux cantonales partielles à Brignoles, le parti de Marine Le Pen est porté par un vent favorable. En 2012, son candidat David Rachline a récolté 41,2 % des suffrages au second tour des législatives, dans la ville de Roquebrune-sur-Argens, face au député sortant Georges Ginesta (UMP).

« Luc Jousse est fragilisé par les affaires. Roquebrune-sur-Argens fait partie des villes gagnables dans le Var, comme Fréjus ou Six-Fours-les-Plages », affirme Frédéric Boccaletti, secrétaire départemental du FN. En 2008, le Front national n’avait présenté aucun candidat face à Luc Jousse. Cette fois-ci, il a investi Joël Pasquette, un ancien membre de la majorité municipale, qui a pris ses distances avec Luc Jousse en juillet 2013 et adhéré tout récemment au FN. Dans ce contexte, la sortie du maire sur les Roms ne doit, de toute évidence, rien au hasard.

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