SOMMET ÉTAT-UNIS/AFRIQUE

Un grand besoin d’alternance en Afrique.

Afrique Education

Mardi 11 février 2014 // L’Afrique


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Je salue l’invitation de 47 dirigeants africains, à se rendre, à Washington, les 5 et 6 août 2014, pour un Sommet, avec le chef de la Maison Blanche. L’objectif de celui-ci est de renforcer les liens avec l’une des régions les plus dynamiques du monde, (de) faire progresser le commerce et l’investissement (américains) en Afrique, (et de) mettre en évidence l’engagement des Etats-Unis envers la sécurité de l’Afrique, le développement de la démocratie et de ses habitants ».

En Afrique, beaucoup de chefs d’Etat se disent démocrates tout en refusant l’alternance. Un président sur cinq est au pouvoir depuis plus de 20 ans. En tout, ils sont onze chefs d’Etat à totaliser 304 années au pouvoir. Les voici par ordre alphabétique : Angola (José Eduardo dos Santos, 35 ans), Burkina Faso (Blaise Compaoré, 27 ans), Cameroun (Paul Biya, 32 ans), Congo-Brazzaville (Denis Sassou Nguesso 1 et 2, 27 ans), Erythrée (Issayas Afewerki, 21 ans), Gambie (Yahya Jammey, 20 ans), Guinée équatoriale (Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, 35 ans), Ouganda (Yoweri Museveni, 28 ans), Soudan (Omar elBéchir, 21 ans), Tchad (Idriss Déby Itno, 24 ans), Zimbabwe (Robert Mugabe, 34 ans).

Ces chefs d’Etat ne durent pas au pouvoir parce qu’ils seraient très aimés au point d’être portés par leur peuple. Ils doivent leur longévité au fait qu’ils s’organisent pour y rester le plus longtemps possible, le plus souvent, en généralisant la corruption dont ils tirent le plus grand bénéfice, avec ceux qui les soutiennent, au détriment du peuple. Ainsi donc, la justice, l’armée, l’administration, les partis politiques, etc. sont sous leur coupe. Cette même corruption traverse les frontières pour arroser des puissances extérieures qui peuvent avoir une influence sur la vie des pays concernés. Certains dirigeants de ces puissances sont « achetés ».

Conséquence, on arrive à une situation où le chef de l’Etat, sachant qu’il n’a réellement pas de compte à rendre à sa population puisqu’elle ne l’élit pas, véritablement, passe son temps à faire les yeux doux à ses maîtres étrangers. Et à les inonder de cadeaux, y compris des puits de pétrole. C’est ce qui se passe dans la Françafrique avec laquelle le président français, François Hollande, a juré de « rompre » pendant son mandat à l’Elysée. Une promesse qu’il est en train de tenir, fermement, en refusant toute compromission avec des chefs d’Etat qui veulent, actuellement, modifier la constitution, pour rester au pouvoir. C’est le cas de Denis Sassou Nguesso du Congo, de Blaise Compaoré du Burkina Faso (54 ans au pouvoir à tous les deux), et Pierre Nkurunziza du Burundi.

C’est la même fermeté qu’on peut demander au chef la Maison Blanche Le voilà qui est en passe de terminer ses deux mandats comme l’homme le plus puissant du monde, sans avoir eu à aider de quelle que manière que ce soit, le continent de son père. Personne, en Afrique lui demande la lune, juste qu’il aide le continent de son père, à inscrire une tradition d’alternance à la tête des Etats africains. Aux Etats-Unis, le président a droit à deux mandats de 4 ans, ce qui fait en tout 8 ans. En France, le président a, aussi, droit à deux mandats de 5 ans, soit 10 ans au total. Même en Chine que cherchent à tant copier les dirigeants africains, le président quel qu’il soit, n’a droit qu’à 2 mandats de cinq ans, soit dix ans au total, bien que le système politique reste autoritaire et centralisé. Jusqu’à quand continuera-t-on de tolérer des aberrations où quand on arrive au pouvoir, en Afrique, on cherche à y mourir ? Voilà la raison profonde des conflits qui y font leur lit. C’est aussi le pourquoi du sous-développement, du clientélisme et de la corruption.

Barack Obama a eu une très bonne idée de réunir 47 dirigeants africains en août prochain à la Maison Blanche. Qu’il leur parle certes commerce et investissement. Mais qu’il leur fasse, également, comprendre que tout chef d’Etat qui cherche à modifier la constitution pour s’éterniser au pouvoir, ou qui truque des élections pour détourner le vote du peuple, bref, qui refuse l’alternance à la tête de l’Etat, trouvera les Etats-Unis sur son chemin. C’est le discours que nous souhaiterions entendre de la bouche de Barack. Ça fait six ans qu’on attend cela de lui.

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