Un état Berbère.

Mardi 1er mai 2012 // L’Afrique

Drapeau de FranceLa situation dans le nord du Mali demeure fort instable, c’est le moins qu’on puisse dire. Si on se réjouit que, à Gao, dans le nord-est, aient été libérés la ressortissante française ainsi que le consul d’Algérie et six de ses collaborateurs, beaucoup d’autres problèmes restent à régler, qui mettent en jeu non seulement les islamistes d’Agmi et leurs dissidents, mais aussi les autorités maliennes d’avant et d’après le putsch, les rebelles touaregs, les États africains voisins et la communauté internationale, notamment la France. Grâce à la médiation du Burkina Faso, un petit pas a été franchi le jour de Pâques avec la démission du président malien Amadou Toumani Touré, renversé par une junte qui s’est finalement engagée à rendre le pouvoir aux civils.

Mais que va-t-il advenir des relations entre les diverses factions islamistes et les rebelles touaregs ? Ceux-ci, le 6 avril, ont proclamé l’indépendance de l’Azawad, un territoire représentant plus de la moitié du Mali et qui concentre, centré autour de la ville de Gao. Ils ont tenu à se démarquer de ceux qui apparaissaient jusque-là comme leurs alliés, à savoir Al Qaida au Maghreb islamique. Mais voici que, à côté du groupe Ançar Eddine dirige l’Yad Ag Ghaly pour lequel seule semble compter l’instauration de la « loi islamique », commence à se manifester de façon indépendante le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, le Mujao. On ne sait pas, par exemple, qui contrôle exactement la ville de Tombouctou.

Ce qui apparaît en revanche sûr, c’est la volonté de certains Touaregs de s’affirmer au niveau politique intérieur et extérieur, d’où la nouvelle indépendance, reconnue par personne. En revanche, il est significatif de voir, dans la Déclaration, qu’il est reproché à la France d’avoir, en 1960, « rattaché sans son consentement l’Azawad à l’Etat malien ». D’ailleurs, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé a affirmé : « Nous ne pouvons pas accepter la déclaration unilatérale d’indépendance qui a été faite par l’un des mouvements qui animent aujourd’hui ce qui se passe dans le nord du Mali », précisant que « la question touareg ne peut être réglée que dans le cadre d’un dialogue avec les autorités de Bamako ».

Pourtant, du côté d’Alger, on s’interroge sur le fait que cette indépendance ait été proclamée depuis Paris. Il faut dire que la France, coloniale et post coloniale, a toujours été soupçonnée de vouloir encourager l’affirmation des identités autres qu’arabo-musulmane, notamment les Berbères. Or, le million et demi de Touaregs actuellement répartis entre le Niger, le Mali, l’Algérie, la Libye et le Burkina Faso sont d’origine berbère.

Si on ajoute à cela la trafic de cocaïne qui se développe dans la région par l’atterrissage d’avions colombiens non contrôlés et la prolifération des armes venues de Libye, on aura une idée des enjeux et des difficultés en cours. Sans exclure, en plus, des manipulations en tout genre.

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