Un Prêtre chez les paras.

Lundi 3 mars 2014 // La France

Aumônier parachutiste, l’abbé Christian Venard raconte son apostolat si particulier. Du Kosovo au Mali en passant par l’affaire Merah, ses vérités font du bien à entendre. Il témoigne dans un livre.

Ce recueil d’entretiens avec le journaliste Guillaume Zeller est d’une richesse peu commune. On y lit le parcours d’un enfant qui entend l’appel du Christ à l’âge de 8 ans, sa période de discernement dans les années 1980, marquées par la déchristianisation ambiante et le renouveau apporté par Jean-Paul II, sa formation au séminaire français de Rome « Vivre à Rome représente la grâce des grâces » , jusqu’à son ordination à Metz, le 29 juin 1997, suivie de sa première messe à la chapelle de l’École militaire, à Paris.

L’abbé Christian Venard a fait le choix exigeant d’être aumônier dans les troupes parachutistes, unités de choc à fort caractère, abonnées aux opérations extérieures  : « Ce milieu ne supporte pas la tiédeur. » Avec les paras, il sert au Kosovo, où il subit son baptême du feu, au Liban, en Afghanistan où le "catholic mollah" découvre « la bêtise des présupposés de l’Occident », en Afrique (Côte d’Ivoire, Mali), face à des situations qui lui déplaisent : « Certains de mes paras y salissent leur âme. » Il y constate « une grave défaillance morale du commandement face au sida, dont l’impact au sein des armées est infiniment plus grave que le paludisme ».

La liberté de ton frappe dans ce témoignage placé sous la tutelle de Charles de Foucauld, saint-cyrien, ermite et saint : « La vocation de l’aumônier n’est pas d’exhiber une croix et d’inciter les gens à la conversion. Il doit vivre en revanche de telle sorte que les gens aient envie de lui poser des questions. » Dans les paras, Venard a appris la franchise, le goût du risque et aussi la bonne humeur : « Dieu est amour, mais Dieu est humour. » Sur la foi, la fidélité, la sexualité, la mort, il répond du tacautac, évoque « les sentiments très douloureux d’une certaine infertilité qui peut naître dans [son] coeur », sa solitude face à « des gens qui ne croient pas, qui ne savent pas croire, qui ne croient plus », dans une société marquée par l’hédonisme et le matérialisme. Fidèle à Rome, loyal à l’égard de l’institution militaire, il n’esquive aucun débat et cite le marquis de Custine : « Le mal ne vient pas des vérités qu’on publie mais des vérités qu’on déguise. »

La passion affleure, la sincérité est totale. L’émotion et colère sont évidentes quand le Padre appellation traditionnelle de l’aumônier, « un Christian Venard à Montauban. Un choix exigeant, des convictions exprimées avec franchise et sincérité. Militaire non pratiquant » évoque ses « fils » morts au combat, les familles dans la peine, quand il doit annoncer, expliquer, réconforter. Ces moments, « au coeur de [son] ministère », sont bouleversants, passionnants pour comprendre le rôle de l’aumônier militaire : « Cette confrontation à l’horreur, à la souffrance, à la mort a des conséquences profondes dans nos vies. »

L’un a ces épisodes les plus forts du livre est lié à l’affaire Mohamed Merah, du nom de ce voyou islamiste qui tua sept personnes entre le 11 et le 19 mars 2012 à Toulouse et Montauban, trois paras puis trois jeunes élèves et un enseignant juifs. Les deux jeunes bérets rouges de Montauban expirèrent sur le trottoir entre les bras de "leur" padre.

Christian Venard assista à la ruée des médias « avec leurs oeillères habituelles », au déferlement de bêtises et de présupposés médiatiques sur l’origine maghrébine des trois victimes militaires, sur une « piste d’extrême droite ». Il en garde une colère froide : « Malgré ma foi chrétienne, je voudrais dire le mépris le plus profond que j’éprouve à l’encontre de certains journalistes qui ont repris en choeur cette prétendue piste, mettant en cause des camarades parachutistes. Ils ont fait preuve d’une indignité absolue et ont donné une image honteuse de leur profession : celle, parfois trop vraie, d’une corporation de charognards. » Il est vrai que ces médias n’ont publié aucun rectificatif.

L’exergue choisi par le padre pour cet hommage à « ces hommes dont finalement on parle peu, ou si mal, à cessentinelles de la société aux quelles il est si peu rendu au regard des sacrifices qu’elles consentent », est extrait d’une chanson de Barbara : « Il est d’autres combats/ Que le feu des mitrailles/ On ne se blesse pas/Qu’à vos champs de bataille. »

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