UN GRAND SACRE ÉDIFIANT.

Lundi 16 juillet 2012 // La Religion

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Drapeau de FranceEn 1655, l’Archiconfrérie du Saint-Sacrement de Villedieu-les-Poêles, aujourd’hui dans le département de la Manche, instituait, au début de l’été, une procession en l’honneur du corps et du sang du Christ. Elle fut appelée le Grand Sacre, c’est-à-dire le grand sacrement qu’est l’eucharistie.

Cette manifestation se tiendra régulièrement jusqu’à sa disparition forcée sous la Révolution. En 1955, à l’occasion du tricentenaire de la première procession, les édiles et le clergé de la commune ont l’idée de relancer la tradition. Pour lui donner plus d’éclat, se souvenant que vers 1130, Henri 1er Beauclerc, fils de Guillaume le Conquérant, Duc de Normandie, avait fait don aux hospitaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem d’un territoire situé dans la vallée de la Sienne et qui était alors devenu la première commanderie de l’Ordre en France, ils avaient sollicité la présence des chevaliers de l’Ordre de Malte, héritier de l’Ordre de Saint-Jean. Depuis, tous les quatre ans, le Grand Sacre de Villedieu-les-Poêles a retrouvé tout son lustre, rehaussé par la participation d’une importante délégation de l’Ordre de Mâte.

La dernière édition en date s’est déroulée dimanche 1e, juillet, sous la présidence de Mgr Jean-Charles Descubes, archevêque de Rouen et primat de Normandie et de Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Coutances et Avranches, en’ présence d’une trentaine de chevaliers de l’Association française des membres de l’Ordre de Malte conduits par leur président, le comte Dominique de La Rochefoucauld-Montbel. C’est lui qui, imitant l’antique geste du commandeur de Villedieu, a frappé de son épée la porte de l’église paroissiale pour obtenir son ouverture par le clergé, lançant ainsi les cérémonies qui ont débuté par une grand-messe en plein air à côté de l’ancienne commanderie, au cours de laquelle, dans son homélie centrée sur sa vie, l’archevêque de Rouen s’est fermement exprimé contre toute légalisation de l’euthanasie.

L’après-midi, étrange spectacle que ce long défilé derrière les bannières composé des chevaliers, des diacres, des prêtres et des évêques qui avaient pris place sous le grand dais suivis du préfet, du maire, du député, du général commandant la Région militaire et de toute la foule des pèlerins. Pendant près de trois heures, le cortège traversé la ville pavoisée aux couleurs rouges et noires et aux armoiries de l’Ordre, entre des colonnes surmontées de fleurs multicolores, marquant l’arrêt à chacun des dix reposoirs édifiés sur le thème de la rencontre du Christ avec les pèlerins d’Emmaüs et où les petits enfants du catéchisme, habillés en angelots, lançaient des pétales de rose à chaque bénédiction. Une icône de Notre-Dame de Philerme, Vierge protectrice de l’Ordre de Malte, exécutée spécialement par un moine du Mont Saint-Michel a été bénie avant de prendre place dans la chapelle de l’hôpital local, en pleine harmonie avec la vocation hospitalière de l’Ordre.

Image d’un temps qu’on croirait volontiers révolu, mais que les autorités civiles s’étaient auparavant appliquées à justifier, n’hésitant pas à rappeler l’ancrage chrétien de notre pays et à redire le rôle protecteur de la République à l’égard des religions. Mais le plus important et le plus réconfortant, ce sont les quelque dix mille personnes qui ont pris part à la procession ou l’ont regardée passer. Au-delà du respect de la tradition (en l’occurrence pas si ancienne), la ferveur était palpable comme en témoignait le profond silence accompagnant chacune des élévations de l’ostensoir porteur du Saint-Sacrement.

Villedieu-les-Poêles est sans doute une exception, à moins qu’elle ne soit le grain de moutarde de l’Evangile semé en terre aride et qui ne demande qu’à germer.

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