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UMP : après les fausses factures, les formations fantômes.

Par Mathilde Mathieu et Marine Turchi

Vendredi 6 juin 2014 // La France

Le système Copé entre en décomposition. Alors que les enquêteurs explorent les fausses factures de Bygmalion, Mediapart dévoile comment une association liée à l’UMP, présidée par une fidèle de Jean-François Copé et perquisitionnée lundi, a vendu des formations d’élus en partie fantômes aux collectivités locales.

Après les fausses factures, les formations fantômes. Mediapart a découvert qu’une association liée à l’UMP, l’Association nationale pour la démocratie locale (ANDL), chargée de former des bataillons d’élus locaux aux frais des collectivités, a pris l’habitude de gonfler artificiellement le nombre de présents à ses séances, pour mieux surfacturer aux conseils régionaux, généraux ou municipaux. Cette fois, il s’agit directement d’argent public.

Cette piste ne manquera pas d’être creusée par les policiers chargés de l’enquête préliminaire sur les comptes de l’UMP, ouverte sur des soupçons de « faux », « abus de biens sociaux » et « abus de confiance », qui ont déjà perquisitionné les locaux de l’ANDL et saisi une masse de documents, en même temps qu’ils s’emparaient des archives de l’UMP et débarquaient au siège du micro-parti de Jean-François Copé, lundi dans la soirée.

Pour mémoire, les assemblées territoriales sont tenues de payer des formations à tous leurs membres, qui choisissent librement leur prestataire. Parmi les plus courus côté UMP, on trouve ainsi l’ANDL (d’ailleurs en concurrence sur ce marché avec une filiale de Bygmalion), qui enregistre des chiffres d’affaires florissants (d’après les comptes que Mediapart a pu consulter) : 580 000 euros en 2011, puis 524 000 euros pour quelque 2 000 élus officiellement "coachés" en 2012.

À la tête de cette petite "entreprise" maison, basée au siège même de l’UMP, Jean-François Copé avait pris soin, dès 2011, de placer son plus fidèle lieutenant, la députée Michèle Tabarot (déjà menacée par plusieurs dossiers, comme nous l’avons raconté ici et ). Trois ans plus tard, une source interne décrit à Mediapart une astuce bien rodée, devenue « quasiment industrielle » : l’ANDL vend une formation à telle ou telle collectivité pour un nombre élevé d’élus UMP, tout en sachant que certains n’y assisteront jamais. Complices, ces « absentéistes » signent quand même la feuille de présence, que l’ANDL est tenue de fournir aux services de la collectivité si elle veut encaisser l’intégralité du montant facturé.

Jean-François Copé et sa numéro deux Michèle Tabarot, présidente de l'ANDL.
Jean-François Copé et sa numéro deux Michèle Tabarot, présidente de l’ANDL. © Reuters

L’exemple le plus criant retrouvé par Mediapart concerne Jérôme Lavrilleux, le directeur de cabinet de Jean-François Copé récemment débarqué, qui vient de confesser son rôle actif dans le système de fausse facturation de l’UMP par Bygmalion (voir nos articles ici et ). D’après nos informations, ce conseiller général de l’Aisne s’est inscrit à une formation de l’ANDL intitulée « Tout savoir sur le budget », prévue en janvier 2011 à Laon pour huit élus locaux. Montant réglé par l’assemblée départementale : 3 997 euros, « soit 571 euros par élu » (d’après le contrat récupéré par Mediapart). Sauf que Jérôme Lavrilleux n’y a jamais mis les pieds.

D’après nos informations, l’ex-bras droit de Jean-François Copé a signé la feuille d’émargement plusieurs jours après, au siège parisien de l’UMP, produisant un document qui pourrait être qualifié de « faux ».

« J’ai eu un empêchement professionnel, j’ai dû annuler le matin même, déclare Jérôme Lavrilleux à Mediapart, pour justifier son absence. La formation était due de toutes façons, puisque je n’avais pas annulé dans les délais impartis. » Ça n’explique pas qu’il ait paraphé la feuille de présence... « J’ai signé après pour confirmer que je n’ai pas pu y aller », s’embrouille l’ex-directeur de cabinet de Jean-François Copé, qui reconnaît au passage avoir séché une seconde formation de l’ANDL, toujours au mois de janvier 2011.

En mars dernier, alors qu’il était questionné par Le Courrier picardsur les tarifs exorbitants des formations proposées par ses amis de Bygmalion, Jérôme Lavrilleux avait pourtant clamé haut et fort : « En douze ans d’activité, je n’ai jamais fait aucune demande » ! Un mensonge, donc.

Jérôme Lavrilleux, l'ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé.
Jérôme Lavrilleux, l’ancien directeur de cabinet de Jean-François Copé. © Flickr / UMP

Visiblement, ces petits arrangements foisonnent. Ainsi le conseil régional de Haute-Normandie a-t-il déboursé 3 500 euros pour une journée de formation dispensée par l’ANDL le 5 octobre dernier (six heures de cours), à laquelle Bruno Le Maire et cinq de ses collègues étaient inscrits. D’après l’assemblée régionale interrogée par Mediapart, la feuille d’émargement porte bien la signature de l’ancien ministre. Pourtant ce jour-là, Bruno Le Maire effectuait un déplacement à Vichy et Moulins, à l’autre bout de la France, comme en atteste son compte Twitter. Contacté, Bruno Le Maire ne nous a pas rappelé à ce stade.

Dans la plupart des cas, il semble que les élus "sécheurs" passent tout de même une tête pour émarger, avant de vaquer à leurs occupations réelles. « J’ai dit que je ne pouvais pas rester, on m’a donné un dossier et j’ai signé quelque chose », admet Geoffroy Didier (l’un des leaders de la Droite forte), participant fantôme d’une formation de l’ANDL organisée à Cergy le 20 avril 2013, et baptisée : « Optimisez votre mandat d’élu local ». Tarif pris en charge par sa collectivité : 2 000 euros (pour lui et une autre conseillère régionale).

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