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UMP-FN : L’impossible rapprochement ?

Vendredi 21 juin 2013 // La France

Depuis que l’avocat-député Gilbert Collard (Rassemblement Bleu Marine-RBM) a défilé aux côtés des élus de I’UMP dans une manifestation contre le mariage pour tous, la question est revenue sur le devant de la scène : un rapprochement entre la droite classique et le FN est-il envisageable ? Si oui, dans quelles conditions ? Et surtout pour quoi faire ?

Depuis la défaite de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012, la question tiraille l’État-major de l’UMP. Faut-il, lors des prochaines échéances électorales, établir des alliances de circonstance avec le FN pour faire barrage à la gauche socialiste et radicale ? Déjà, en 2012, le candidat de l’UMP à la magistrature suprême, ayant compris qu’il ne parviendrait pas à rassembler sur sa gauche, avait dû, dans les derniers temps de sa campagne, durcir son discours pour rallier à lui une partie de l’électorat frontiste. Il joua notamment sur les thèmes de la sécurité et de l’immigration. Une stratégie qui a failli se révéler gagnante, une grande partie des voix du FN se reportant sur lui (François Hollande n’en recueillant que 14%). Seulement, une part prépondérante de ces voix frontistes est allée nourrir l’abstention. Un an plus tard, la question de ce rapprochement reste ainsi toujours posée.

JURISPRUDENCE CHIRAC

Au sein de l’UMP, le courant de la Droite populaire n’a d’ailleurs jamais caché son intérêt pour des alliances électorales ponctuelles. « Il y a un certain nombre de convictions communes avec le FN (...) La question du maintien d’un cordon sanitaire autour du lui se pose donc », déclarait Jean-Paul Garraud, cofondateur de ce courant, en juin 2012. Aujourd’hui conduit par le député Thierry Mariani, vice-président de l’UMP, le courant « droitier » de l’UMP défend en effet des thèses proches de celles du FN, notamment en matière d’immigration, de lutte contre les communautarismes, de droit de vote des étrangers, de laïcité ou d’allocations familiales. Mais si la direction de l’UMP laisse quelques-uns de ses militants chasser sur les terres idéologiques de la droite nationale, elle refuse toujours toute idée d’alliance avec le parti de Marine Le Pen. Jean-François Copé, président de l’UMP, l’a rappelé lors de la manifestation contre le mariage pour tous, en rejetant une quelconque « collusion avec l’extrême droite ». De fait, la fameuse « jurisprudence Chirac » - pour qui « se tourner vers le Front National, ce n’est pas protester, c’est apporter son soutien à un parti de nature raciste et xénophobe » fait toujours florès au sein des instances dirigeantes de l’UMP.

Cette ligne directrice est née en 1998 quand Jacques Blanc, Jean-Pierre Soisson, Charles Baur et Charles Millon ont été élus présidents de région avec les voix lepénistes. Ce qui leur valut d’être exclus de l’UDF... La même année, ce fut au tour de Jean-François Mancel d’être radié du RPR pour avoir accepté des désistements réciproques entre candidats UMP et Front National lors des élections cantonales et régionales. Plus récemment, deux conseillers généraux de l’Ain ont connu la même mésaventure : l’un pour s’être présenté sous les couleurs du Rassemblement Bleu Marine (RBM), l’autre pour avoir soutenu cette initiative. Les menaces d’exclusion planent au-dessus de la tête des élus enclins à vouloir se rapprocher du parti lepéniste pour les élections municipales de 2014. Ce qui est toutefois une tentation pour nombre d’entre eux, notamment dans le sud de la France où le FN, l’UMP et le PS sont au coude-à-coude.

Le maire UMP des Saintes-Maries-de-la-Mer (Bouches-du-Rhône), Roland Chassain, n’a-t-il pas déclaré que « si on ne fait pas de listes d’union avec des sympathisants du FN, on ne gagnera pas certaines villes dont Arles, Tarascon, SaintMartin-de-Crau ou Miramas » ?

CHASSE AUX ÉLECTEURS

Et au FN, que pense-t-on de la possibilité de ces alliances ? Si, en avril aoio, Marine Le Pen déclarait ne souhaiter « aucun rapprochement avec l’UMP », il semblerait que cette position ait quelque peu évolué. En effet, le président d’honneur du FN, Jean-Marie Le Pen, jugeait en octobre 2012 qu’une « alliance entre l’UMP et le FN serait "logique" dans un scrutin « à deux tours ». L’analyse du vieux chef est lucide : « En refusant l’alliance avec le FN, [l’UMP] s’est condamnée à perdre successivement tous les pouvoirs » (Atlantico.fr/4 octobre 2012). Dans le même temps, Marine Le Pen estime que son parti est toujours le principal opposant de l’UMP (Libération, 22 avril 2013). En fait, la stratégie est identique au sein de l’UMP et au parti frontiste : on cherche à séduire les électeurs de l’autre camp dans la perspective des élections mais sans forcément viser à en faire des adhérents et des militants de son propre parti.

DÉSISTEMENTS

Les deux partis, bien que ne partageant pas le même projet politique, savent cependant que les lignes ont bougé. L’oeuvre de dédiabolisation entreprise par la fille du « Vieux chef » porte ses fruits. Un sondage Ipsos d’entre deux tours des législatives de juin 2012 ne révélait-il pas que 66% des électeurs de l’UMP étaient favorables à des accords de désistements mutuels avec le FN ? Beaucoup des électeurs de l’UMP estiment en effet que les socialistes n’ont jamais eu aucun scrupule à s’allier avec l’extrême gauche pour remporter les scrutins locaux ou nationaux. Pourquoi ne feraient-ils pas pareil avec la droite frontiste du moment que l’adversaire commun est la gauche ?

DISCIPLINE RÉPUBLICAINE

Certes, 30% des sympathisants de l’UMP se disent favorables à une alliance avec le parti frontiste pour les élections municipales de 2014, selon un sondage Opinion Way (5 octobre 2012). Mais le fossé reste important entre les deux formations et ce ne serait pas forcément l’UMP qui sortirait gagnante d’un tel rapprochement. En cas d’alliance objective avec le FN, les leaders néogaullistes savent qu’ils perdraient énormément de crédit et de voix sur leur gauche (UDI, Nouveau Centre, Gauche Moderne...). Or, électorale-ment, ce vivier de voix pèse autant que le FN. Voire même davantage dans la mesure où il permet de chasser sur les terres radicales de gauche et socialistes ! Ces dernières leur préféreront toujours, « discipline républicaine » oblige, un élu de la droite dite « modérée » plutôt qu’un frontiste. L’élection de 2002 en a été la flagrante démonstration. Preuve supplémentaire qu’il reste encore du chemin à parcourir entre les deux formations : l’ancien allié de circonstance du FN, l’UMP Jean-François Mancel, n’a gagné que de justesse (800 voix d’écart) son siège de député, lors d’une législative partielle le 24 mars dernier contre l’élue du FN, Florence Italiani.

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