UDI, poil à gratter de l’UMP

Vendredi 3 juillet 2015 // La France

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Créée en septembre dernier, l’Union des Démocrates et Indépendants va se positionner en fonction des futures orientations de l’UMP. Ce nouveau parti dirigé par Jean-Louis Borloo en sera-t-il un partenaire ? un adversaire ? un simple soutien ? En perspective, les futures échéances électorales, dont les municipales en 2014 et la présidentielle de 2017.

On connaissait les enterrements de première classe. Moins les déterrements de première classe. C’est pourtant ce à quoi on a assisté avec la création en grandes pompes, le 21 octobre, de l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI) qui n’est pas sans rappeler l’Union pour la Démocratie Française (UDF) de Valéry Giscard d’Estaing. L’ancien chef de l’État est d’ailleurs l’une des deux personnalités emblématiques de ce parti - moribond mais toujours existant - qui a porté l’UDI sur les fonts baptismaux. Simone Veil était l’autre invitée vedette et surprise du meeting « fondateur » de la Mutualité. Deux parrainages un peu surannés, mais qui ont une portée symbolique face à l’omnipotence de l’UMP qui, peu s’en souviennent, fusionna à sa création l’UDF et le RPR.

SAUCE RADICALE VALOISIENNE

Jean-Louis Borloo n’a pas caché son ambition de faire de l’UDI « l’UDF du XXIe siècle », voire même « le premier parti de France ». Sa stratégie ? Reprendre les vieux canons de la droite sociale et démocrate-chrétienne, laissée en déshérence sous la présidence de Nicolas Sarkozy... dont Jean-Louis Borloo a pourtant été l’un des fidèles ministres et soutiens. Autrement dit, rassembler les déçus du sarkozisme et les anciens compagnons de route de François Bayrou, le tout à la sauce « radicale valoisienne », mâtinée d’Europe, de libéralisme et d’écologisme. L’UDI ne se définit-elle pas comme « le parti de l’entrepreneur responsable, de l’européen convaincu, de l’écologiste raisonnable et du patriote tolérant » ?

Jean-Louis Borloo réussira-t-il là où François Bayrou a finalement échoué ? À son actif, l’ancien ministre de l’Écologie de Nicolas Sarkozy a déjà réussi à rassembler la famille centriste et à créer un groupe parlementaire de centre droit à l’Assemblée nationale. Sous la législature précédente, l’UMP avait raflé tous les sièges : le MoDem en était réduit à être représenté par deux députés obligés de siéger parmi les non-inscrits... Mieux : l’ancien n°2 du gouvernement Fillon a d’ores et déjà commencé à grignoter la frange gauche de l’UMP, au point de débaucher Chantal Jouanno, ex-ministre des Sports, propulsée vice-présidente du nouveau mouvement.

MEILLEURS ENNEMIS

Jean-Louis Borloo table sur une désaffection des cadres et militants de l’opposition, traumatisés par le spectacle de la désunion de l’UMP offert au soir du 18 novembre. L’élection d’une courte tête de Jean-François Copé laisse la droite parlementaire profondément et durablement divisée. Le président de l’UDI sait que chez ses meilleurs ennemis de l’UMP, le mal est fait : le crédit du député-maire de Meaux est entamé. Celui-ci pourra-t-il vraiment compter sur ceux qui ne l’avaient pas choisi ? Rien n’est moins sûr, tant la bataille d’après élection a été rude. De plus, la « droitisation » de son discours déplaît au centre. De fait, la victoire de Copé ouvre un boulevard à l’UDI, le courant humaniste et social de l’UMP étant désormais orphelin. Bonne nouvelle pour Borloo : une victoire de François Fillon lui aurait considérablement compliqué la tâche. En effet, l’ancien Premier ministre était un concurrent sérieux dans la perspective de la course à la présidentielle, tous deux chassant sur les mêmes terres et défendant des idées analogues.

« CE ZOZO DE BORLOO »

Les membres de l’UDI n’ont d’ailleurs pas manqué d’appuyer là où ça fait mal : « L’élection interne de l’UMP atteste de la pertinence de cette initiative (création de l’UDI, ndlr) et, au-delà des conflits de personnes prévisibles en pareille circonstance, il y a bien eu l’affrontement de deux lignes politiques différentes », ont déclaré les députés Maurice Leroy et Philippe Vigier, porte-parole de l’UDI, dès le 19 novembre.

En fait, « ce zozo de Borloo », comme le surnomme Fillon, table sur une défaite de l’UMP aux prochaines élections municipales. Pourquoi ? Parce qu’en reprenant les oripeaux du RPR, l’UMP ne résisterait pas à une vague FN dans la moitié Est de la France alors que l’Ouest, plus modéré, est enclin à voter plus naturellement pour un parti centriste. Celui qui n’exclut pas de se présenter à la mairie de Paris espère aussi remporter, dans la foulée des municipales, les élections européennes de juin 2014. L’ex-ministre de François Fillon estime que les dirigeants de l’UMP, qui font une fixation sur le FN, n’ont plus de projet européen. De son côté, le PS demeure déchiré en interne entre pro et anti-européens. Quant aux Verts, à force de chercher des noises au gouvernement, ils finiront par s’isoler et seront réduits à la portion congrue.

« DOUBLE ZÉRO »

Pour « conduire la prochaine alternance », et avant de définir une plate-forme programmatique « dans les prochaines semaines », Jean-Louis Borloo va constituer dès janvier 2013 un shadow cabinet ou « cabinet fantôme ». Coordonné par l’ex-UMP Yves Jégo, ce « , contre-gouvernement » comptera 22 membres 11 hommes et 11 femmes - ayant chacun un portefeuille ministériel. Reste que la dernière expérience de ce genre, cornaquée en 2010 par François Bayrou, a tourné court...

Bien entendu, Jean-Louis Borloo roule aussi pour lui et entend faire « cavalier seul » dans la perspective de la présidentielle de 2017. Chef de file de l’UDI, il est, de facto, le candidat naturel du centre à l’élection suprême. Entre une gauche et une droite qui se désagrègent, il tentera de passer par le « trou de souris ». Est-ce cette perspective qui a fait dire à François Bayrou dans un accès de lucide colère : « Comment peut-on faire confiance à un type dont le nom se termine par un double zéro » ?

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