Trois morts suffisent.

Samedi 5 janvier 2013 // La France

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Tout était écrit. Les événements se sont enchaînés inexorablement, conformément à ce qui était redouté. C’est dans le Salon vert du premier étage de l’Élysée, sur lequel s’ouvre le bureau du président de la République, que s’est joué, le 6 mai dernier en fin d’après-midi, le prologue de ce que nous vivons ces jours-ci. Il y avait là, autour de Nicolas Sarkozy, son équipe de campagne, Hortefeux, Bertrand, Juppé, Baroin, NKM, ainsi que Copé et Fillon, et ses conseillers. L’un d’eux, Camille Pascal, racontera la scène (dans son livre de souvenirs de l’Élysée, chez Pion).

Les estimations promettent un résultat serré. Sarkozy décide de lire le texte qu’il a l’intention de prononcer après l’annonce de sa défaite. « Il partait sans espoir de retour », se souvient Pascal. S’élève alors un long murmure dans le Salon. « Tu ne peux pas partir comme ça. Tu ne peux pas abandonner les Français. » Patrick Buisson insiste : « Le président dispose d’un socle inébranlable dans la société française »... Partir comme Lionel Jospin le 21 avril 2002 (« Je me retire de la vie politique ») ? Sarkozy se rebiffe. « Très bien, dit-il, alors il y a un autre cas de figure : être candidat aux législatives en juin, et à la présidence de l’UMP en novembre et peut-être que je serai élu... » Un silence. « Rassurez-vous, ce n’est pas le cas de figure que j’ai choisi. »Mais toutes les phrases définitives du discours sont supprimées « pour ne pas injurier l’avenir ». Le Canard enchaîné citera Buisson : « Quand Nicolas Sarkozy a lu la dernière version de son discours, Fillon tirait une gueule pas possible a les mines de Copé et de Bertrand s’allongeaient, incrédules. « Alors, il reste dans le jeu ? »

C’est à ce moment que, selon Camille Pascal, Sarkozy se lève pour s’entretenir seul à seul avec Fillon et Copé : « Ils s’avait qu’ils seraient inévitablement concurrents, et s’adressant à eux, il dit : Je vous demande une seule chose, vous devez vous engager à protéger l’unité de I la famille. Quoi qu’il advienne, vous me le devez...

Sans relire le détail de cette scène finale de la présidence Sarkozy, comment comprendre ce qui se déroule sous nos yeux depuis le soir du 18 novembre ? Oui, Nicolas Sarkozy a bien eu l’intention de changer de vie mais, se reprenant après une défaite qui ne fut pas "humiliante", il n’a pas voulu se fermer les portes d’un retour politique comme Jospin l’avait fait. Oui, il savait que Copé et Fillon allaient s’affronter. Mais il croyait ce soir-là, suivant en cela l’analyse d’Alain Juppé, que le résultat serré de l’élection devrait « empêcher les règlements de comptes » : « Rien ne serait pire après mon départ que la division. » 

Cela n’a pas empêché les règlements de comptes. Et le pire a eu lieu. Copé et Fillon, les deux protagonistes, restés seuls sur scène, se sont battus jusqu’au bout : les voilà à terre, dans la poussière du combat, sous les cris de la foule donnant indistinctement du"voleur", du "fraudeur", du "truqueur"à l’un comme à l’autre, tandis que l’un qualifie l’autre de chef de bande et de putschiste. Il y a du sang sur les murs. Sidérée, la foule finit par prendre peur. C’est alors que Juppé, le fondateur de la famille, le vieux sage, qui s’est fait condamner pour sauver l’honneur du chef précédent, lance un appel à la suspension d’armes. Il réunit les deux frères ennemis, couturés de toutes parts, pour trouver une issue. Mais laquelle ? L’arbitre est désarmé. Au terme de vains échanges, il abandonne la partie et rentre chez lui. Il a ruiné son influence dans l’affaire et passe, devant l’opinion, pour la troisième victime du règlement de comptes.

Qui pouvait encore sauver l’unité de la famille ? Il n’y en avait qu’un. Celui qui hésitait le soir du 6 mai et qui, depuis, est soigneusement resté dans l’ombre. Téléphonant, rencontrant, déjeunant et laissant filtrer quelques mots pour assurer qu’il était bien là. Lundi dernier, il déjeunait avec François Fillon celui-ci menaçait de faire appel au juge pour dynamiter le pouvoir tenu par Copé. Le soir, Nicolas Sarkozy faisait savoir que le mieux serait de refaire l’élection puisqu’elle est contestée. Eh bien, le lendemain, Copé refusait. Lui qui avait clamé sa fidélité à Nicolas Sarkozy prenait ses distances, investi par les pouvoirs qu’il s’était fait attribuer. Il avait les clés de la maison, il n’entendait pas les rendre. Tant d’autres l’ont fait avant lui, n’est-ce pas ! La politique ne sourit pas aux petits garçons. Il jouait gros ; il cherchait donc une issue : un référendum avant de revoter !

La question de l’avenir de la droite est pourtant posée à Nicolas Sarkozy. S’il est le recours, il faut bien qu’il soit aussi le patron, et pas seulement le parrain. Ce qui signifie qu’il soit obéi. Il s’est préservé pour ce rôle. A lui de l’assumer, maintenant qu’il s’est allégé du poids des affaires. Trois morts suffisent.

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