JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA FEMME (8 mars)

Triste réalité de la femme centrafricaine.

Par Afrique Education

Jeudi 29 mars 2012, par Sébastien Gamba // L’Afrique

Par une fois, dans la vie de la République centrafricaine, le défunt président puis empereur, Jean Bedel Bokassa, avait nommé Elisabeth Domitien, premier ministre. Il s’agissait pour Bokassa, aujourd’hui, décédé, tout comme Elisabeth Domitien, de rompre avec certaines considérations. Elisabeth Domitien était illettrée, et ne savait ni lire ni écrire. Puis, des femmes ont commencé à s’insérer, professionnellement, dans la vie, en tant que sages-femmes, enseignantes, secrétaires, journalistes, cadres des administrations, etc. D’autres sont, également, nommées à des postes de responsabilité, au gouvernement, ou à la tête des administrations. De plus en plus, des femmes sont élues à l’Assemblée nationale comme députées. Ces quelques cas, somme toute, trompeurs, constituent l’arbre qui cache la forêt. De façon générale, la situation de la femme en Centrafrique reste précaire, car sujette aux pesanteurs socioculturelles. L’inertie des pouvoirs, dans ce domaine, après le départ de l’empereur Bokassa, n’a pas permis à la situation de s’améliorer.

Les mentalités évoluent, mais très lentement. Raison pour laquelle, en dépit des efforts des uns et des autres, visant à sortir la femme de la République centrafricaine de son carcan, il y a lieu de croire que du chemin reste à parcourir, eu égard aux conditions d’existence de ces femmes, qui ploient sous le poids des pesanteurs socioculturelles.

Suivant les considérations de la conscience collective, la place la mieux indiquée pour la femme se trouve dans le foyer. C’est pourquoi, conformément, à cette place, des rôles lui sont attribués. Il incombe à la femme, en effet, l’entière responsabilité de s’occuper des autres personnes composant le foyer.

La responsabilité de la femme dans le foyer court du lever au coucher du soleil. Dès son réveil, la femme se munit d’un balaie, pour mettre la propreté dans la cour. Immédiatement, après, elle s’attèle à préparer le petit-déjeuner. Elle doit, également, faire la vaisselle, pour qu’il n’y ait pas d’ustensiles sales dans la maison. Ensuite, elle se rend au marché, en prévision du repas du jour. Il revient, également, à la femme de balayer l’intérieur de la maison et de faire le linge.

Pendant que la femme se multiplie dans ses rôles, l’homme peut traîner encore au lit, le matin, jusqu’à ce que son petit-déjeuner soit près. C’est à la femme de sortir, pour l’homme, le siège sur lequel il va s’asseoir. Il revient, par-dessus tout, à la femme, de chercher l’eau pour la douche de son mari. Pendant ce temps, l’homme est là, pénard, en train de causer avec u autres nommes. Dans les campagnes, lorsque l’homme et la femme se rendent au champ, l’homme ne se munit que d’une machette et d’une lance. C’est, surtout, au retour des champs qu’il faut avoir pitié de la femme, qui doit avoir dans les charges qui sont sur sa tête, le bois de chauffe, les provisions pour le repas du soir, et, peut-être, le gibier que le l’homme a réussi à attraper au piège. La femme n’est pas épargnée par ces charges même si elle est enceinte. Et si, au-delà de tout, elle a un enfant de moins de deux ans à élever, celui-ci va constituer une charge supplémentaire pour elle, puisqu’elle va l’attacher dans son dos, pour exécuter les autres charges.

Au retour des champs, pendant que la femme s’acharne pour le repas du soir, l’homme, gaillardement assis dans une chaise longue, égraine le temps en sirotant son vin de palme ou l’alcool de traite. Après avoir fini de manger, l’homme n’a rien d’autre que de gagner le lit. Pendant ce temps, la femme rentre les outils dont elle s’est servie pour les ranger dans la maison.

Dans les villages, surtout, ce qui se fait de moins en moins en ville, en plus des tâches domestiques, les femmes sont considérées comme des outils. Raison pour laquelle certains hommes s’approprient plusieurs femmes peur leur permettre de cultiver, à la houe, de très grandes plantations. Finalement, le fait d’avoir plusieurs femmes est un signe de fortune pour les hommes.

A la fin d’une campagne agricole, par exemple, c’est l’homme seul qui décide de la vente des produits agricoles et gère, à sa guise, les ressources obtenues. Et pourtant, ce sont les femmes qui travaillent le plus, dans les champs, pendant que l’homme trouve des excuses pour se rendre à la pêche ou à la chasse. Dans les communautés rurales, ce qui se fait de moins en moins en ville, lorsque la femme n’accomplit pas comme il se doit les tâches qui lui sont dévolues, sous prétexte de fatigue, par exemple, elle doit être battue par son mari. Eu égard à la pression de la conscience collective, de nombreuses femmes trouvent normales d’être battues par leur mari. Parfois, le fait d’être battue par son mari est un signe d’amour à l’endroit d’une épouse.

Au sujet des outils, il revient à l’homme d’en fournir mais pas de s’en servir, car dès que l’outil rentre dans la maison, l’usage strict revient à la femme. C’est le cas de certains outils tels que le mortier et le pilon, la marmite, le tamis, le balaie, etc. Il est, strictement, interdit à l’homme d’ouvrir le couvercle d’une marmite, sous peine d’être accusé de compter les morceaux de viande dans la marmite. Une manière de forcer l’homme à ne pas trop s’approcher des choses qui concernent la cuisine. Tout homme qui s’hasarde à se servir des outils mis ’ à la disposition des femmes, quand bien même c’est à lui de les fournir, est, immédiatement, assimilé aux femmes. Et pour ne plus l’encourager à récidiver, il se peut que ce soit sa propre femme qui puisse déclencher à son encontre la mauvaise campagne. Ce sont des chapitres strictement réservés aux femmes.

Conformément à la répartition sociale du travail, les tâches dévolues à l’homme consistent à construire des maisons, à les équiper, à pratiquer la chasse et la pêche. Contrairement à ceux qui vivent en milieu rural, les citadins doivent avoir un emploi qui est rémunéré à la fin de chaque mois. Ils n’ont que cela comme occupation. Toutes les charges domestiques sont du ressort de la femme.

Dans le domaine sexuel, puisque cela fait partie des rapports au sein de la vie du couple, la femme n’a pas le droit de disposer de son corps. De facto, elle n’a pas d’avis à émettre en ce qui concerne l’espacement des naissances. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une femme, en milieu rural, met au monde, en moyenne, un enfant tous les deux ans. Ce qui n’est pas le cas dans les villes où les mentalités changent progressivement.

Toujours sur le plan sexuel, l’excision parait comme le baromètre permettant à l’homme d’avoir une mainmise sur la femme. L’idée est que les besoins sexuels des femmes excisées sont plus vite assouvis que ceux des femmes non excisés. Ainsi donc, les femmes non-excisées deviennent la risée de celles qui le sont. Mais de plus, aujourd’hui, cette thèse est en train d’être combattue, surtout, que l’excision a de nombreuses conséquences dans la vie de la femme. Elle se traduit par les risques d’hémorragie, les difficultés d’accouchement, la frigidité, etc. Il n’appartient pas à l’homme de prendre soin de son propre enfant, au risque d’être appelé « mère » par toutes les femmes.

Avec les changements, pour ne pas évoquer la problématique de l’évolution, certaines organisations de la société civile ou des agences du système des Nations-Unies, telles le Fonds des Nations-Unies pour la population (UNFPA), militent pour inverser cette fâcheuse tendance. Mais c’est loin d’être simple. Pour inverser cette tendance, il est fortement recommandé d’investir, sérieusement, en faveur des filles, qu’il faut encourager à mener de longues études, leur permettant d’acquérir des qualifications. Mais cela est parfois difficile. De nombreuses filles sèchent, très souvent, leurs études en cours de chemin, soit pour cause de mariage ou de grossesse non-désirée.

La déperdition scolaire des filles est très élevée par rapport aux causes évoquées, comparativement, aux garçons. Mais malgré cela, de nombreuses filles qui étudient dans les villes parviennent à vaincre les pesanteurs socioculturelles et à obtenir des diplômes universitaires. Quelques-unes parviennent à s’insérer, socialement, à différents postes, dont ceux de médecin, journaliste, chef d’entreprise, représentante dans les organismes internationaux ou pilote. Mais cela ne résulte pas d’un simple clic de doigt. C’est pour dire que la fin du calvaire de la grande majorité des femmes en Centrafrique n’est pas pour demain. Il faut encore des décennies, voire, même des centaines d’armes pour y remédier.

16 au 31 mars 2012 - www.afriqueeducation.com

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