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Traité européen : Ayrault a manqué son opération persuasion.

PAR LENAÏG BREDOUX ET MATHIEU MAGNAUDEIX

Jeudi 18 octobre 2012 // L’Europe

Jean-Marc Ayrault n’y changera rien. Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance en Europe (TSCG, lire notre dossier), qui comprend la “règle d’or” sur les finances publiques, ne sera pas ratifié par l’ensemble de sa majorité. Au PS, une vingtaine de voix devraient manquer, tout comme celles de la quasi-totalité des écologistes et du Front de gauche. Son discours solennel de mardi, qui a suscité peu d’enthousiasme à gauche, n’a guère fait bouger les lignes.

Quand Jean-Marc Ayrault prend la parole à 16 h 30, la droite a en grande partie déserté l’hémicycle. Même les rangs de la gauche n’ont pas fait le plein. Environ 65 députés socialistes manquent à l’appel. Une demi-heure avant, lors des questions au gouvernement, seuls 15 sièges étaient vides. « Je suis en commission », s’excuse une députée. Au même moment siégeait la commission des affaires sociales, et le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian parlait en effet devant la commission de la Défense. Pour ce député qui fuit à toute vitesse sur le gravier du Palais-Bourbon en prétextant un « rendez-vous chez le dentiste », l’excuse est toutefois un peu plus grossière… Le discours avait pourtant été vendu par Matignon comme un « grand rendez-vous » et un « test politique » pour le gouvernement.

Durant une demi-heure, le premier ministre a tenté de convaincre ceux qui avaient des « doutes, parfois bruyants », évoquant, pour sa gauche, « l’Europe sociale » ou la transition énergétique. Mais en parlant le moins possible… du traité lui-même. Pendant la campagne, le candidat Hollande avait vertement condamné un texte signé par son prédécesseur et jugé catastrophique pour la croissance. S’il appelle désormais à sa ratification, c’est qu’il n’est pas parvenu à en renégocier le contenu. Mais il veut croire que les maigres compromis qu’il a obtenus à Bruxelles – le pacte de croissance de 120 milliards d’euros, la taxe sur les transactions financières et les prémices d’union bancaire – suffisent à marquer une « réorientation de l’Europe ».

« C’est cette réorientation décisive pour l’avenir de la construction européenne que je suis venu vous demander de soutenir aujourd’hui. Formellement, vous allez être appelés à voter sur la ratification du traité. Mais à travers votre vote, c’est sur la réorientation de l’Europe que vous vous prononcerez », a expliqué mardi à l’Assemblée nationale le premier ministre. « Nous disons aux parlementaires : vous ne votez pas pour ou contre le traité mais pour ou contre la réorientation de l’Europe… C’est un vrai choix stratégique », justifie-t-on à Matignon.

Signe de sa nervosité, l’exécutif ne s’est pas privé, ces derniers jours, de dramatiser l’enjeu. D’abord en assurant qu’un rejet du texte pourrait provoquer une sortie de la France de la zone euro (lire notre entretien avec Jean-Marc Ayrault). « La responsabilité devant laquelle chacun d’entre nous est placé est cruciale. Celle de maintenir la France dans une zone euro solidaire, car la conséquence d’un vote négatif de notre pays, ce serait, vous le savez bien, une crise politique et l’effondrement de l’union monétaire », a prédit le premier ministre, avec des accents qui ressemblaient à ceux du débat sur le traité constitutionnel européen de 2005.

Sans compter, insiste son entourage, qu’un “non” donnerait un signal très négatif aux autres pays européens et aux marchés. « On est actuellement dans une vitrine et nos partenaires regardent attentivement ce qui se passe en France parce qu’ils ont des soupçons sur la capacité réelle du gouvernement à respecter ses engagements européens », affirme Matignon. L’exécutif est convaincu que seule une ratification massive du TSCG, voulu et inspiré par l’Allemagne, peut donner une marge de manœuvre à Hollande dans ses futures négociations avec Angela Merkel.

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