Valeurs actuelles

Tout ça peut mal finir...

Vu de ma fenêtre Par DenisTillinac

Jeudi 21 août 2014 // La France

Face aux violences des supporters algériens, l’indulgence médiatique renforce le fantasme d’une cinquième colonne.

Que les Français d’origine algérienne aient pour les Fennecs les yeux de Chimène ne saurait choquer personne. D’autant que ces joueurs - excellents - sont majoritairement binationaux et ont été formés en France. Mais les voitures brûlées, les policiers et les pompiers caillassés, les rodéos drapeaux au vent trahissent une sourde vindicte plutôt qu’une liesse bon enfant. La passivité des autorités publiques et l’euphémisation systématique des violences par les médias aggravent la présomption d’une cinquième colonne susceptible de mettre le pays à feu et à sang.

Elles accréditent indûment l’idée que tout "rebeu" est un délinquant potentiel. Or, la majorité des supporters de l’équipe algérienne n’est en rien responsable de ces accès de nationalisme xénophobe, pour user d’une sémantique chère aux apôtres du multiculturalisme.
Leur nombre, leur spontanéité et leur violence n’en révèlent pas moins la persistance d’un grave malaise : des Français nombreux, plutôt jeunes que vieux, détestent leur pays et se plaisent à le faire savoir ; ce n’est pas anodin. Par un effet boomerang très naturel, les Français dits "de souche" n’ont aucune sympathie pour une Algérie élargie au Maghreb, voire au Proche-Orient.

Pour tout dire, les Français mettent ce générique - les Arabes - dans le même sac ficelé par l’islamisme. Et comme ils sont convaincus que la démographie comparée les dessert, la hantise d’une mise hors jeu sur leur propre sol les taraude. Ça peut très mal finir. Reste pourtant qu’à terme, la France et l’Algérie sont vouées par l’histoire, la langue et le voisinage à resserrer leurs liens. Ce terme, hélas, s’éloigne dans le temps.

Il faudrait au moins, pour envisager un destin quelque peu partagé, que les derniers héritiers du FLN renoncent à manipuler leur opinion avec l’alibi éculé de notre passé colonial. Aussi longtemps qu’Alger misera sur notre culpabilité, les Français se hérisseront : les temps ont changé, la repentance ne fait plus recette et les descendants des pieds- noirs n’ont pas la mémoire courte. Ils n’accepteront de remettre les compteurs de l’histoire à zéro que sous condition de réciprocité.

Il faudrait aussi, pour imaginer une nouvelle donne, que nos compatriotes originaires d’Algérie se sentent et se veuillent français, sans équivoque. Quitte à invoquer paisiblement leurs racines arabo-islamomaghrébines, comme font les Français dont les ancêtres étaient italiens, polonais ou espagnols. Comme font en réalité les Français habitant les métropoles, mais originaires de Corse, d’Alsace, du Pays basque ou du Massif central. Pas moins, pas plus. Ainsi s’est tissée la trame de la France, où le double patriotisme n’est pas de mise, hors la nostalgie poétisée du terroir originel.

Dans les pays d’immigration tels les États-Unis, le Canada ou le Brésil, la double appartenance va de soi : deux drapeaux font battre le même coeur sans risque de tachycardie. Quoi qu’on nous serine, la France est un pays de sédentaires, pas d’immigrés ; elle a accueilli au long des âges des étrangers qui sont devenus des Français, nuance. D’où un souci "identitaire" dès lors qu’une communauté s’affiche comme telle et revendique des prérogatives liées à son passé en d’autres lieux.

Dernier préalable, mais non le moindre, pour qu’un beau jour la France et l’Algérie en viennent à se serrer les coudes dans le concert des nations ; l’arrêt franc et net des flux migratoires. Nos compatriotes d’origine algérienne auraient tout à y gagner, car disparaîtraient aussitôt les fantasmes d’invasion qui empoisonnent l’inconscient collectif et les acculent à la marginalité. C’est la décision politique la plus attendue, et de loin, et pas seulement par les électeurs de la droite ou du FN. Elle exigera le courage de repenser le droit du sol et l’accès à la nationalité, de remettre partiellement en cause le regroupement familial et de renégocier Schengen. Rififi à prévoir à Bruxelles, mais l’enjeu mérite que la France y prenne tous les risques.

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