Tempête sur les civilisations.

Vendredi 9 mars 2012, par Chantal Delsol // L’Histoire

Drapeau de FranceChacun peut dire : je préfère ma civilisation aux autres. N’avons-nous pas le devoir de défendre ce que nous aimons ? Si nous ne défendons nos parents, notre culture, notre patrie, qui les défendra à notre place ? Mais cela ne signifie pas que ma civilisation serait supérieure en soi. De même, je puis dire que je préfère mon père à tous les autres pères, sans pour autant prétendre qu’il est objectivement le meilleur... Et à cet égard, l’affirmation candide de supériorité de ce qui est à soi est le signe d’un caractère rustique, et pour tout dire, philistin, qui se croit au centre de la terre classique chez un enfant, mais chez un adulte, risible.

Naturellement, on devine bien ce qui perce sous la phrase de Claude Guéant : si nous exportons la démocratie et la liberté sur la terre entière avec tant de ferveur, c’est bien que nous jugeons tout cela supérieur, alors cessons d’être hypocrites en défendant dans le même discours deux choses contradictoires : les droits de l’homme universels, et l’égale valeur a de toutes les civilisations. Cependant l’argument est un peu court. On peut bien juger certains principes supérieurs à d’autres : le pluralisme à la caporalisation, la liberté à la servitude. Mais comparer ces mondes cohérents, pleins, complets, que sont les civilisations, c’est impossible. Toutes expriment un humanisme singulier et offrent un bonheur singulier. Il n’y a pas de civilisation diabolique, même s’il y a des épisodes monstrueux dans toutes les civilisations. Si de fait nous chérissons un universel, valable pour tous les hommes de la terre, nous devons bien nous garder de croire que nous incarnons cet universel : car le monde deviendrait alors notre terrain de chasse et d’incendie.

Il faut ajouter que le signe suprême de civilité consiste à ne pas étaler sa civilité — « pensez-y toujours, n’en parlez jamais ». Et seule une élémentaire modestie permet de convaincre d’autres d’adopter certains principes, mais jamais le triomphe, qui en humiliant se récuse lui-même. Se prétendre supérieur, c’est annoncer la « civilisade » (comme dirait Stuart Mill) et personne ne peut accepter cela, pour des raisons d’honneur bien compréhensibles.

Pour autant, la pluie d’injures qui vient de s’abattre sur l’affirmation du ministre ne mérite guère plus que le qualificatif de grotesque. La gauche sempiternelle, avec des airs inspirés laissant croire pour la énième fois que l’heure est grave, vient jeter de l’eau bénite sur le démon pour l’exorciser, et le jette hors du cercle des interlocuteurs vers les ténèbres extérieures d’où il n’aurait jamais dû sortir. C’est bien du vacarme, et ridicule, pour fustiger un discours qui n’était que lourdingue. Si enfin ce ne ressemblait qu’à une comédie idéologique bien française, on en rirait. Mais ce qui ne fait pas rire du tout, c’est cette propension répugnante à voir du nazisme partout. Contrairement à ce que l’on croit, nos cohortes de la sempiternelle gauche ne nuisent pas, ce faisant, au ministre, mais bien plutôt aux victimes du nazisme. Car si tout est nazisme, rien ne l’est, et pratiquement nous en sommes là. Il est misérable, pour servir un combat partisan d’un jour, de dévaloriser et de banaliser un combat de convictions de toujours. Si tout peut être comparé à la barbarie nazie, il n’y a plus de barbarie, et tout est dit. L’incroyable légèreté avec laquelle on envoie à la figure de son adversaire des symboles aussi lourds montre bien qu’il n’y a là ni convictions ni sérieux (en dépit des airs inspirés), mais plutôt une pantalonnade de plus, prête à détruire ce qu’il y a de plus grave.

On pourrait enfin souligner que les détracteurs du ministre, en avançant qu’il n’y a pas de civilisation supérieure, signifient qu’il n’y a pas de civilisation inférieure : il est donc étrange de voir les mêmes asséner à longueur de pages que la civilisation occidentale est à mettre au pilon pour son intrinsèque barbarie... On est bien obligé de se demander si ce qui’ les inspire dans cette querelle ce n’est pas, davantage que l’élémentaire modestie, plutôt la haine de soi.

Autrement dit, au-delà du ridicule de l’injure et même de son caractère dangereux, les détracteurs ont raison sur un point et tort sur un autre. Ils ont raison si l’on comprend que lorsque nous croyons incarner l’universel (c’est arrivé déjà à plusieurs reprises), nous terrorisons au nom de nos principes de liberté, ce qui est un comble : même si nous considérons qu’une civilisation nantie de la liberté est meilleure au-delà même de nos préférences filiales, mieux vaut donc ne pas en faire étalage, car cela pourrait donner des idées tyranniques à des missionnaires (laïcs) pas trop fins. Mais ils ont tort si l’on comprend que tous les principes se valent, et plus loin, que la seule hiérarchie serait finalement celle qui permet de tenir notre civilisation pour la plus pernicieuse de toutes.

Les civilisations vues par Jean-Paul Garraud

En accusant à l’Assemblée nationale le ministre de l’Intérieur de favoriser les idéologies qui ont entraîné les camps de concentration et le régime nazi, l’opposition, à travers son porte-parole, a dépassé toutes les limites. Pour moi, il n’est pas question de l’accepter, de l’oublier et de passer à autre chose. C’est tout d’abord inadmissible car cette polémique a totalement été fabriquée afin de discréditer le ministre et, à travers lui, le président à moins de trois mois de la présidentielle. La ficelle est grosse, mais ça marche. C’est inadmissible ensuite et surtout parce que cette référence au nazisme est ignoble, totalement infondée et provoque la révulsion démocrates que nous sommes.

Bien que les propos de Claude Guéant, dans leur intégralité, soient de "bon sens" et que cette polémique soit « ridicule », selon les mots mêmes du président le ministre en sort affaibli, nous aussi. Mais comment peut-on en arriver à une telle situation alors que nous n’avons rien à nous reprocher, que nous sommes injuriés et que, bien que victimes d’une telle machination, nous apparaissons comme devant nous justifier ? Pourquoi ne pas passer à une réelle offensive, dénoncer ce procès en sorcellerie, exiger des excuses publiques des responsables socialistes, soutenir à fond notre ministre ? Pourquoi ne le fait-on pas ? Redouterait-on de ne pas y parvenir ? Si tel était le cas, on arriverait alors à une troisième étape de l’inacceptable : face à l’injustice de la situation, l’État et ses représentants ne rétabliraient pas la vérité.

Il faut dire que malgré les demandes insistantes du premier ministre et des ténors de la majorité, ni l’intéressé ni les responsables socialistes n’envisagent de présenter la moindre excuse. Bien au contraire. Ils restent fermes sur leur position, ne font aucune concession et même en rajoutent. Ainsi, Serge Letchimy, fêté en héros à son retour à Fort-de-France, annonce qu’il ne fera aucune concession ; que bien que la Martinique soit « une terre d’accueil » ,Claude Guéant n’était pas le bienvenu, qu’il ne le recevrait pas, tout comme , ses amis politiques.

Il faut rétablir la situation car il s’agit d’une question d’honneur, rien de moins. Je refuse cet amalgame avec le nazisme et j’engage le gouvernement et l’Assemblée à réagir fermement. Avec l’honneur, on ne transige pas. D’autant plus que nous n’avons aucune leçon à recevoir de la part du Parti socialiste. Ils invoquent les nazis ? Parlons-en !

En 1936, les élections législatives donnent une large victoire à une coalition de gauche. Léon Blum devint président du Conseil. En juillet 1936, le gouvernement espagnol demande à la France d’intervenir face à la révolution menée par les franquistes soutenus notamment par Hitler qui rode ainsi son matériel militaire, avec le bombardement de civils, par exemple, à Guernica par la Légion Condor. Le gouvernement de gauche décide de la "non-intervention’ : Adolf Hitler n’a pas expérimenté que ses armes, il sait maintenant qu’il se trouve face à des faibles. Le champ est libre.

Le 29 septembre 1938, le nouveau président du Conseil, Édouard Daladier, signe les accords de Munich avec Hitler, Mussolini et Chamberlain. La France abandonne ainsi la Tchécoslovaquie aux appétits nazis malgré notre traité d’alliance ! Léon Blum confiera qu’il était partagé entre « un lâche soulagement et la honte »... Alors que Churchill, deux mois plus tard, s’indignait : « Ils devaient choisir entre le déshonneur et la guerre, ils ont choisi le déshonneur et ils auront la guerre. » Le reste, on le connaît, l’invasion de la Pologne, le pacte germano-soviétique, la guerre mondiale...

Et ce n’est pas tout

Le 10 juillet 1940, les pleins pouvoirs sont donnés au Maréchal Pétain, à près de 90 % des suffrages exprimés, par les députés à majorité de gauche du Front populaire élus en 1936... Et plus tard, les beaux esprits de gauche, "intellectuels" et politiques en tête, contestent pendant de trop longues années les ravages du goulag et de ses 14 millions de déportés morts dans les pires souffrances.

L’Histoire nous montre ainsi que le radical-socialisme a cédé face au national-socialisme et si le général de Gaulle ne s’était pas dressé, que ce serait-il passé ? Les valeurs du gaullisme, ce sont les nôtres. Fondées sur le courage, le refus du renoncement, la grandeur de la France, la fierté d’appartenir à une civilisation qui a montré la voie, par d’innombrables sacrifices, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité. C’est le sens de notre engagement.

Finalement, vos excuses, MM. Hollande, Ayrault, Letchimy et consorts, nous n’en avons rien à faire. Notre regard porte bien plus haut que vos basses injures, les Français vont bientôt vous le signifier.

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