Taxer les revenus supérieurs au million d’euros à hauteur de 75%.

Samedi 31 mars 2012, par Pascal Beaucher // La France

Drapeau de FrancePetits rappels : La proposition de François Hollande de taxer les revenus supérieurs au million d’euros à hauteur de 75 % a suscité réactions et questions. Au-delà de l’émotion des ardents soutiens des nantis de tout acabit, quelques remarques s’imposent.

Avec leur vilaine habitude de vouloir à tout prix se différencier de Hollande le partageux, l’équipe du candidat en perdition Sarkozy a omis, à coup de surenchère et d’à-peu-près, des éléments assez fondamentaux. Un tel niveau de prélèvement s’est déjà vu durant la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis où il a atteint 93 % avant de retomber par la suite à 80 % durant trente bonnes années jusqu’à la révolution reaganienne des années 80. Roosevelt n’avait rien d’un marxiste et pendant longtemps
cela ne choqua guère les Américains, y compris ceux qui s’y trouvaient soumis. Le néo-libéralisme est passé par-là et les esprits sont si bien conditionnés qu’un front de défense s’est fait jour pour combattre l’idée du candidat socialiste.

Doit-on rappeler aux contempteurs un certain nombre de règles ? Dans un État de droit comme le nôtre nous vivons sous l’empire des lois. Notre bloc de constitutionnalité contient une disposition qui devrait amener à réfléchir. La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, dans son article premier stipule que : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune  ». Dans l’esprit de ses auteurs, il s’agissait de rappeler à chacun que si les différences d’état et de fortune étaient légitimes cela n’allait pas sans contrepartie.

C’était une question de justice et de décence.

Justice  : parce que le même texte émet que la « contribution commune  » « doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés  ». La richesse produite puis accumulée ne l’est jamais sans que la société l ’ait permis, sinon encouragé, voire facilité. Cela étant, rien de plus normal que de contribuer à l’effort commun en versant plus que celui qui n’a pas su - ou plus généralement pas pu - s’enrichir dans des proportions identiques. Le fait d’appartenir à une Nation suppose qu’on lui rende une partie de ce qu’elle vous a laissé acquérir. Par individualisme et par égoïsme, beaucoup de gens aisés ont fini par se convaincre qu’ils ne devaient rien d’autre à la France que des portions congrues, de plus en plus réduites si possible, de leurs obligations.

Décence  : on nous serine que les riches vont partir au prétexte qu’on leur en demanderait trop. Il faut alors nous expliquer pourquoi les hyper-riches, la mesure Hollande ne concernant de fait que 3 000 foyers fiscaux, seraient de si mauvais Français. Même si l’exil fiscal est à la mode, l’envie ne nous prend point de plaindre ces pauvres gens. N’est-il pas trop facile, étant un artiste réputé, d’aller s’installer en Suisse et de travailler en France avec des moyens assez largement fournis par le contribuable qui, lui, reste sur le territoire national ? Plaindre des gens si nantis dans un pays qui s’appauvrit soulève un tantinet le coeur. Le patriotisme ne s’arrête pas à l’entrée de la poche portefeuille !

L’idée d’un destin commun implique obligatoirement que l’on fasse des efforts. Les demandes que l’on fait à ces personnes ne relèvent pas que l’on sache de l ’ablation d’un membre. En outre beaucoup des concernés sont artistes ou sportifs dont on nous répète à l’envi que leurs carrières peuvent être courtes et qu’il ne faudrait pas les laisser sans ressources à la fin de leur activité. Or, sauf rares cas, ceux-là ont engrangé suffisamment pendant des années pour vivre plusieurs vies sans l’ombre d’un problème de trésorerie. Porter les couleurs nationales est un honneur, ne pas contribuer à l’effort collectif est une honte. Serait-il si anormal que l’on adopte à l’égard de ces émigrés d’un genre nouveau quelques menues mesures de rétorsion ?

Au-delà du coup politique, François Hollande visait les patrons du CAC 40 qui s’octroient des augmentations mirobolantes en martelant à longueur de journées que leurs employés, chétivement augmentés lorsqu’ils le sont, leur coûtent décidément bien trop cher et qu’on trouvera toujours meilleur marché ailleurs. Cela dit, regrettons tout de même que cette mesure envisagée ne fasse pas partie d’une réforme fiscale de vaste ampleur que nous appelons de nos voeux depuis longtemps déjà.

Le candidat Hollande en parle souvent mais l’idée semble avoir disparu du programme. Alors deux souhaits : que l’on tienne bon en cas de victoire sur cette taxation et que l’on n’oublie pas que le redressement financier passe aussi par une refonte de notre système fiscal !

Répondre à cet article