Taux : La grande baisse.

Lundi 11 août 2014 // La France


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Les taux d’intérêt reculent fortement dans toute la zone euro, éloignant les craintes de défaut de paiement d’un État. Les gestionnaires redeviennent optimistes...

La hausse des taux d’intérêts n’aura pas duré longtemps. Alors que les obligations d’État avaient été beaucoup vendues l’été dernier, elles retrouvent depuis plusieurs mois l’intérêt des gestionnaires. En Allemagne, pays de référence sur le marché de la dette publique, l’État ne doit aujourd’hui débourser que 1,3 % par an pour trouver acquéreur de sa dette avec un remboursement prévu dans dix ans. En France, le taux d’intérêt à dix ans a rechuté à 1,8 %, entraînant dans son sillage les taux immobiliers. Les bons du Trésor - des titres remboursables dans moins de deux ans - ne rapportent presque rien. La grande nouveauté des derniers mois en Europe réside dans la chute des taux d’intérêt dans les pays en grande difficulté. En Espagne, le taux à dix ans de la dette gouvernementale a reculé à 3 % tout comme en Italie et en Irlande, tandis que celui du Portugal a baissé à 4 %. Il y a un peu plus de deux ans, ceux-ci affichaient entre 7 % et 15 %.

ÉMISSIONS RECORD DE DETTE

Hormis la Grèce, les autres nations n’ont plus besoin de faire appel aux programmes de financement mis en place par l’Union européenne et le Fonds monétaire international. L’État portugais, qui avait emprunté 78 milliards d’euros à ces institutions au prix d’une mise sous tutelle de sa politique budgétaire, trouve désormais acheteur de sa dette dans le système bancaire national et étranger. Idem pour l’Espagne ou l’Irlande. Comment expliquer une telle évolution ? « Le risque de non remboursement de leurs obligations a beaucoup diminué, explique Patrick Jacques, spécialiste des taux d’intérêt chez Exane BNP Paribas. L’augmentation de leur dette commence à se stabiliser. Surtout, on n’observe plus dans ces pays de déficit des comptes courants [vis-à-vis de l’extérieur], ce qui signifie que l’État peut financer son trou budgétaire avec l’épargne domestique ».

« La dette portugaise offre un rendement de 4 % par an, c’est beaucoup mieux que l’inflation ou que le rendement des obligations d’Etat allemand », souligne Patrick Jacques. Dans la zone euro, d’importantes émissions obligataires sont néanmoins à prévoir dans le futur. Le gouvernement français va proposer près de 200 milliards d’euros de titres cette année puis encore l’an prochain (soit 10% de sa dette), selon les calculs de Natixis. Dans toute la zone euro, ce seront près de 900 milliards d’euros d’obligations d’État qui vont être vendues chaque année jusqu’à fin 2016 ; la majorité sera destinée à refinancer des titres arrivés à échéance de remboursement. De quoi faire trembler les acheteurs ? Pas forcément. En effet, la BCE pourrait créer davantage de monnaie dès le mois de juin et ce surplus de liquidités devrait se déverser en partie sur le marché de la dette. « La France devrait continuer à se financer à des coûts très bas pendant deux ou trois ans », estime Cyril Regnat chez Natixis.

« Il faudrait une crise générale pour que les pays de la zone périphérique décrochent de nouveau », affirme de son côté Patrick Jacques. Un optimisme largement partagé par les gestionnaires de fonds. Mais gare la situation interne dans des nations comme l’Espagne (25 % de chômage), le Portugal ou la Grèce (explosion des suicides) pourrait changer la donne politique et financière. Et leur santé économique est fragile : en dépit des politiques d’austérité parfois radicales menées ces dernières années, le PIB ne devrait y rebondir que de 1% en 2014.

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