Tapie : l’arbitre Estoup et l’avocat Lantourne en garde à vue.

Par Michel Delean.

Mercredi 5 juin 2013 // La France

Selon des informations obtenues par Mediapart, le juge arbitre Pierre Estoup, 86 ans, qui a pris une part active dans l’affaire des 403 millions d’euros accordés à Bernard Tapie, a été placé en garde à vue lundi matin par les policiers de la brigade financière, dans un hôpital parisien, sur commission rogatoire. Il pourrait éventuellement être présenté aux trois juges d’instruction parisiens (Serge Tournaire, Guillaume Daïeff et Claire Thépaut) saisis du volet non ministériel de l’affaire Tapie-Lagarde en vue d’une possible mise en examen, en fonction des résultats de son audition. On ne savait pas, tôt mercredi matin, si cette garde à vue était toujours en cours.

L’avocat de Bernard Tapie, Maurice Lantourne, a lui aussi été placé en garde à vue mardi matin, selon nos informations. Celle-ci a été levée dans la nuit de mardi à mercredi. Maurice Lantourne, comme Pierre Estoup, avait déjà été perquisitionné par la brigade financière dans cette affaire (lire notre article ici). Des échanges de courriers entre Me Lantourne et Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée sous Sarkozy, avaient notamment été découverts chez l’avocat de Tapie.

Ancien magistrat, Pierre Estoup a notamment été premier président de la cour d’appel de Versailles. Il a déjà été mis en cause dans plusieurs affaires d’arbitrage (lire notre article ici). Ses liens avec Bernard Tapie sont actuellement examinés à la loupe par les enquêteurs.

Instruite depuis août 2011 par la Cour de justice de la République (CJR), l’affaire Tapie vaut à Christine Lagarde d’être placée sous le statut de témoin assisté depuis le 24 mai, pour des faits qualifiés de « complicité de faux » et de « complicité de détournement de fonds publics ».

Stéphane Richard, son ancien directeur de cabinet à Bercy, et actuel patron d’Orange, doit être à nouveau interrogé en tant que témoin le 10 juin prochain par la brigade financière, selon nos informations. Il avait déjà été interrogé en décembre 2011 par la CJR.

Le volet non ministériel de l’affaire Tapie-Lagarde a fait l’objet d’une longue enquête préliminaire, restée sous le contrôle du procureur de Paris Jean-Claude Marin, avant que son successeur François Molins ouvre une information judiciaire pour « usage abusif des pouvoirs sociaux » et « recel » en septembre 2012.

L’avancée parallèle des deux enquêtes judiciaires pourrait amener Bercy à lancer une procédure pour annuler l’arbitrage controversé rendu en faveur de Bernard Tapie. « Si une atteinte aux intérêts de l’Etat est avérée, alors Bercy se constituera partie civile » dans le volet non ministériel du dossier, a par ailleurs déclaré le ministre de l’économie Pierre Moscovici au Monde (édition du 22 mai).

Bernard Tapie risque, en outre, des poursuites pour recel.

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