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Takieddine a acheté un vrai-faux passeport diplomatique.

Par Fabrice Arfi et Karl Laske et Michel Deléan et Albert Michel.

Jeudi 6 juin 2013 // La France

Le marchand d’armes Ziad Takieddine a été placé en garde à vue par les policiers de la Division nationale des investigations financières et fiscales (Dniff), jeudi 30 mai au matin, en marge des multiples affaires politico-financières (Karachi, Libye...) qui lui valent déjà plusieurs mises en examen. Selon des informations recueillies de plusieurs sources, l’homme d’affaires a été interpellé par les policiers qui le soupçonnent de préparer une cavale.

D’après les éléments recueillis depuis plusieurs semaines par les enquêteurs, Ziad Takieddine s’est procuré, moyennant la somme de 200.000 dollars (alors que le prix avait été fixé en euro par les vendeurs...), un passeport diplomatique de la République dominicaine émis en janvier 2013, comme le montre le document ci-dessous :

Deux intermédiaires impliqués dans l’achat du vrai-faux passeport diplomatique de Ziad Takieddine, Sam Z. et Carlos P., dirigeants d’une société américano-panaméenne, ont également été arrêtés et placés en garde à vue par les policiers.

Le paiement aurait été effectué depuis l’un des comptes du marchand d’armes à la Fransabank, une banque libanaise, par l’intermédiaire d’un avocat luxembourgeois, proche de Ziad Takieddine. Un général de l’armée dominicaine, qui a facilité toutes les procédures pour l’obtention de ce passeport frauduleux, est également en cause, ce qui pourrait provoquer des remous diplomatiques entre la France et la République dominicaine.

La couverture du passeport diplomatique de Ziad Takieddine
La couverture du passeport diplomatique de Ziad Takieddine© Mediapart

Cette île des Grandes Antilles, dont la capitale est Saint-Domingue, a la particularité de ne pas être liée à la France par une convention d’extradition. Un paradis pour personnes en cavale, en somme.

Tous ces soupçons ont justifié l’ouverture, début mai, d’une information judiciaire pour des faits de « corruption d’agents publics étrangers » et « escroquerie », confiée au juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke.

Mis en examen à plusieurs reprises dans le volet financier de l’affaire Karachi et impliqué dans les soupçons de financements libyens de Nicolas Sarkozy (voir notre série “Les documents Takieddine”), Ziad Takieddine est soumis à un contrôle judiciaire strict, qui lui interdit notamment de quitter le territoire français.

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