Syrie : les options du Pentagone.

Vendredi 13 septembre 2013 // Le Monde

Barack Obama et le général Martin Dempsey, le militaire.

Le général Dempsey a proposé plusieurs scénarios à Barack Obama. Limités, ils montrent surtout les réticences de l’état-major à entrer dans une nouvelle guerre.

Les États-Unis ont-ils une politique syrienne, alors que le monde espère ou redoute de Washington une décision qui pourrait faire pencher la balance dans le camp de la rébellion, après deux ans et demi de crise et 100 000 morts ? Les Américains fournissent une aide humanitaire et Barack Obama vient d’annoncer l’envoi aux rebelles d’armes de petit calibre, mais elles tardent à arriver. Certains membres du Congrès s’irritent de cette inaction. C’est le cas de deux sénateurs de la commission des forces armées, le démocrate Carl Levin et le républicain John McCain. Ils avaient demandé au général Martin Dempsey, le chef d’état-major interarmées, de leur préciser la position du Pentagone. Le général leur a répondu dans une lettre, avec des propositions soumises pour examen à la Maison-Blanche.

Bref et sobre, le document est d’une grande clarté sur les options offertes, avec cet avertissement : la décision politique ne devra pas être prise à la légère, car elle sera « rien de moins qu’un acte de guerre ». Dempsey propose cinq niveaux d’actions possibles. Chacun montre bien les réticences du Pentagone à entrer dans un nouveau conflit.1. Entraînement, conseil, assistance. Des forces terrestres peuvent former les rebelles à l’emploi des armes et à des manoeuvres tactiques. Le nombre de soldats engagés peut varier de quelques centaines à plusieurs milliers. Cet entraînement se déroulerait dans des zones sûres, hors de la Syrie. Le coût initial de cette option est évalué à 500 millions de dollars par an.

"Une fois que nous aurons décidé, nous devrons être prêts à ce qui suivra."

Frappes aériennes

Elles viseraient quelques centaines de cibles militaires du régime, en priorité ses systèmes de défense aérienne et ses bases navales et aériennes. Cela obligerait les États-Unis et leurs alliés à rassembler des centaines d’avions, de sous-marins et d’autres armements. Avertissement du général Dempsey : « Cela risque de provoquer des frappes de représailles du régime Assad et des pertes civiles. »

Zones d’exclusion aérienne

L’objectif serait de clouer au sol l’aviation syrienne, pour l’empêcher d’attaquer les groupes rebelles et la population, de ravitailler les troupes par voie aérienne. Il faudrait au préalable détruire les défenses aériennes et les avions syriens, au sol ou en vol. Le danger est la perte d’appareils américains. « Il n’est pas certain que cela réduise la violence ou change l’équilibre des forces, l’armée gouvernementale s’appuyant en grande partie sur son artillerie et ses tirs de mortiers pour combattre les rebelles. » Coût estimé : un milliard de dollars par mois, pour une année.

Zones tampons

Ce scénario prévoit des sanctuaires pour les forces rebelles en dehors de la Syrie, probablement en Turquie ou en Jordanie. Ils permettraient d’entraîner les rebelles et de distribuer l’aide humanitaire aux réfugiés. « Des milliers de soldats américains seraient nécessaires, même en dehors de la Syrie, pour appuyer ceux qui défendront physiquement ces,/ zones », écrit Dempsey, qui précise qu’une zone d’exclusion aérienne limitée devra être déployée pour empêcher l’aviation syrienne d’attaquer ces sanctuaires. Il ajoute que l’armée d’Assad pourrait quand même tirer sur ces zones et tuer des réfugiés. Les sanctuaires peuvent aussi être utilisés comme bases par les extrémistes islamistes infiltrés dans la rébellion. Coût : un milliard de dollars par mois.

Contrôle des armes chimiques

Le but est de détruire une partie des stocks d’armes chimiques et de saisir et sécuriser leurs vecteurs. Une zone d’exclusion aérienne devra d’abord être établie, avec des frappes aériennes et de missiles impliquant des centaines d’avions, de navires et de sous-marins. Des forces spéciales et d’autres troupes seraient mobilisées. Coût : un milliard de dollars par mois.

Le général Dempsey souligne que toute décision devra être prise en accord avec la loi et, « autant que possible, de concert avec les alliés et partenaires des États-Unis, de façon à partager le fardeau et à renforcer le résultat ». Il prévient Barack Obama : « Une fois que nous aurons décidé, nous devons être prêts pour ce qui suivra. Un engagement plus profond sera difficile à éviter. » Le sénateur John McCain n’a pas apprécié cette approche, jugée « trop prudente ».

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