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Syrie : les Etats-Unis présentent leurs preuves avant d’attaquer.

Par François Bonnet

Vendredi 6 septembre 2013 // Le Monde

Une attaque américaine sur le régime syrien apparaît comme imminente. Les États-Unis ont rendu public un rapport selon lequel l’armée syrienne était responsable de l’attaque chimique du 21 août. « C’est une forte certitude », a insisté John Kerry, disant qu’il ne s’agissait pas de « répéter » l’Irak.

Chasser le fantôme irakien (lire notre précédent article). C’est depuis quelques jours l’absolue priorité de l’administration américaine pour justifier la légitimité à défaut de légalité internationale d’une intervention américaine contre le régime syrien en manière de rétorsion vis-à-vis de l’utilisation d’armes chimiques. Une telle intervention apparaît désormais comme certaine et pourrait être déclenchée dès ce week end. Cinq navires de guerre américains croisent au large de la Syrie, lourdement équipés de missiles à longue portée Tomahawk qui autorisent des frappes extrêmement précises.

Samedi, en milieu d’après-midi, aucune déclaration n’était faite à Paris sur ce calendrier d’intervention et une éventuelle participation française. Dimanche, une réunion des ministres des affaires étrangères des pays membres de la Ligue arabe doit se tenir au Caire. De son côté, le régime syrien dit s’attendre à une frappe occidentale « à tout moment », a affirmé un haut responsable des services syriens de sécurité. « Nous nous attendons à une agression à tout moment et nous sommes prêts à riposter également à tout moment », a-t-il ajouté.

Fortement déstabilisés par le refus des Britanniques de s’engager dans une telle opération, confrontés à l’opposition de leur opinion publique et au scepticisme de nombreux parlementaires, Barack Obama et son secrétaire d’État John Kerry ont passé la journée de vendredi à donner des gages : non, l’aventure irakienne « ne sera pas répétée » ; oui, l’intervention militaire sera « étroite et limitée », a répété le président américain, qui précisait n’avoir pas encore « pris sa décision finale ».

La mission des inspecteurs de l’ONU chargée d’enquêter sur l’utilisation d’armes chimiques a quitté la Syrie samedi matin. « Une fenêtre d’opportunité » s’ouvre désormais, a précisé John Kerry, pour une attaque américaine sur le régime de Damas. Washington a clairement signifié qu’il entendait rester maître du calendrier : pas question donc d’attendre la remise du rapport complet des inspecteurs onusiens, cette remise devant intervenir dans une dizaine de jours, selon un porte-parole de l’ONU. Par ailleurs, Wahington souligne le mandat limité de cette mission d’inspection : il lui revient d’établir l’usage ou non d’armes chimiques, mais non de désigner les responsables de cette utilisation.

C’est dire que les États-Unis entendent régler par eux-mêmes la question de « la preuve », et établir de façon incontestable la responsabilité directe de l’armée syrienne et du régime de Bachar al-Assad dans la conduite de l’attaque chimique du 21 août. Vendredi, le secrétaire d’État John Kerry a donc présenté une partie du dossier américain : un mémorandum de 5 pages, selon lequel Washington a la « forte certitude » que l’armée syrienne a bien recouru à des armements chimiques. Cette expression « forte certitude », est-il précisé, est la « plus haute appréciation » que peuvent délivrer les agences de renseignement américaines.

Accédez ici au rapport américain

Pour la première fois, l’administration américaine procède à un bilan de l’attaque du 21 août : selon ce rapport, 1.429 personnes ont été tuées ; parmi les victimes, au moins 426 enfants. Selon les services américains, trois jours avant l’attaque, des éléments d’information ont été recueillis sur sa préparation par plusieurs responsables de l’armée syrienne. Juste avant le déclenchement, dans la nuit du mardi 20 au mercredi 21 août, les soldats de l’armée loyaliste auraient enfilé des masques à gaz. « Le scénario selon lequel l’opposition aurait conduit cette attaque est hautement improbable », note le rapport, qui ajoute que le régime de Damas a déjà eu recours à plusieurs reprises, « à échelle limitée », aux armes chimiques. Selon l’opposition syrienne, 12 à 15 attaques chimiques auraient déjà été menées.

Trois jours avant, donc, « les équipes syriennes responsables des armes chimiques, y compris des membres associés au Centre de recherche et d’études scientifiques syriennes, étaient en train de préparer des munitions chimiques avant l’attaque », est-il écrit. Une de ces équipes se serait ainsi trouvée dans la banlieue d’Adra du 18 au 21 août, « près d’une zone utilisée par le régime pour mélanger des armes chimiques, y compris du gaz sarin ».

Si ce rapport n’établit pas de lien direct avec Bachar al-Assad (un ordre d’utilisation ou de déclenchement, par exemple), les renseignements américains disent disposer de tout un corpus d’informations établissant l’implication « d’officiels du régime » dans la préparation et le déclenchement de l’attaque chimique. Selon le rapport, dans une communication interceptée, « un haut officiel directement impliqué dans l’offensive » confirme l’utilisation d’armes chimiques et s’inquiète de la possibilité que les inspecteurs de l’ONU parviennent à en obtenir la preuve.

Le rapport présente également une carte détaillée des faubourgs de Damas touchés par l’attaque chimique du 21 août. La voici :

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