Syndicats : Les têtes changent.

Dimanche 5 mai 2013 // La France

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Laurence Parisot ne pourra pas, comme elle en avait l’intention, briguer un troisième mandat à la tête du Medef. Quant à la CGT, Bernard Thibault après treize ans de règne passe le relais.

Au Medef, le conseil exécutif le 28 mars dernier a refusé à celle qui présidait aux destinées de la principale organisation patronale depuis 2005 une réforme des statuts qui lui aurait permis de renouveler son bail avenue Bosquet. Il appartiendra donc au congrès, en juin prochain, d’élire son successeur. L’éviction de Laurence Parisot n’est pas une surprise en soi. Sa volonté de renouer avec les organisations syndicales, après l’ère Seillière, n’était pas du goût de tout le monde. Elle défendait sans concession et avec conviction les intérêts des entreprises, mais au moins était-elle respectueuse de ses partenaires et de la parole donnée, ce qui n’était pas le cas de son prédécesseur méprisant et condescendant. Ainsi, était-elle considérée comme trop conciliante vis-à-vis du gouvernement et des syndicats par les Medef régionaux et par une importante minorité des dirigeants de l’appareil parisien.

La course à la succession n’a pas encore démarré et les candidats doivent se déclarer avant la fin avril. Déjà, quelques noms circulent ; citons, parmi les plus crédibles, Patrick Bernasconi, Pierre Gattaz et Jean Saint-Geours. Si tous ont pour projet la défense de l’entreprise, de véritables divergences existent entre eux qui correspondent à autant d’approches du rôle qu’ils souhaitent voir jouer au patronat au cours de cinq prochaines années.

Patrick Bernasconi, président de la fédération patronale des Travaux publics, dirigeait la délégation patronale lors de la négociation sur la sécurisation de l’emploi. En digne héritier de Laurence Parisot, il est un ardent défenseur du dialogue social... « d’abord au niveau de l’entreprise », s’empresse-t-il de préciser dans un entretien au Figaro le 4 avril. Il jouit de l’image d’un homme de consensus, mais son manque de charisme ainsi que la dépendance de son secteur d’activité, qui vit à 75 % des commandes de I’État et des collectivités territoriales, pourrait lui nuire.

D’autant que Pierre Gattaz, président du groupe des fédérations industrielles, est le candidat de l’aile dure du patronat. Soutenu par Denis Kessler, ancien numéro 2 du Medef durant le règne d’Ernest-Antoine Seilliére et président du très influent club du Siècle, il ne cesse depuis quelque temps de fustiger la politique menée par Parisot. Dans un entretien publié par le quotidien Les Échos le 26 mars, il présentait les grandes lignes de son programme : J’assume un Medef de combat (...) Nous devons être offensifs, fermes vis-à-vis de nos interlocuteurs (...) Depuis huit ans, le conseil exécutif [du Medef/ a traité essentiellement de questions relevant du social ; (. :.) Il s’est très rarement emparé des questions qui concernent directement les entreprises (...) Le paritarisme est une méthode de travail, pas un objectif en soi ».

Enfin, Jean Saint-Geours, président de l’UIMM (fédération patronale de la Métallurgie) attend son heure tapi dans l’ombre. S’il finit par se déclarer, c’est qu’il sera certain de l’emporter. Sinon, il sera le faiseur de roi. II a une conception du paritarisme à géométrie variable. II serait un juste milieu entre ses deux autres concurrents.

Du dernier congrès de la CGT on attendait quelques clarifications quant à la ligne de la centrale après le départ de Bernard Thibault. On doit se contenter d’indices qui pourraient laisser prévoir un durcissement.

Pour comprendre les enjeux du congrès de la CGT, réuni à Toulouse du 18 au 22 mars 2013, il faut remonter à quelque vingt-cinq ans en arrière et à la chute du mur de Berlin. Confrontée à l’échec du communisme, qui a inspiré son action et ses revendications depuis le congrès d’Amiens de 1905, la CGT parvient à mieux négocier son virage que le PCF. Abandonnant le terrain politique, elle se lance avec Louis Vianey, dès le début des années 1990, dans une stratégie de resyndicalisation et promeut une nouvelle génération de cadres.

L’élection en janvier 1999 de Bernard Thibault au poste de secrétaire général, mais aussi les bons résultats obtenus aux élections professionnelles ou prud’homales, et les adhésions nouvelles permettent alors de penser qu’elle pourrait adopter une ligne plus réformiste. Or, en treize ans de règne, celui qui fut la figure de proue du mouvement social de novembre 1995 n’arrive ni à choisir entre réformisme et front du refus ni à réformer l’appareil ni à imposer ses choix, comme en 2005 lors du référendum sur le traité européen. Au cours de son dernier mandat (2010-2012), il fait même machine arrière : il s’oppose ouvertement à Nicolas Sarkozy, appelle à voter pour François Hollande, barre la route de sa succession à Éric Aubry, tenant de la ligne réformiste et candidat appuyé par des fédérations.

Faute d’avoir pu imposer Nadine Prigent, sa dauphine, il finit par se rallier à Thierry Le Paon qui n’est pas réputé pour sa finesse. Une guerre de succession qui, à n’en pas douter, laissera des traces. Son bilan à la tête de la CGT est donc plutôt maigre. D’autant plus que les résultats des élections professionnelles de 2009 à 2012 publié le 29 mars n’est pas à l’avantage de la CGT. Elle demeure certes la -première organisation syndicale, mais avec moins d’un point d’avance sur la CFDT (30,6 % contre 29,7). La CGT-FO ne rassemblant que 18,2 %, c’est insuffisant pour s’opposer à l’accord national du 11 janvier sur la sécurisation de l’emploi, contre lequel elle appelle manifester le 9 avril.

Face à l’échec probable de la mobilisation, il lui faudra trouver d’autres chevaux de bataille. Les réformes des retraites à venir ou de l’assurance chômage, ainsi que le durcissement du patronat devrait lui fournir d’autres leviers d’action.

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