Succès politique en Somalie.

Samedi 13 octobre 2012 // Le Monde

L’élection d’un nouveau président à Mogadiscio est le premier pas vers la reconstruction du pays après plus de vingt ans de guerre civile.

Les somaliens, une fois n’est pas coutume, ont tenu leurs promesses. Ils ont adopté une constitution et élu un parlement et un président. Et, surprise, ce ne sont aucun des favoris qui ont été choisis, mais de nouveaux venus issus de la société civile : le président élu le 10 septembre. Hassan Sheikh Mohamud. est un universitaire qui avait maintenu envers et contre tout, une université en état de marche dans la capitale dévastée. Il succède au président de la transition qui avait été élu à Djibouti en janvier 2009 et dont beaucoup pensaient qu’il serait reconduit dans ses fonctions.

Il y a trois ans et demi, on ne donnait pas cher de ce président qui était bravement venu s’installer dans la Villa Somalia, la résidence présidentielle à Mogadiscio, le seul petit bout de territoire auquel à l’époque se limitait son autorité. Son principal mérite est d’avoir survécu et tenu bon. Ancien dirigeant des Tribunaux islamiques, Sharif Sheikh Ahmed, n’a pas réussi à regagner les milices islamistes, les fameux Shebab, mais les a isolées et contraintes à la retraite. Il y a un an, elles avaient abandonné la capitale, secteur après secteur, recourant à une nouvelle stratégie terroriste de déstabilisation, en Somalie et au Kenya, qui correspondait à l’influence croissante d’Al-Qaïda dans leurs rangs. Cela s’est retourné contre elles en provoquant à partir d’octobre la riposte armée du Kenya en territoire somalien. D’abord lancée dans l’idée de créer une zone tampon le long de sa frontière (Jubaland), l’opération a été fondue dans l’action commune de la force régionale est-africaine (Ouganda, Burundi, Djibouti) déployée à Mogadiscio, appuyée par les Ethiopiens. Au total près de 18.000 hommes sont engagés dans l’Amisom, soit plus que les forces régulières somaliennes, le tout financé essentiellement par l’Union européenne. Ces forces combinées devraient bientôt faire tomber le dernier bastion des Shebab, le port de Kisimayo, au sud, près de la frontière du Kenya.

Le terrorisme va continuer. Le nouveau président a échappé à un attentat quelques heures après son élection, et restera une cible facile, ne disposant pas encore des réseaux de ses prédécesseurs qui étaient des vétérans des phases antérieures de la guerre civile. Les pays musulmans de la péninsule arabique, qui avaient appuyé et financé le précédent gouvernement de facture plus « islamique » que les nouveaux venus, seront sans doute moins bien disposés à l’égard de ces derniers. Ils estimeront avoir été bernés par les Occidentaux qui ont su faciliter l’émergence de nouvelles figures, tout en respectant le système des clans, fondamental pour la société somalienne, qui en tait l’unité au-delà de toutes les divisions.

La reprise par la terre du contrôle des ports somaliens rejoint l’action menée en mer depuis 2008 pour lutter contre la piraterie au large des côtes dans l’Océan Indien. Celle-ci a diminué de moitié au cours des six premiers mois de 2012 par rapport à la marne époque en 2011. Le temps vient où il faudra penser pour la France à rouvrir une ambassade et à désigner un ambassadeur résident à Mogadiscio (actuellement à Nairobi).

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