Stop aux leçons de morale de la gauche.

Nathalie Kosciusko-Morizet.

Lundi 30 décembre 2013 // La France


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La candidate UMP à la Mairie de Paris condamne la "fausse charité" de la gauche en matière de sécurité. Et accuse la politique de Delanoë, "inefficace et contre-productive".

Vous venez de parvenir à un accord avec les centristes du MoDem et de l’UDI pour les municipales de mars prochain. Pourquoi cette alliance ?

J’ai toujours dit que je souhaitais cette union dès le premier tour. Il s’agit d’abord de répondre à l’appel des Parisiens de dépasser les frontières des partis politiques pour faire l’alternance. Nous avons déjà travaillé ensemble sur de nombreux sujets la priorité au logement intermédiaire pour que les classes moyennes et les familles puissent rester à Paris, la maîtrise des dépenses pour sortir de la spirale des hausses d’impôts, la mobilisation en faveur des PME et des artisans pour qu’on puisse travailler à Paris pour proposer un projet ambitieux. Paris est une ville effervescente, porteuse d’une promesse d’émancipation personnelle et collective. Cette promesse est-elle encore tenue aujourd’hui ? De moins en moins. Voilà pourquoi nous nous battons pour que Paris donne de l’énergie à ses habitants et à la France. 

Que proposez-vous pour renouer avec cette promesse ?

D’abord un changement de méthode : l’action de la municipalité ne peut pas se résumer à Paris Plages ou à des débats sur les aménagements de voirie. Le maire est attendu sur l’essentiel. Et sur beaucoup de sujets fondamentaux, nous avons besoin d’une rupture. J’agirai prioritairement sur le logement, la fiscalité et la sécurité des Parisiens. Je ferai du logement intermédiaire une priorité. Je rendrai les critères d’attribution des logements sociaux plus transparents et j’y ferai meilleure place à ceux qui ont un emploi à Paris. Sur la fiscalité, les impôts des Parisiens ont explosé et la gauche s’apprête à poursuivre ce matraquage. Je prends donc l’engagement solennel de n’augmenter en aucune manière les impôts et d’entreprendre un plan de réduction des dépenses de un milliard d’euros sur les six ans de mon mandat. Pour y parvenir, je m’attaquerai à l’absentéisme. Il y a un paradoxe à Paris. À son arrivée en 2001, Bertrand Delanoë a négocié un accord sur la réduction du temps de travail comme on n’en trouve nulle part ailleurs : avec lui, un agent de la Ville de Paris a automatiquement 63 jours de congé par an ! Et pourtant, l’absentéisme n’a jamais été aussi élevé : il coûte chaque année 200 millions d’euros à la Ville. On cumule mauvaise gestion et souffrance au travail pour les agents. Il est indispensable de responsabiliser les personnels, de les remotiver pour sortir de l’impasse.

Sur les questions de sécurité, quel constat faites-vous ?

La sécurité s’est tout simplement dégradée à Paris. Selon les arrondissements, les problématiques ne sont les mêmes. Mais partout, la qualité de la vie s’en trouve abîmée. Ici c’est le racket à la sortie de l’école, là l’explosion des cambriolages, ailleurs la mendicité agressive.

Vous accusez, là aussi, l’actuelle municipalité ?

Oui, car sa politique est non seulement inefficace, mais aussi contre-productive. Un exemple : le maire a demandé que les agents de surveillance de la voie publique (ASVP), qui sont sous l’autorité du préfet de police mais rémunérés par la Ville, soient exclusivement concentrés sur les contraventions de stationnement. Entre 2007 et 2009, on a donc vu doubler ce type d’amendes, pendant qu’on constatait une augmentation des faits de délinquance, des faits d’insalubrité et d’incivilité ! En fait, le maire a nié les problèmes de sécurité ressentis par tous les Parisiens. Il a retiré ses propres forces de police du terrain : les effectifs du corps des inspecteurs de sécurité de la Ville de Paris, qui sont sous l’autorité directe du maire, ont ainsi chuté de 15% depuis 2003. Il a également refusé, durant ses premières années de mandat, la vidéo surveillance, avant de s’y résoudre tardivement, sans la financer. Il a même demandé au préfet la suppression des arrêtés antimendicité agressive, qui servaient de base juridique pour exercer une pression sur la délinquance de rue ! Aujourd’hui, on assiste à une multiplication d’annonces de la part de l’équipe sortante ; les Parisiens ne veulent pas un maire qui ne s’occupe de sécurité qu’à l’approche des élections.

Que proposez-vous pour remédier à ces problèmes ?

Je souhaite, à terme, mettre en place une police municipale, ce qui n’est pas possible sans modifier le cadre légal actuel. Mais sans attendre, dès le lendemain de mon élection, avec les compétences qui sont déjà celles du maire de Paris, j’organiserai une police de quartier. Pourquoi l’insécurité a-t-elle explosé ? Tout simplement parce que le signal envoyé aujourd’hui est trop permissif. Voilà pourquoi je souhaite exercer une vraie pression sur le terrain. J’ajoute que, outre le ressenti des Parisiens victimes de cette insécurité, on ne mesure pas l’impact dévastateur, notamment sur le tourisme, des images qui font le tour du monde, comme celles des émeutes au Trocadéro, au printemps dernier, avec la tour Eiffel qui scintillait derrière... Enfin, je l’ai dit, je veux doubler le nombre de caméras de vidéo surveillance à Paris, qui n’en compte qu’une pour 2 000 habitants, là où même des villes socialistes comme Strasbourg ou Lyon en comptent une pour 1000.

Vous avez récemment créé la polémique en parlant des Roms qui « harcèlent les Parisiens ». Comment agir sur ce point ?

En commençant par faire respecter la loi et les décisions de justice. Il existe des camps illégaux autour de Paris dont la Mairie ne demande pas le démantèlement. Au sujet de la "polémique" : il faut arrêter de subir les leçons de morale d’une certaine gauche, qui est dans une démarche de fausse charité. Faire croire qu’on va régler le problème en supprimant les arrêtés antimendicité, ce qui fait perdurer les réseaux mafieux, c’est se donner bonne conscience à bas prix, en laissant les citoyens subir les conséquences de l’inaction.

Le projet d’installation d’une salle de shoot dans le Xe arrondissement a été rejeté.

Vous en réjouissez-vous ?

Le projet, certes, a été momentanément rejeté mais, pour l’actuelle municipalité, il reste d’actualité ! J’y suis, pour ma part, fermement opposée. Ce projet implique que les abords de la salle de shoot ne soient pas contrôlés par la police. Or, techniquement, le lieu de cette salle de shoot est dans l’enceinte de la gare du Nord, point d’entrée de la drogue à Paris. On voudrait interdire à la police de faire son travail dans un lieu de trafics et de deals ? C’est d’une incohérence sans nom...

Charles Sapin et Geoffroy Lejeune.

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