Sourd et aveugle.

Jeudi 18 avril 2013 // La France

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Trois cent mille manifestants comme l’a affirmé la préfecture de police ou 1,4 millions selon les organisateurs, certains allant même jusqu’à avancer le chiffre de 1,7, voire 2 millions de personnes ? Inutile de se focaliser sur la querelle récurrente des chiffres. Pour le gouvernement et ses affidés, la stratégie est claire : affirmer la non-réalité du puissant mouvement de contestation que suscite son projet de loi de « mariage pour tous ». Mais à l’heure d’Internet et du numérique, photos et vidéos démontrent mieux que tous les discours l’ampleur de cette nouvelle mobilisation de masse contre les projets sociétaux de François Hollande : c’est une véritable marée humaine qui a investi l’avenue de la Grande-Armée et l’avenue Charles de Gaulle, de la grande arche de la Défense jusqu’à la place de l’Étoile à Paris.

Inutile non plus d’ergoter sur les incidents qui ont émaillé le rassemblement et sur l’utilisation, pour le moins disproportionnée, par les forces de l’ordre du gaz lacrymogène contre des manifestants - femmes et enfants compris - simplement venus dire leur exaspération de n’être pas seulement ignorés mais méprisés. Les Champs-Élysées, où devaient d’abord se tenir la manifestation, ont été interdits au dernier moment. Cela a créé les conditions d’une situation intenable pour des forces de l’ordre débordées. Et pendant que des pères de familles, des étudiants, des jeunes filles ont senti monté en eux l’envie de laver les humiliations de ces derniers mois, le ministre de l’Intérieur assistait à un concert...

L’arrogance dont fait preuve ces maîtres du système politico-médiatique qui n’ont que le mot « démocratie » à la bouche est, certes, révoltante. Les représentants des religions n’ont-ils pas été reçus en coup de vent par la commission des lois à l’Assemblée nationale ? Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) n’a-t-il pas dédaigné les 700 000 signatures déposées par les protestataires ? Reçus en catimini par le chef de l’État après la première manifestation du 13 janvier, les organisateurs de la « manif pour tous » n’ont-ils pas ensuite essuyé une fin de non-recevoir de la part du rapporteur de la loi au Sénat ? Trop, c’est trop !

Ceux qui se moquent de ce peuple indigné, au premier rang des quels le chef de l’État, espèrent l’essoufflement d’un mouvement qu’ils jugent provincial et archaïque. Ce faisant, François Hollande joue avec le feu, s’exposant à ce que les revendications viennent se coaguler dans un vaste mouvement général de rejet de sa politique et de sa personne.

Sous-estimé par les institutions et les partis politiques, le mouvement de résistance a fait la preuve qu’il pouvait être extraordinairement agissant. Le ton de la manifestation du 24 mars était différent des mobilisations précédentes. Plus politique, plus radical. Retrait du projet de loi Taubira et la bataille au Sénat sera décisive ou référendum, peu importe au fond. Indésirable dans un pays officiel qui la renie, cette « France bien élevée » ainsi que l’a appelée la journaliste Gabrielle Cluzel, a aussi manifesté contre un système de gouvernement qui apparaît désormais tel qu’en lui-même : haineux, méprisant et autocratique. Hollande ne va-t-il pas désormais gouverner par ordonnance ?

De fait, la question du mariage et de la filiation ne sont plus les seuls moteurs de la mobilisation. C’est un changement. Échappe-t-il aux organisateurs du mouvement ? Leurs appels répétés au respect de la « légalité républicaine » semblent lasser des manifestants dont la détermination et l’exaspération sont de plus en plus patentes. Agressés par des discours convenus au seul service des minorités et des lobbies, les Français n’en peuvent plus. Ils l’ont dit le 24 mars.

Sourd et aveugle, ne pouvant résoudre aucun des problèmes qui se posent à la France d’aujourd’hui, François Hollande s’accroche à son projet sociétal aussi monstrueux qu’inepte. Son inconséquence pourrait avoir des effets politiques dévastateurs. Quand on aspire à diriger un pays, les droits de , l’enfant, le souci des générations futures sont des sujets aussi déterminants que les enjeux strictement utilitaires. C’est aussi une leçon à méditer pour la droite. Reste désormais à trouver une véritable représentation politique à ce pays réel. C’est pour l’avenir de ce « printemps français », la seule question qui vaille.

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