Sortir des considérations politiciennes.

Avec Claude Allegre.

Vendredi 30 mars 2012, par JEAN-BAPTISTE D’ALBARET // La France

Chercheur, médaille d’or du CNRS et membre de l’Académie des Sciences, Claude Allègre a été ministre de l’Éducation et de la Recherche. Il a pris position avec courage et netteté dans le débat idéologique. Il rejette la « doxa » d’une prétendue écologie qui ne répond pas à la notion scientifique de cette discipline et il ouvre des pistes d’avenir.

Avant toute chose, Monsieur le Ministre, pouvez-vous définir ce que vous entendez par « écologie » ?

L’écologie est une discipline scientifique dont l’objet est d’étudier les interactions entre l’ensemble des êtres vivants, qu’on appelle souvent la biosphère, avec le milieu naturel, que ce soit l’atmosphère, l’hydrosphère ou la lithosphère. Ce terme a été capturé politiquement ce qui est dommage et conduit à des ambiguïtés regrettables.

Ces ambiguïtés sont manifestes dans la campagne électorale en cours. Mais d’abord, quel bilan dressez-vous du quinquennat de Nicolas Sarkozy en matière de politique énergétique et écologique ?

Les intentions de Nicolas Sarkozy en matière d’écologie étaient bonnes. L’idée d’un grand Ministère de l’Environnement comme celle d’un Grenelle de l’Environnement étaient excellentes. Malheureusement, les intentions ont été rapidement noyées dans les considérations politiciennes avec, comme point de mire, le besoin de séduire les écologistes. Le résultat total est médiocre. Par exemple, on a développé un secteur photovoltaïque à coup de subventions, puis, lorsque pour des raisons économiques on a cessé les subventions, le secteur s’est trouvé en difficulté. Pour faire plaisir aux « écolos », on a multiplié les contraintes sur l’agriculture qui est notre second poste de richesse, etc.., etc.. En matière d’énergie, par contre, sa politique a été bonne. Il n’a pas mis en place la taxe carbone unilatérale et il a maintenu l’option nucléaire. C’est l’essentiel !

Voyez-vous des vertus aux différents programmes proposés par les candidats à l’élection présidentielle en matière d’écologie et d’énergie ?

Les idées d’abandonner le nucléaire et de taxer les énergies carbonées sont absurdes et conduiraient la France dans un déclin irréversible. C’est ce que cherche Éva Joly et elle le dit presque comme cela : « Faire de la France une puissance banale », explique-t-elle... Les socialistes suivent, pour des raisons politiciennes, sans avoir bien réfléchi aux enjeux. À droite, on reste aussi trop souvent préoccupé de politique politicienne, certains rêvant de récupérer les écologistes dans une carrière future. Je crois que les Français sont fatigués par les écologistes et que ce sujet ne sera pas central (sauf le nucléaire) dans la prochaine élection présidentielle.

Pourtant, les Français s’interrogent sur l’avenir du nucléaire, qui constitue pour notre pays une industrie de pointe. La catastrophe de Fukushima les inquiète. Demeure-t-il encore une solution d’avenir ?

Le nucléaire doit rester pour cinquante ans au moins le socle de notre énergétique. Mais il doit être associé à d’autres sources d’énergie : la géothermie pour le chauffage, et le photovoltaïque pour la production d’électricité décentralisée. Le nucléaire lui-même doit évoluer vers des petites centrales de quatrième génération offrant toutes les garanties de sécurité et minimisant les déchets à vie longue.

Et pour les décennies à venir, voyez-vous des innovations, en cours ou à l’étude, qui pourraient révolutionner le secteur énergétique ?

Oui, bien sûr : c’est l’hydrologie qui fournira la source d’énergie de demain. Elle produira de l’énergie sans déchets. La question, c’est la préparation de l’hydrogène, mais, dans ce domaine, on progresse à grands pas grâce à la combinaison chimie-biologie telle qu’elle est pratiquée à Grenoble.

Répondre à cet article